Sorties cinéma : ‘Félicité’, ‘Get out’ et ‘Mon Ange’

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Ph. Jour2fête

‘Félicité’, d’Alain Gomis 

Tous les soirs, Félicité monte sur scène pour chanter. Sa voix se mélange au bruit des verres d’alcool et aux rires de la nuit. Mais Félicité ne rit pas. Derrière son visage fermé se dresse une femme forte et fière, indépendante. Mais le jour où son fils, victime d’un accident, se retrouve à l’hôpital, Félicité a besoin d’argent pour payer l’opération. Ravalant sa fierté, elle va devoir se tourner vers les autres… pour retrouver la joie. Quatrième long-métrage du Franco-Sénégalais Alain Gomis (‘Andalucia’), ‘Félicité’ est un voyage envoûtant, un double portrait: celui d’une femme, incarnée avec grâce par la débutante Véro Tshanda Beya Mputu, et d’une ville, Kinshasa. Porté par des acteurs non-professionnels, le film navigue entre réalisme et onirisme. Si Alain Gomis aborde les difficultés socio-économiques de la vie en RDC, on est loin du film social: le film est constellé de moments poétiques, où l’imaginaire fait irruption dans le réel. Un animal qui passe, une chorale qui chante… Interprétée par le groupe congolais Kasai Allstars (du label belge Crammed Discs), la musique est une part importante du film. Encore mal représenté en Europe, le cinéma africain a pourtant beaucoup à raconter. (em) 4/5

‘Get Out’, de Jordan Peele

En 1967, Stanley Kramer avait secoué l’Amérique progressiste avec ‘Devine qui vient dîner’ (‘Guess Who’s Coming to Dinner’), l’histoire d’un couple de Blancs aisés dont les nobles principes sont mis au défi lorsque leur fille ramène un fiancé noir à la maison. Exactement un demi-siècle plus tard, Jordan Peele rend un service semblable à l’Amérique progressiste avec ‘Get Out’, son premier film en tant que réalisateur, même s’il lui donne une tournure sournoise. Cette fois, nous voyons tout à travers les yeux du jeune homme noir, et celui-ci n’est pas certain d’apprécier tant que cela l’accueil que lui réservent les parents de sa blanche dulcinée. Trop amical ou jovial pour être honnête, presque comme s’ils avaient quelque chose à cacher. Le personnage principal a-t-il raison de douter, ou ses propres préjugés le rendent-ils parano? ‘Get Out’ décortique le racisme dans l’Amérique d’aujourd’hui avec, à la fois, une drôlerie irrésistible et une précision terrifiante. Peele -connu comme comique mais fan d’épouvante- crée dès la scène d’ouverture une tension particulièrement inconfortable, qu’il pousse résolument jusqu’à son paroxysme. Même le gros copain rigolo, un personnage qui, traditionnellement, tape surtout sur les nerfs, est parfaitement campé ici. Ce qui n’est pas rien, me semble-t-il. (rn) 4/5

Mon Ange, d’Harry Cleven

Son père était magicien, ‘spécialiste des disparitions’, au point qu’un jour il n’est jamais réapparu. Sa mère l’a élevé seule, en le cachant du reste du monde. Elle l’appelait ‘Mon Ange’, alors c’est resté. Mon Ange, c’est un petit garçon… invisible. A la mort de sa mère, il découvre le monde extérieur pour la première fois : le jardin, les arbres… et la voisine, une petite fille rousse atteinte de cécité. Entre eux naît une romance idéale, de l’enfance à l’adolescence. Mais quand son amoureuse aveugle part se faire opérer des yeux, l’homme invisible panique : comment lui dévoiler la vérité ? Entièrement filmé en caméra subjective, le film de l’acteur, scénariste et réalisateur Harry Cleven (‘Mr Nobody’), part d’une idée assez géniale, qui hélas s’essouffle rapidement. La beauté des images, l’atmosphère vaporeuse et la photographie soignée ne sont pas à remettre en cause. Mais sur le fond, ‘Mon Ange’ ressemble à un court-métrage qu’on a étiré dans la durée pour en faire un long. Quand un film est peuplé par uniquement deux personnages, le manque d’enjeux et de tension narrative peuvent rendre le temps très long.(em) 2/5

SOURCEElli Mastorou et Ruben Nollet
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