Agnès Martin-Lugand: «Parfois, je me faisais peur en écrivant»

@mathieuthauin

Après plus d’un million d’exemplaires vendus pour ses quatre romans, l’auteure française Agnès Martin-Lugand fait son grand retour en librairie. Avec «J’ai toujours cette musique dans la tête», elle transforme le paisible quotidien d’une famille en un véritable enfer.

C’est un véritable ouvrage de manipulation que vous sortez là.

Agnès Martin-Lugand: «Il est différent des autres c’est sûr. J’ai fait pour la première fois une alternance de point de vue, je me suis glissée dans la peau d’un homme. Yanis avait tellement de choses à dire quand je construisais le roman qu’il fallait que je le fasse parler. Après, c’est vrai qu’en termes d’atmosphère, et par rapport au personnage de Tristan, j’ai eu envie d’essayer autre chose.»

À travers lui, vous abordez la perversité de l’Homme dans toute sa splendeur. Il y a de quoi rendre parano.

«J’ai tendance à dire que c’est aussi la rencontre avec Yanis qui l’a fait partir en vrille. Il représente vraiment tout ce qu’il aurait rêvé d’être et c’est ça qui lui fait faire toutes ces choses. C’est une fascination, certes pathologique mais une fascination.»

Comment avez-vous imaginé un personnage aussi vicieux?

«Je me pose encore la question (rires). Je me faisais peur des fois en écrivant. Pour la première fois aussi, ce sont les personnages qui ont amené cette histoire alors que d’habitude, je pars d’une question ou d’une thématique.»

Comment se sont-ils imposés?

«J’ai eu envie de raconter la vie de cette mère de famille, folle amoureuse de son mari, et d’imaginer un troisième personnage fort qui allait mettre le bazar dans tout ça Je voulais jouer avec leurs failles».

Les thèmes de la famille et de l’amour sont récurrents dans vos ouvrages.

«Toujours chez moi. De toute façon je n’imagine pas écrire sans histoire d’amour. J’avais envie de démarrer un roman sur une note positive et puis que ça fasse une vague.»

C’est important de conclure également sur une bonne note?

«Je suis optimiste, je n’ai pas envie de finir tristement, de faire du mal inutilement aux personnages. Quand j’ai écrit la scène de l’épilogue dans laquelle Tristan est en souffrance, je m’en suis voulu. Je lui ai ruiné sa vie en lui faisant rencontrer Yanis.»

Il est une fois de plus très facile de s’identifier à vos personnages.

«Si je ne suis pas en fusion avec mes personnages, je n’écris pas. J’ai besoin de m’identifier à eux. Le fait de pouvoir se retrouver dans certaines situations crée une identification avec le lecteur. On peut tous passer par la volonté d’indépendance de Yanis et sa pseudo-crise de la quarantaine.»

Y a-t-il aussi un peu de votre quotidien dedans?

«Non. Ce que je mets de moi ce sont des choses microscopiques que seuls mes proches peuvent savoir. Mais ce qu’il se passe dans le roman, c’est quelque chose que je n’ai pas connu.»

Quel est le point commun entre tous vos livres?

«Il y a une trame générale, un squelette mais plus ça va, moins il est détaillé. Je sais où je vais après je me laisse aller et je laisse les personnages décider à ma place. C’est peut-être ce qui a changé dans mon écriture par rapport au premier. Le fond, c’est vraiment de raconter des histoires. Le jour où je n’écrirai pas quelque chose que j’ai envie de porter alors je perdrai ma sincérité dans la lecture. C’est là que le fil rouge sera certainement brisé.»

Comment cultivez-vous cette inspiration?

«En écoutant de la musique. Ça permet à mon esprit de s’échapper et de faire venir les idées. Chaque livre a d’ailleurs sa playlist, chaque scène a sa musique qui est d’ailleurs sur Spotify. Ça peut donner une atmosphère aux lecteurs. J’ai toujours écrit en musique. La construction de la bande originale commence avant que j’écrive, pendant la phase de création du roman et des personnages.»

« J’ai toujours cette musique dans la tête », Agnès Martin-Lugand, éditions Michel Lafon, 432 pages, 21,40€