Sorties cinéma : « Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar », « Rodin » et « La región salvaje »

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Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar (Pirates of the Caribbean: Salazar’s Revenge)

Serait-ce lié au fait que les films ‘Pirates des Caraïbes’ s’inspirent d’une attraction des parcs Disney? Ils y ressemblent de plus en plus, en tous les cas, et pas nécessairement de manière positive. C’est sûr, ils donnent l’impression de vouloir offrir un bon divertissement au consommateur et ce n’est pas le bruit ou le spectacle qui manque. Mais plus vous vous laissez embarquer, plus le plaisir cède la place à l’ennui. C’est ce qui arrive aussi avec les franchises blockbuster qui ne font aucun effort pour se renouveler. La seule chose qui compte, c’est que les films contiennent bien tous les ingrédients de la recette. Regardez, voilà le méchant navigateur surnaturel de service (cette fois, le capitaine Salazar). Là, le mythe sensé donner à tout ça un air d’intemporalité (ici, le Trident de Poséidon et la Carte illisible). Voyez ici, les facéties du capitaine Sparrow. Et là, n’est-ce pas Paul McCartney avec un faux nez et des tonnes de maquillage? Ici et là, une bonne idée (la guillotine), un bon acteur (Javier Bardem) ou une bonne blague (le jeu de mots avec “horologiste”) vous sort un moment de votre léthargie. Mais, en réalité, vous espérez surtout que ces Pirates seront bientôt ensevelis sous les flots. Du vent, sans fraîcheur. (rn) 2/5

Rodin, de Jacques Doillon

Auguste Rodin, 1840-1917. Un des pères de la sculpture moderne, avec ses œuvres d’un réalisme brut comme Le Penseur ou Le Baiser. Travailleur acharné, artiste torturé, l’amour de son art l’a parfois rendu cruel envers les hommes -et les femmes, comme sa compagne Rose ou Camille Claudel, sa meilleure élève, qui devint sa maîtresse. À la base, Jacques Doillon (‘Ponette’) avait reçu une commande pour un documentaire, il a préféré développer une vision plus personnelle: à 40 ans, Rodin reçoit enfin sa première commande de l’État. À partir de ce repère temporel, Jacques Doillon déploie un film sur l’artiste au travail, avec l’atelier comme décor principal. C’est là que Rodin pétrit, réfléchit. C’est là qu’il séduit aussi Camille ou ses modèles. Dans un silence d’Église et dans la semi-pénombre, Lindon, air grave et barbe fournie, malaxe la terre ou la chair, parle aux autres ou à lui-même mais il grommelle tellement dans sa barbe qu’on ne pige pas toujours tout. Bref, le film tient davantage de l’exercice de style que du biopic ‘classique’. Ce n’est pas un défaut, mais l’exercice en question est tellement mystérieux sur ses intentions qu’il nous a laissés sur le bord de la route. (em) 2/5

 

La región salvaje, d’Amat Escalante

Appelez cela une forme d’amour, une programmation biologique, ou un besoin de contact humain… une chose est certaine: le sexe, c’est puissant. Nous sommes capables de beaucoup de choses -pour ne pas dire de tout- pour le sexe. Et si nous en sommes frustrés, cela tourne mal à la longue. C’est en résumé aussi le sujet du film mexicain ‘La región salvaje’ (‘La région sauvage’). Sujet autour duquel le réalisateur Amat Escalante construit un drame réaliste, qui porte un regard impitoyable sur l’étroitesse d’esprit de sa région, là où les hommes hétéros font la loi et où les femmes et les holebis sont opprimés (ou pire). Difficile à ingérer? C’est fort probable, mais Escalante sait comment captiver le spectateur. Il intègre une étrange et fascinante créature dans l’histoire, ce qui à la fois fait monter la tension et donne quelques moments sombres et amusants. ‘La región salvaje’ n’est pas du prémâché vite avalé. C’est un cinéma corsé et relevé qu’il faut bien mastiquer pour en découvrir toutes les saveurs et arômes. Mais vous ne l’oublierez jamais. (rn) 4/5