Les poignants souvenirs de l’enfant Frantz Duchazeau dans « Pierre de Cristal »

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Des vacances d’été chez Mamy alors que l’avenir de la famille se joue à la maison. Dans «Pierre de cristal», Frantz Duchazeau s’inspire de sa propre enfance: un divorce à travers les yeux d’un gamin de 10 ans.

Une inquiétude chez Pierre, votre jeune héros, sous-tend tout l’album. Il sait qu’il se passe quelque chose dans sa famille…

«J’ai voulu reconnecter avec des sensations d’enfance. Pour cela, j’ai dû repenser à mes souvenirs. C’est un enfant inquiet parce qu’il ressent que les choses peuvent basculer pour lui. Il a identifié ses parents à la série télé qu’il voit («L’Âge de cristal», série mythique de SF américaine diffusée en France à la fin des années 70, NDLR). Cela l’entraîne dans un questionnement: ‘Je suis un enfant, je subis pas mal de choses et je ne peux pas agir sur elles’. Du coup, cela le met dans une position d’inquiétude.»

Pourquoi vouloir parler de ce sentiment?

«J’ai voulu me rapprocher de la façon dont un enfant voit le monde. Il sait qu’il fait partie d’un grand tout mais il ne sait pas à quel point. Au début de l’album, une institutrice parle du système solaire réglé comme une grande montre. La nature est reliée à nous-même. On l’oublie quand on est adulte parce qu’on veut le fuir. Les enfants sont très connectés avec cette idée. D’où l’émoi dans la classe quand l’institutrice annonce qu’on ne peut rien faire contre l’extinction annoncée du soleil. Les choses peuvent se terminer pour Pierre aussi.»

Le fait que la mère est mise en cause comme potentielle destructrice du couple a-t-il une signification particulière?

«Je pense que les enfants sont inévitablement plus proches de leur mère que de leur père. Pierre ressent comme une sorte d’abandon. Et il trouve refuge dans la petite pierre que son père lui a confiée. Cela fonctionne comme un doudou. Tant qu’il le garde en main, il pense que rien ne changera. C’est la grande thématique de cet album: l’apprentissage qu’on ne peut pas contrôler de tout ce qui nous entoure.»

En quelques lignes

On ne peut rien contre l’extinction du système solaire, comme on ne peut pas recueillir tous les chatons abandonnés. Pierre, 10 ans, va découvrir au cours d’un été qui va tout changer qu’il y a des événements auxquels on ne peut pas échapper. Il voudrait que ses parents se tiennent encore la main, il voudrait qu’on arrête de dire que sa mère voit quelqu’un d’autre. L’emprise sur les choses de la vie est parfois illusoire. Dans ce récit quasi autobiographique, Duchazeau parsème son histoire de symboles et de personnages secondaires bien travaillés qui, reliés entre eux, recomposent l’apprentissage d’un enfant au regard si particulier sur le monde des adultes. Son dessin travaille de la même manière, s’autorisant quelques écarts du réel. Émouvant, «Pierre de cristal» se lit au rythme d’une tension constante, avec l’inquiétude que plus rien ne sera comme avant.

«Pierre de cristal», de Frantz Duchazeau, éd. Casterman (coll. Écritures), 152 pages, 14,95€

 

Nicolas Naizy