Sorties cinéma : L’Amant Double, All Eyez On Me, The Promise

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Ph. Mars Films

L’Amant Double 

Le transfert. C’est le nom que les psychiatres donnent au phénomène où un client voit en son thérapeute des choses qui, en réalité, viennent de lui-même. La forme de transfert la plus connue — et la plus délicate aussi — est celle où le client ou la cliente pense être amoureux (se) de son ou sa thérapeute. Que voulez-vous ? Un thérapeute est par définition une formidable oreille attentive, un soutien et un refuge dans les moments les plus difficiles. C’est ce qui arrive à Chloé, une jeune femme qui lutte contre la dépression. A son grand étonnement, Paul, chez qui elle va en consultation, commence aussi à ressentir quelque chose pour elle. Ils ne tardent pas à s’installer ensemble et tout semble aller pour le mieux. Jusqu’à ce que Chloé découvre que Paul a aussi un autre visage. Ou plutôt: qu’un autre a aussi le visage de Paul. Pour son nouveau film élégant, le réalisateur français François Ozon s’est inspiré d’un roman corrosif de Joyce Carol Oates, ‘Life of the Twins’. ‘L’amant double’ annonce clairement la couleur dès le départ en permettant au spectateur de voir le personnage principal sous un jour très surprenant. Voilà un Ozon des plus transgressifs et le cinéaste signe aussi quelques scènes érotiques délicieusement perverses. Le problème, c’est que l’intrigue tortueuse aboutit finalement à un climax, certes inattendu, mais qui ne vous satisfait pas vraiment. Aussi formidable que soit Jérémie Renier dans son double rôle. (rn) 3/5

The Promise

Michael (Oscar Isaac), un jeune homme prometteur quitte sa campagne arménienne pour la grande Constantinople, où il va étudier la médecine. Parmi les nombreuses merveilles qu’il découvre dans la métropole, il y a la belle Ana, et il sent son cœur s’enflammer. Le problème, c’est que Michael est déjà fiancé à une jeune fille de son village, dont il utilise la dot pour payer ses études. Et comme si la situation n’était pas déjà assez délicate comme ça, nous sommes en plus en 1914, à un moment où l’Empire Ottoman — disons la Turquie — va s’engager dans la Première Guerre mondiale et entend en finir une fois pour toutes avec la minorité arménienne du pays. Le génocide arménien mérite absolument plus d’attention, a fortiori quand des figures comme Erdogan attisent le feu nationaliste en Turquie. Tout au long du film, on entend d’ailleurs des échos — notez l’usage du mot ‘traitre’ — qui, dans le contexte actuel, résonnent de façon inquiétante. Le réalisateur Terry George (‘Hotel Rwanda’) sait intuitivement comment refléter l’horreur de la situation sans effusions de sang exagérées. Mais il se fourvoie complètement en nous imposant cette histoire d’amour, impliquant de surcroît un journaliste américain (Christian Bale). Je n’ai rien contre les histoires romantiques, mais celle-ci s’avère tellement plate et insipide qu’on se demande constamment quel intérêt de nous montrer cela, alors que tout un peuple se fait massacrer. (rn) 2/5

All Eyez On Me

Quand ‘All Eyez On Me’, son quatrième album, débarque chez les disquaires en 1996, Tupac Amaru Shakur, alias 2Pac, a effectivement tous les yeux braqués sur lui : à 25 ans, il est au sommet de sa carrière, avec des millions de disques vendus, des fans par milliers, des ennemis jurés… et il n’a plus que quelques mois à vivre. Le 13 septembre de la même année, il est abattu par des personnes dont l’identité reste inconnue. Sa mort prématurée l’a élevé au statut de légende : un biopic sur sa vie, dans la veine de ‘Straight Outta Compton’, semblait évident. De ses débuts timides dans le milieu du rap à son rapport compliqué avec sa mère en passant par ses embrouilles judiciaires, le film retrace (très) longuement le parcours du talentueux musicien, incarné avec brio par Demetrius Shipp Jr, dont la ressemblance frappante avec 2Pac lui vaut son premier rôle au cinéma. Difficile de trouver un vrai point de vue dans ce film scolaire et quasi-hagiographique, qui émaille les anecdotes dans l’ordre chronologique, et n’apporte rien en termes de cinématographie. On retiendra surtout la bande originale du film, ainsi que sa première moitié, qui éclaire l’engagement social de 2Pac à travers ses chansons (et sa mère, membre des Black Panthers). La seconde parle surtout fric, frime et guerre de gangs, mais le tout ravira aisément les fans, et donne envie de se replonger dans sa discographie. (em) 2/5

SOURCEElli Mastorou et Ruben Nollet
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