Face à Trump, les indiens de Standing Rock ne lâchent rien

AFP / S. Olson

Des indiens sioux ont combattu pendant des mois le projet de construction d’un oléoduc qui doit passer sur les terres de leur réserve. L’arrivée de Donald Trump a mis un terme à leur espoir, et l’oléoduc a été construit. Les indiens de Standing Rock sont pourtant bien décidés à poursuivre le combat, sous une autre forme. Rencontre avec la militante sioux Rachel Heaton.

L’oléoduc auquel vous vous opposiez a finalement été construit…

«Malheureusement, oui. Mais le combat n’est pas terminé pour autant. Il y a d’autres projets du même type qui sont en cours d’élaboration. Nous avons pris contact avec les militants qui s’y opposent. Notamment avec ceux qui luttent contre la construction du pipeline Keystone XL, entre le Canada est la Louisiane.»

Nous ne nous battons pas pour nous, mais pour nos enfants, pour les vôtres

Pourquoi vous êtes-vous opposée à ces projets d’oléoduc ?

«Il faut bien comprendre que nous ne nous battons pas que pour nous, pour préserver nos terres, nos sources… Nous nous battons pour le bien commun. L’oléoduc qui traverse Standing Rock menace des sources d’eau potable. C’est un problème qui ne touche pas que les indiens qui vivent dans la réserve, mais tous ceux qui boivent cette eau. Et plus largement, l’humanité dans son ensemble. Certains veulent gagner de l’argent en transportant du pétrole. Mais que feront-ils s’ils n’ont plus d’eau potable ? Tout l’argent du monde n’y changera rien. Nous ne nous battons pas pour nous, mais pour nos enfants, pour les vôtres.»

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L’échec de votre lutte montre la difficulté à s’opposer à ce genre de projet. Comment allez-vous continuer le combat ?

«Nous allons continuer à mobiliser le plus largement possible. Beaucoup de gens sont déconnectés, ils ne voient la menace que fait peser un projet que s’ils personnellement touchés. Ils ne perçoivent pas bien qu’ils font partie d’un tout. Il fait donc remobiliser, de la façon la plus large possible.»

 

AFP / R. Beck

Vous plaidez également pour le désinvestissement…

«Cela doit nous permettre d’aller plus loin. Nous venons de participer aux assemblées générale de grandes banques européennes qui ont prêté de l’argent pour l’oléoduc qui va détruire notre réserve. Nous avons mis les actionnaires face à leurs responsabilités : ils doivent savoir qu’ils sont responsables, par leurs investissements, des torts faits à notre communauté. Et plus largement, à l’humanité. Nous demandons donc aux institutions financières de désinvestir des entreprises qui mènent des activités polluantes.»

 

Cela fonctionne-t-il ?

«Quand on proteste face aux entreprises qui détruisent nos rivières, qui tuent les nôtres, on ne nous écoute pas. Quand on convainc une municipalité comme Seattle de retirer son argent, 11 milliards $ en l’occurrence, d’entreprises qui nous agressent… on commence à avoir un poids.»

AFP

Ce mouvement est-il suivi par les particuliers ?

«On y travaille. Nous avons bloqué des agences bancaires aux Etats-Unis, les agences d’une banque qui finance la construction de l’oléoduc. Quand les clients arrivaient, nous leur expliquions notre lutte. Nous les incitions à placer leur épargne dans des banques publiques, aux activités moins nocives. Mais nous devons propager ce combat en Europe, car plusieurs banques européennes sont impliquées.»

La lutte des indiens de Standing Rock

En 2016, les indiens de Standing Rock pensaient avoir remporté la victoire. L’administration américaine, encore dirigée par Barack Obama, avait décidé de ne pas faire passer le pipeline Dakota Access Pipeline par leur réserve. Cette éventualité avait mis vent debout les indien sioux de la réserve et les écologistes. Ensemble, ils s’inquiétaient du risque de pollution de sources d’eau potable et de la destruction de sites sacrés sioux. Le répit n’aura été que de courte durée. Aussitôt arrivé à la Maison Blanche, Donald Trump a relancé le projet, obligeant les activistes à quitter le camp qu’ils avaient installé pour s’opposer aux travaux.