Burnout: «Tous coresponsables!»

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AFP

Le burnout n’est pas une fatalité. Pourtant, pas question de chercher un responsable, prévient le docteur Patrick Mesters, directeur de l’Institut de recherche sur le burnout. «Personne n’est coupable, mais nous sommes tous coresponsables».

Comment repère-t-on le burnout?

«Le burnout se traduit, au départ, par un épuisement physique, mental, et intellectuel. On récupère mal, on a des douleurs diffuses, des troubles de la mémoire et de la concentration… Cela peut également se traduire par des soucis physiques, avec des flambées allergiques, des problèmes cardiaques ou digestifs. Tout cela apparaît chez des gens en bonne santé. Il y a aussi un épuisement émotionnel: on devient cynique, agressif, au point de ne plus se reconnaître soi-même. Enfin, il y a chez la victime de burnout une perte de satisfaction professionnelle, alors qu’elle continue à aimer son métier.»

Le burnout est dû à l’organisation du travail, pas au trAvailleur malade

La plupart de ces symptômes peuvent être liés à d’autres maladies.

«C’est pour cela que le burnout doit être diagnostiqué par un médecin. La dépression, la mononucléose, la maladie de lyme… peuvent se manifester par les mêmes symptômes.»

 

Une fois diagnostiquée, comment traiter cette maladie?

«En premier lieu, il est indispensable de consulter un médecin, afin d’établir un diagnostic, et de savoir s’il est nécessaire de s’arrêter. Mais en général, la victime de burnout ne veut pas être mise en arrêt. Ce sont, bien souvent, des gens très fiables pour leur organisation, qui ont un haut niveau de conscience professionnelle. Il faut ensuite apprendre au patient à se fixer des limites, à savoir dire non, et reprendre confiance en soi.»

Les médicaments sont-ils une solution?

«On y a parfois recours, car le burnout peut entraîner un dérèglement hormonal ou immunitaire, et il faut protéger le cerveau. Mais on a surtout recours à un accompagnement psychologique. On peut également recourir à la sophrologie, qui peut aider à reprendre contact avec son corps. Enfin, quand les choses vont un peu mieux, il peut être utile de se faire suivre par un coach spécialisé, afin d’accompagner le retour à l’emploi.»

 

Y a-t-il des personnes plus exposées que d’autres?

«Tout le monde peut être victime de burnout. Mais on constate que les travailleurs qui ont des métiers de contact sont particulièrement vulnérables: le personnel médical, les enseignants, les policiers… Certaines femmes sont plus exposées que d’autres, dans la mesure où elle porte plusieurs casquettes: mère, assistante d’un parent malade, tout cela en plus de mener une carrière.»

Burning Out, un film pour comprendre le burnout

Le burnout n’est pas la maladie des faibles, des moins à même d’affronter le stress au sein d’organisations qui doivent être plus efficaces avec toujours moins de moyens. Tout au contraire, il pourrait être le mal du siècle, celui qui touchera un nombre croissant de travailleurs dévoués. C’est ce que s’attelle à démonter le film de Jérôme Le Maire. Et si le réalisateur s’est penché sur le milieu hospitalier, on y découvre que c’est l’organisation du travail qui est la cause du problème. Beaucoup peuvent ainsi peut se reconnaître dans les difficultés vécues par ces médecins et infirmières. Le phénomène du burnout est désormais suffisamment connu pour qu’on ne puisse plus parler de cri d’alarme. Il s’agit pourtant bien d’un sévère rappel à l’ordre. Si rien n’est fait, c’est un nombre sans cesse croissant de travailleurs qui va faire face au burnout.

Que peut-on changer dans le monde du travail pour éviter les situations problématiques?

«Il faut bien comprendre que le burnout n’est pas la faute du travailleur malade, mais de l’organisation du travail. Très souvent, il est nécessaire de la revoir. Les employeurs ont donc un rôle important à jouer. Il est important de laisser une marge d’autonomie au travailleur pour effectuer sa mission, de lui offrir de la reconnaissance, qui n’est pas que financière, et il faut veiller à préserver un équilibre entre vie familiale et professionnelle. Cela permet de rester debout, même lors d’une période un peu plus difficile.»

Estimez-vous la prise de conscience de ce problème suffisante?

«Il y a une véritable prise de conscience depuis quelques années. Nous sommes désormais contactés par des entreprises et des services publics. Certaines s’inquiètent pour le bien-être de leurs employés, d’autres s’alarment face à un taux d’absentéisme qui commence à coûter trop cher… Cela est positif. Car quand une organisation cherche à comprendre le problème, elle est dans une démarche constructive. Et on va alors trouver des solutions.»