Roméo Elvis embrasse le succès avec style

Photo Kevin Jordan

Avec son nouvel EP «Morale 2», Roméo (Johnny) Elvis (Van Laeken) déconstruit l’image d’un rap sectaire pour nous livrer une discipline éclectique, une fenêtre ouverte sur d’autres genres qu’il revendique. Des textes surréalistes et décalés, une écriture policée, une voix grave et suave qui rappe et qui chante sur les sons électro produits par le talentueux «Le Motel»… Le Don Juan du rap bruxellois embrasse le succès avec style et fait rayonner la Belgique à l’étranger.

Un ancien caissier qui perce dans la musique! Tu es libéré?

«C’est plus que satisfaisant de pouvoir enfin vivre de son métier quand on réalise un job alimentaire depuis des années. C’est incroyable de désormais pouvoir bénéficier d’autant de temps pour réaliser ses rêves et réaliser des choses concrètes, qui me motivent. Souvent on me dit: ‘Ouahhh! tu arrives à vivre de ta musique?’ Je n’ai jamais posé une telle question à un cordonnier. Devenir un ‘artiste’ devient quelque chose d’inédit.»

D’autant plus quand on est le fils du chanteur Marka et de l’humoriste Laurence Bibot?

«Le fait que mes parents sont dans le milieu du showbiz était un peu un tabou au début. Je ne voulais pas que les gens me découvrent avec cette première image car elle brouille toutes les pistes et, obligatoirement, les raccourcis se font. Alors que je n’ai jamais rien demandé à mes parents. La seule chose que je peux reconnaître comme avantage, c’est qu’ils m’ont moins regardé comme un extraterrestre quand je leur ai dit que je voulais faire de la musique (rires). J’aurais pu facilement demander à mon père de m’ouvrir certaines portes mais mon attitude est fidèle à ce que je suis à la maison et dans la famille: autodidacte et indépendant.»

Ta musique ‘transpire’ plein d’influences. Du coup, où la places-tu sur l’éventail du rap?

«Tout en haut! (rires). Non je plaisante. Je n’en sais rien en fait. Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour faire cette analyse. Je compare tout le temps ça à la ligne du temps. Il nous manque la vue d’ensemble pour définir le mouvement dans lequel on s’insère aujourd’hui. Peut-être qu’on pourra le faire dans quelques années. Mais on a tous un style, une technique qui nous différencient. J’utilise le chant et peu d’attitudes conventionnelles dans le rap. Mais bon, ça fait très longtemps que le rap est original et sort des cadres qui le définissaient. À la rigueur, je dirais ‘rappeur-chanteur’. Le rap n’est qu’un contexte. Pour moi, le rap est le rock de l’époque au niveau de la popularité, de la diversité, de sa manière de se développer.»

Tu oscilles entre l’humour et le sérieux. Tu vises l’équilibre lors de la création?

«Je pense que c’est une volonté au départ mais au final… est-ce que je la suis? Avec ‘Le Motel’, on a surtout cherché un style pour ‘Morale 1’ et ‘Morale 2’. Le deuxième opus a un peu la texture du titre «Nappeux», électronique, assez «smooth» et en même temps énergique. Surtout en concert. Les titres (‘Morale’) ne sont venus qu’avec le recul, une fois la création terminée. Pour nommer un projet, c’était jusqu’à présent un mélange entre des faux liens et une prise de recul mais pour la suite, je sais exactement où que je vais.»

Et donc?

«Ah bein ça, je ne le dis pas! Carrément secret. Je suis très indécis comme mec. Pour le prochain album, j’ai envie de le finir le plus vite possible mais je veux aussi prendre une pause. Je suis très gourmand mais aussi… rationnel.»

À propos de recul, en as-tu sur ta carrière qui a explosé?

«Je ne suis pas forcément d’accord, ça a fonctionné graduellement. Je suis content de ne pas avoir eu ce fardeau de «phénomène». Je ne suis pas connu depuis longtemps auprès du public belge mais cela fait quand même près de cinq ans que je fais de la musique avec «L’Or du Commun». Notre premier Dour, c’était en 2014. Puis j’ai fait des solos, j’ai eu peu de vues sur mes vidéos pendant pas mal de temps.»

La validation française est-elle obligatoire pour percer?

«Quand on regarde Damso, il est très fort. Le fait que Booba ait validé, c’est un plus. Pareil pour Hamza. Toute la Hype française l’a adulé en un an. Par effet domino, les Belges s’y sont intéressés. C’est un peu dommage, les Belges ne se réveillent pas. Pour moi, j’ai d’abord fait une double page dans «Les Inrocks», puis dans «Knack» néerlandophone! Mais je le dis sans aucune véhémence. Je n’attends rien, en termes de reconnaissance, des médias en Belgique même si j’en mesure l’importance. Mais la réaction est trop tardive. Attention, je ne suis pas anti-média, je participe à la «cause». Je m’y intéresse, je les lis,etc.»

Tu regardes vers l’étranger?

«Je suis pas mal casanier. Je n’ai pas d’aspiration à vivre dans un beau pays chaud. Peut-être le sud de la France parce que ma copine vient de là et qu’elle arrivera peut-être à me convaincre (rires). J’aime la Belgique. Au niveau musical aussi, je suis assez chauvin. Je ne veux pas forcément mélanger mon style. Même si ‘Le Motel’ est, lui, vraiment international, ce qui nous permet de joindre des marchés à l’étranger. Mais bon, je suis réaliste; on ne fait pas le tour du monde avec du rap français et je n’ai pas envie de faire du rap en anglais. Tout se joue dans mes paroles. Stromae l’a fait mais ça arrive tous les mille ans et il ne l’a pas fait avec du rap.»

Comme Caballero et JeanJass, à quand une webserie?

«Je suis méga-fasciné par le monde de télévision qui m’intrigue. Le nouveau concept de Caba et JeanJass, je le trouve très rigolo. Je n’aime pas parler de choses qui ne sont pas encore concrètes, mais je bosse sur un concept audiovisuel.»

Gaëtan Gras


Roméo Elvis sera en concert à Couleur Café (le 30/06), aux Ardentes (le 7/07), à Dour (le 13/07) et à Ronquières (le 6/08).