Comment l’industrie automobile prépare son passage au tout électrique

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AFP / S. Loeb

La voiture électrique devrait se généraliser sur les routes entre 2020 et 2030. Les constructeurs européens s’adaptent petit à petit. Enquête à Stuttgart, une ville qui a vu les constructeurs allemands enregistrer des années de succès avec leurs moteurs.

Encore considéré comme un produit de luxe il y a peu, la voiture électrique se fait petit à petit une place dans le parc automobile européen. On comptait 203.000 véhicules en 2016, pour 183.000 l’année précédente. Leur nombre pourrait croitre de façon exponentielle au cours des années à venir, du fait des dernières avancées technologiques.

 

«L’électromobilité va s’imposer comme une évidence», estime Christian Hochfeld, directeur du centre de réflexion consacré aux transports Verkerhrswende. Première raison de cette évolution inéluctable à ses yeux : la menace que fait peser le changement climatique et les engagements pris lors de la conférence de Paris pour le contenir. Les normes européennes, qui imposent aux constructeurs de réduire la moyenne des émissions de CO2 de leurs véhicules à 95 gr/km en 2020 devraient ainsi être revues à la hausse. «Aucun pays ne pourra remplir ses objectifs climatiques sans un changement majeur dans les transports», explique-t-il.

La voiture électrique contre la pollution, nouveau fléau

Outre le climat, les émissions de gaz génèrent une pollution de moins en moins acceptée. A Stuttgart, berceau de l’automobile et siège de constructeurs comme Porche ou Daimler, le seuil maximal de particules fines est dépassé 62 jours par an. De l’autre côté de la planète, Pékin suffoque au point de ne plus voir la couleur du ciel. Cette situation a mené les autorités à soutenir le développement de véhicules électriques. «La question n’est plus de savoir si l’avenir de l’automobile sera électrique, mais quand cela va arriver», prévient Uli Huener, en charge de l’innovation pour le fournisseur énergétique EnBW. «Les constructeurs allemands doivent se réveiller, au risque de se voir dépasser d’ici quelques années», ajoute Christian Hochfeld.

 

Les constructeurs européens ont-ils loupé le train de la voiture électrique ? Un cadre de l’industrie automobile s’inquiète de la rapide montée en puissance des groupes californiens Google, Tesla, Uber… «Daimler est capitalisé à 75 milliards € après des décennies de travail. Uber est déjà juste derrière à 65 milliards! Leurs véhicules électriques, partagés, connectés, vont remplacer nos voitures thermiques individuelles. Les constructeurs européens doivent se réveiller d’urgence, en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.» Il y voit une «bonne nouvelle climat». Mais une nettement moins bonne chose pour l’économie européenne. «On connait l’enthousiasme de ses sociétés pour payer des taxes en Europe…»

« Tesla? Où sont leurs bénéfices? »

Tout le monde n’est pas si pessimiste. «Certes, on parle beaucoup de Tesla», reconnait Otmar Bitsche, directeur de la mobilité électrique chez Porche. «Mais on ne parle pas de leurs bénéfices. Et pour cause : ils n’en font pas! Chez Porsche, nous attendons que les technologies soient au point, afin de proposer des produits à la hauteur des attentes de nos clients.»

AFP / P. Huguen

Après des années d’attentisme, la marque de luxe estime désormais le temps venu de se lancer. Elle commercialisera en 2019 la Mission E. Ce véhicule, qui se placera au sein de la gamme juste en dessous de la Panamera, devrait ouvrir une nouvelle ère pour la mobilité électrique. Avec les performances désormais atteintes par les motorisations électriques, Porche espère vendre 20.000 exemplaires de cette voiture de sport chaque année. «Et aux alentours de 2025, un véhicule sur quatre que nous vendons sera électrique», promet Porsche, désormais convaincue par la mobilité électrique.

Volkswagen dévoile ses ambitions électriques

AFP / O. Anderssen

Volkswagen envisage de lancer 30 véhicules électriques d’ici 2025. «Nous allons devenir un fournisseur international de solutions de mobilité durable et poser les bases des nouveaux services de mobilité», assure le CEO du groupe, Matthias Müller. Ainsi, en plus des 60 nouveaux modèles qui arriveront cette année au catalogue de l’ensemble des marques du groupe, de colossaux investissements financiers sont réalisés dans la mobilité électrique. Cela concerne notamment la technologie des batteries, par le biais d’acquisitions, de développements et de la construction d’un centre d’excellence qui démarrera sa production en 2020.