Les Beka, un duo d’écriture pour le plaisir du rire

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Ph. A. Moreau / Bamboo édition

BeKa. Derrière ces quatre lettres se cachent deux auteurs. «Les Rugbymen», «Studio Danse», «Planète Gaspard», les succès de Bertrand et Caroline parlent à tous les types de lecteurs. Rencontre avec ces scénaristes, stars des ventes et des éditions Bamboo.

La série humoristique «Les Rugbymen» est un carton de librairie. Chaque nouveau tome -le 15e est paru en janvier- est tiré à 100.000 exemplaires, véritable exploit dans un contexte de surproduction en bande dessinée et le deuxième des éditions Bamboo qui a fait de l’humour jeunesse et populaire sa marque de fabrique. En France, les albums s’arrachent, surtout dans les régions du sud-ouest où l’on voue un véritable culte au ballon ovale.

Avec l’accent

Pas étonnant d’ailleurs d’entendre l’accent chantant de nos interlocuteurs. Bertrand Escaich et Caroline Roque écrivent leurs scénarios à quatre mains depuis le début des années 2000. Ils ont eu la chance de décrocher la timbale avec leurs gags sur le monde du rugby, un succès arrivé presque par hasard. Ces deux étudiants en science s’ennuyaient un peu dans les amphithéâtres et ont partagé leurs envies d’écriture. «Le rugby n’est pas vraiment pas une passion, ni pour l’un ni pour l’autre», nous avoue Caroline. « Mais nous venons d’une région où l’on ne peut pas échapper au rugby. Mon père a joué au rugby, mon grand-père a joué au rugby. Quand j’étais au lycée, tout le monde jouait au rugby.»

Habitant toujours près de Toulouse, ils baignent toujours dans cette ambiance qui dépasse des seuls stades. «C’est une BD d’atmosphère et pas vraiment de supporter», explique Bertrand. «Dans le Sud-ouest de la France, le rugby est présent partout. C’est un peu comme la bière en Belgique. J’ai des souvenirs quand j’étais enfant: les professeurs donnaient moins de devoirs lorsqu’il y avait rugby. C’était naturel, cela fait partie de la vie de tous les jours. Nous n’y avons pas joué, mais on entendait parler rugby tout le temps.» Impossible donc de voir se tarir l’inspiration, surtout avec un public de fidèles qui participent indirectement à l’écriture: «En dédicaces, joueurs et entraîneurs viennent nous raconter leurs anecdotes.»

Des univers complets

Mais limiter les BeKa aux seuls «Rugbymen» serait réducteur. Le duo a créé depuis ses débuts une foule de séries. Parmi celles-ci, on compte le succès «Studio Danse» (neuf tomes dessinés par Crip). Ici aussi, Bertrand et Caroline ont travaillé à la création d’un univers, au plus proche du lecteur, afin qu’il puisse s’identifier aux personnages tout en s’amusant. «On accorde beaucoup d’importance aux psychologies complexes. Les trois filles de Studio Danse sont différentes: l’une a des parents divorcés, la seconde a une famille standard et la troisième est Antillaise. Ces cadres de vie ouvrent tant de portes et d’horizons sur les situations, les gags et aussi les discussions entre elles.»

Le divertissement pur, dont se revendiquent les deux auteurs, se marie à une certaine poésie avec «Planète Gaspard» (deux albums réalisés avec le dessinateur Domas). On y suit les rêveries d’un petit garçon distrait. «Une idée de Bertrand parce qu’il est un peu Gaspard», sourit Caroline. «Le dessinateur s’est aussi reconnu aussi dans ce personnage.» Un hommage au droit de rêver des enfants, mais aussi des plus grands.

Ces observateurs du quotidien comptent bien poursuivre leur voie d’une bande dessinée qui cherche à nous faire rire et à nous émouvoir.

Une incursion plus intime

Clémentine avait envie de sauter le pas, de partir en randonnée de groupe pour se ressourcer. Mais lors d’une étape impromptue, le car l’oublie et la voilà bloquée dans un bois isolé. C’est finalement dans cette retraite improvisée, proche de la nature, qu’elle va se retrouver. Le stress du quotidien est loin. Aidée d’un épicier zen et des autres pensionnaires originaux de cet ermitage des temps modernes, la jeune femme va apprendre à voir la vie du bon côté. S’écartant quelque peu de leur veine humoristique habituelle, les BeKa signent ici un récit plus intime, mais assez solaire grâce au dessin de Marko et des couleurs de Cosson. C’est ce qui s’appelle une feelgood BD qui s’adresse à toutes celles et ceux qui voudraient prendre du recul avec philosophie, mais aussi avec humour, par rapport à un quotidien trop souvent énervé.

«Le jour où le bus est reparti sans elle – t. 1», de BeKA, Marko et Cosson, éditions Bamboo, 48 pages, 15,90 € ***

Nicolas Naizy

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