Dans la ville de Mexico, l’eau est une denrée rare

Ph. YURI CORTEZ / AFP

L’approvisionnement de la ville de Mexico est un véritable défi, beaucoup de logements n’ont toujours pas d’eau courante. L’eau est donc approvisionnée par camions citernes plusieurs fois par semaine. Mais cela ne suffit pas et la population manque d’eau. 

Chargée de seaux en plastique, Virginia Solis fait des allers-retours et stocke chez elle des dizaines de litres d’eau pour les besoins de son foyer. Comme des dizaines de milliers de logements à Mexico, le sien n’a pas d’eau courante.

« Ceux qui souffrent du manque d’eau ne la gaspille pour rien au monde », commente-t-elle après avoir rempli deux seaux dans un récipient de 200 litres placé à l’entrée de la rue. « Si je veux de l’eau pour les toilettes, je commence par l’utiliser pour me laver avant de la réutiliser », explique-t-elle.

Située à l’ombre d’une montagne ocre, à la limite de la ville, le quartier d’Iztapalapa où elle vit avec sa famille n’est pas équipé de canalisations. Des camions citernes viennent l’approvisionner en eau chaque jour. « Un récipient c’est très peu: ici il y a des familles de sept, huit ou neuf personnes », se plaint Norma Calderon, une voisine chargée de la distribution entre les 1.500 logements du quartier.

Iztapalapa est le quartier le plus pauvre et le plus peuplé de la capitale avec 1,8 million d’habitants sur les 8,8 millions que compte la ville. Et c’est celui qui souffre le plus du manque d’eau. Même dans les zones équipées de canalisations, il y a des coupures en permanence.

Il n’est pas le seul: sur les 2,5 millions de logements de Mexico, environ 569.000 subissent des coupures. Et 45.950 ne bénéficient pas du tout d’accès à l’eau courante.

La ville s’enfonce 

La ville de Mexico ne s’étend que sur une partie de la vallée de Mexico où vivent 21 millions de personnes. C’est l’une des plus grandes mégapoles au monde et l’approvisionner quotidiennement en eau relève du défi.

Durant des dizaines d’années, la nappe aquifère a été surexploitée. Si bien que certaines zones de la ville s’enfoncent de 2 à 30 centimètres par an, selon des données de la protection civile.

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« Le problème est très ancien », mais « il a été différé », explique Claudia Lartigue, coordinatrice d’un programme d’usage et de recyclage de l’eau à l’université nationale autonome de Mexico.

Finalement, il a été décidé d’acheminer de l’eau depuis l’Etat de Michoacan, à 300 km à l’ouest, via un ouvrage d’ingénierie civile, indique l’experte. Maintenant, un peu plus des deux tiers de l’eau proviennent de cette région. Et le reste vient de Cutzamala, dans l’Etat de Guerrero. Mais 40% de l’eau se perd à cause de fuite, selon les autorités.

Camions sous escorte

Peu à peu, les camions citernes, qui servaient initialement de solution temporaire pour acheminer l’eau, sont devenus réguliers. « Nous avons commencé comme un service d’urgence avant de devenir aujourd’hui une partie » du système, explique Alberto Sanchez, en charge d’un des puits où les camions viennent s’approvisionner.

Devant lui, Emilio Santos positionne son véhicule sous un large tuyau noir qui chargera les 40.000 litres d’eau qu’il apportera ensuite dans le quartier où vit Virginia. Au volant de ce camion qu’il conduit depuis six ans, Santos explique que la répartition est devenue très compliquée dans les quartiers défavorisés où les familles passent plusieurs jours sans approvisionnement. « Des personnes montent sur le camion, avec des pierres, des bâtons » et obligent le camion à aller là où ils veulent.

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À plusieurs occasions, les assaillants étaient armés. Désormais certains camions citernes doivent être protégés par une escorte policière. Depuis 2009, la ville possède un plan de réhabilitation de ses canalisations pour éviter les fuites massives. Mais aussi pour favoriser la construction d’infrastructures nouvelles. Néanmoins, les projets ont été reportés par manque de moyens.

Le plan avance « peu à peu » indique Mauricio Hernandez, directeur technique du système des eaux de la ville de Mexico.

Selon lui, il faut également sensibiliser davantage les citoyens au gaspillage de l’eau. Dans la capitale, chaque personne consomme quotidiennement en moyenne 250 litres d’eau. Là où d’autres villes mexicaines en consomment la moitié.

La solution devrait être globale, selon Mme Lartigue: il faut réguler la croissance de la ville, résorber les fuites, récupérer l’eau de pluie et recharger les nappes aquifères.

Avant que cela ne se produise, Virginia et sa famille devront attendre trois jours avant que le camion ne repasse.