Noa Moon: «Mes morceaux sont comme des tableaux»

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Ph. Boris Goertz

Avec l’album «Let them talk» et surtout son single «Paradise», Noa Moon est apparue comme un bel espoir pop-rock. Manon, de son vrai prénom, a pris le temps pour son nouvel album «Azurite», marqué par une évolution – une maturité?- évidente.

Tu as pris le temps pour réaliser cet album. De quoi avais-tu besoin?

«Tout avait été très vite entre 2011 et 2014. J’ai eu beaucoup de chance avec une chanson -‘Paradise’- qui est beaucoup passée en radio. Cela m’a permis de faire un album et d’être en concert dans le circuit professionnel, mais aussi une bonne collaboration avec les Jeunesses Musicales. Cela m’a énormément rempli. À la fin de la tournée, je me suis demandé ce que j’avais envie d’apporter et de raconter sur le prochain album. En fait, je ne savais pas trop. Je voulais travailler toute seule, je me suis détachée de tous les gens avec lesquels je travaillais. J’ai composé un peu à gauche et à droite. Je n’étais pas toujours sûre de moi par rapport aux nouvelles choses que je voulais apporter, y compris dans la composition. Comme une ado, j’ai voulu remballer ma guitare et faire les choses différemment. Je devais trouver un point de rencontre entre mes goûts musicaux et ma manière d’être et de faire de la musique.»

Beaucoup de questions mais les réponses sont là avec des propositions un peu plus profondes et sombres parfois, sans que ce soit triste…

«Il y a des côtés un peu plus sombres parce que je considère qu’à 26 ans, j’ai d’autres choses à raconter que des chansons naïves et solaires comme je le faisais avant. La vie n’est pas qu’un enchaînement de chansons joyeuses, mais il y a d’autres choses très belles à raconter. Se posait aussi la question de ma légitimité, de ma place en tant qu’artiste. J’ai eu beaucoup de chance à faire de bonnes rencontres. Il y a tant d’artistes qui bossent depuis des années pour essayer qu’une chanson fonctionne sur les ondes. Moi je n’ai rien calculé. Ce n’était pas prévu, c’était donc étrange comme sensation.»

Et aujourd’hui, te sens-tu «artiste»?

«Aujourd’hui, oui, je me dis que j’ai ma place, que j’ai des choses à raconter. Même si je ne suis pas une raconteuse d’histoires à proprement parler.»

Je dirais que tu es plus une conteuse de sensations…

«Je suis une vraie éponge. Tout ce que je ressens passe dans mes chansons: c’est pour cela qu’il a des titres plus tristes, d’autres pour faire la fête. C’est un petit voyage, c’est comme ça que je voulais le voir. C’est cela que je trouve cet album plus réaliste.»

Cet album est aussi le fruit de nouvelles rencontres. Que t’ont-elles apporté?

«Tardivement, oui. J’ai longtemps travaillé toute seule. Je me suis remise au clavier même si je suis hyper nulle (rires). Cela m’a permis de composer d’une autre manière. Mais j’ai commencé à tourner en rond. J’ai rencontré Daniel Offerman, qui joue notamment dans Girls in Hawaii, et Nicolas Quere du studio de la Frette à Paris. Ces deux personnes m’ont permis de sortir les morceaux de ma zone de confort et d’aller vers quelque chose de plus qualitatif.»

Ph. Boris Goertz

Vers quelque chose de plus électronique?

«Oui, tout sonnait très calme et très lourd. Je ne savais pas comment je pouvais faire vivre des chansons plus électro. J’aimais des sons parfois très dark, mais je ne savais pas comment les utiliser. ‘Sparks’ s’est composée assez facilement. ‘Kaleidoscope’ également… Mais d’autres chansons étaient coincées dans ma manière de faire. Je ne suis pas une productrice, je le reconnais tout à fait. Daniel et Nico ont élevé les morceaux et les ont rendus accessibles. Je me rends compte que paradoxalement, je suis davantage visuelle que sonore. Mais morceaux sont comme des tableaux.»

« C’est un petit voyage, c’est comme ça que je voulais le voir »

Ta voix semble aussi plus assurée…

«En tout cas, j’avais envie de lui laisser plus de place. Auparavant, j’avais toujours l’impression de lutter pour qu’elle s’impose. J’ai pris plus de libertés.»

Le titre de l’album «Azurite» renvoie à une pierre. Pourquoi?

«Là aussi, j’avais envie de trouver un titre visuel. Le bleu représente l’eau, le flottement, qu’on peut retrouver dans cet album. C’est aussi une pierre aux multiples facettes, parfois plus sombres, parfois réfléchissantes. Il y a aussi quelque chose de beau dans la dureté.»

À quelques jours de tes premières dates, comment transpose-t-on ce travail sur scène?

«Je ne suis donc plus avec les mêmes musiciens qu’auparavant. Je n’ai eu aucun souci avec les autres. Mais là aussi j’avais envie d’autres choses. Ce sont des gens avec lesquels je voulais travailler. Je leur ai donné les morceaux pour qu’ils s’amusent. Mais soyons réalistes, j’ai envie que tout ce boulot fait en studio s’entendent sur scène. Je veux que la dynamique soit pareille. On répète énormément! C’est une autre approche, mais au final, je me sens bien parce que je vais défendre sur scène exactement ce que j’ai mis en place en studio.»

Nicolas Naizy

Noa Moon, «Azurite» (Blue Milk Records/Pias)

En concert le 15 mai aux Nuits Botanique, le 18 mai au Rockhal d’Esch-sur-Alzette, le 24 mai au Reflektor de Liège et le 22 juillet aux Francofolies de Spa.

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