Isabelle Mergault : »Si l’autre ne vous regarde plus, c’est peut-être parce que vous-même, vous avez arrêté de vous regarder »

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Ph; Pascalito

 

Ce n’est pas pour une nouvelle pièce de théâtre, ni pour un nouveau film que nous avons rencontré la semaine dernière Isabelle Mergault à Bruxelles. Mais pour la promo de son premier roman. «Un escargot tout chaud» est marrant, généreux, déjanté, à l’image de son auteure. Un livre tout en émotion mais qui vous fera rire!

Vous êtes comédienne, scénariste, réalisatrice, etc. Aujourd’hui, vous écrivez votre premier roman. Pourquoi cette envie d’ajouter cette corde à votre arc?

«Parce que la littérature, c’est la liberté, la liberté totale. J’ai écrit beaucoup de scénarios, des pièces de théâtre. Mais vous êtes assujetti aux producteurs, au temps, aux acteurs, au fric, au décor, etc. Au cinéma, n’en parlons pas! Si vous voulez faire sauter un immeuble, vous ne pouvez pas. Ça coûte trop cher. Avec le roman, il n’y a personne qui me dit ce que je dois faire. Ça dure le temps que je veux. Je fais ce que je veux.»

C’était devenu une sorte de frustration?

«Je ne savais pas que ça l’était. C’est en écrivant ce livre que je m’en suis aperçue. Quand vous êtes formaté, vous ne savez pas que vous avez des chaînes. C’est quand on vous les enlève que vous vous apercevez que vous les aviez. Et puis, de toutes mes écritures, il ne m’en reste aucune trace. Je ne garde rien. Pour un scénario ou une pièce de théâtre, ce qui compte, c’est le résultat final. Tout le monde s’en fout du scénario ou de l’écriture de la pièce. Ce qui importe, c’est de voir la pièce ou le film. J’avais envie d’avoir un objet palpable.»

Notre avis
Une femme qui ne se sent plus aimée par son mari, une fille qui a des problèmes de langage, un mari, un voisin, une vieille dame qui se sentent tous horriblement seuls et… un braqueur qui les menace de les tuer si on ne lui ouvre pas le coffre, en vain. Voici la situation extravagante que nous raconte, avec beaucoup d’humour et émotion, Isabelle Mergault dans son premier roman.
Dans «Un escargot tout chaud», les personnages sont fantaisistes, les situations sont rocambolesques, voire burlesques. À chaque phrase, on y retrouve la patte de son auteure.
C’est léger, tout en abordant des thèmes plus graves, drôle à souhait, imagé. Un bon moment en perspective(mh) 3/5
« L’escargot tout chaud», d’Isabelle Mergault, éditions Grasset, 180 pages, 16,90 

Vous n’arrivez quand même pas à vous défaire du théâtre car votre roman a une écriture assez théâtrale.

«On va vers ce qu’on sait faire. J’aime les dialogues. j’aime faire parler les gens. Ici, il y a en plus une unité de lieu puisque c’est un braquage. Le sentiment humain m’intéresse. J’aime la nature mais je ne saurai pas la décrire. Tandis que le sentiment humain, je n’ai aucun mal. Je ressens les gens, j’aime autant leurs défauts que leurs qualités.»

Cette unité de lieu et les dialogues dont vous parlez vous ont-ils permis de rester dans une certaine zone de confort pour votre premier roman?

«Là où vous avez sans doute raison, c’est que je suis imprégnée d’une écriture théâtrale. Mais c’est surtout que c’était une façon d’être avec l’humain et de m’exclure. De plus, cela permettait de ne pas être dans le tourbillon d’une vie, d’une ville. Le fait d’avoir un concentré de différents personnages me permettait de chiader leur personnalité et d’être plus avec eux, en empathie. C’est pour ça que les dialogues sont forts. Ils ne sont pas plaqués. Ils ont une existence.»

Vous ne comptez pas mettre un jour ce roman en scène?

«Il y a un truc que je déteste, c’est d’étirer un filon. Je trouve même que c’est presqu’une escroquerie. Ce n’est pas parce qu’il y a un truc qui marche que je dois faire après l’adaptation, le t-shirt et le porte-clés. Non! Après, les autres font ce qu’ils veulent avec. Mais pas moi. J’ai tout donné.»

Et laisser quelqu’un d’autre adapté quelque chose que vous avez écrit?

«Alors là, je m’en fous! Je n’en ai rien à faire! Ça ne m’appartient plus. Ça m’est égal.»

Votre livre parle d’un amour. Vous racontez l’histoire d’un couple qui s’est installé dans la routine.

«C’est un couple qui ne communique plus. Pour moi, la communication, c’est vital. Dans tout, il ne faut jamais laisser le silence s’installer. Les non-dits disent en réalité énormément. C’est comme ça que l’on peut passer à côté de quelque chose de merveilleux. Comme l’être humain est un peu fier et con, il peut s’enfermer dans un mutisme. J’ai connu tellement de couples qui ne se parlaient plus et qui restaient ensemble. Pourquoi? C’est parce qu’ils savent très bien que quelque chose les rattache. Ce sont des compagnons de vie qui se tiendront la main jusqu’au bout. Ils ne le savent même pas. Par contre, s’ils ne s’aiment plus, ils doivent se séparer.»

Mais dans votre livre, dès qu’ils renouent le dialogue…

«En fait, elle pense qu’il ne l’aime plus parce qu’elle est grosse. Elle pense qu’elle est cocue. Pourtant, s’il part, ce n’est pas pour une autre. Ses kilos en trop, il n’en a rien à foutre. J’ai fait exprès qu’elle soit grosse car je voulais un personnage lourd, lourd de solitude, qui en avait gros sur le cœur pour qu’à la fin, elle soit légère comme une jeune épousée. C’est comme avec les chirurgies esthétiques. Certaines femmes peuvent en faire pour retenir leur mari. Non, si tu fais une chirurgie, c’est pour toi et pour personne d’autres. On n’a jamais vu un mari retomber amoureux de sa femme parce qu’elle s’est fait lifter! Si l’autre ne vous regarde plus, c’est peut-être parce que vous-même, vous avez arrêté de vous regarder, d’être bien avec vous-même.»

Deux de vos personnages se rencontrent lors de ce braquage. Vous dites qu’ils s’aiment sans même être tombés amoureux. C’est possible, selon vous?

«Ils n’ont pas besoin de passer par toutes les étapes. Ils se sont trouvés. Je crois très fort en ça. Parfois, vous pouvez rencontrer quelqu’un et vous dire que c’est l’homme que vous allez épouser. Après, la passion peut venir. Mais il y a quelque chose de très apaisant au début. Le cœur, au lieu de battre très fort, ralentit. Vous êtes dans les bras dans lesquels vous deviez être. C’est une énorme chance.»