« Recto-Verso » nous emmène au Paradis des sens

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Ph. D. R.

Alliant musique électronique et chanson française, le duo Paradis, formé de Simon Meny et de Pierre Rousseau, sort son premier album. «Recto-Verso» se nourrit d’une écriture très à la française. Un opus très sensoriel que l’on a pu apprécier samedi au Botanique et que l’on retrouvera dans plusieurs festivals.

«Échappatoire instantanée, frappée sur les touches d’un clavier. La voix toujours un peu filtrée pour étouffer la timidité». Les premiers mots d’«Instantané» qui ouvre votre album semblent planter le décor de votre musique…

Simon Meny: «Ce qui est intéressant avec ce titre, c’est que c’est le premier qu’on a écrit quand on a commencé. Il plantait vraiment le décor pour tout le projet.»

Pierre Rousseau: «C’était un peu le prologue de ‘Paradis’.»

S. M.: «Quand on s’est rencontrés, la musique électronique a été vraiment le sujet qui nous a joints.»

Et le chant?

S. M.: «Pas spécialement en fait. Très tôt, la musique électronique constituait le socle de notre vie. Très vite, on s’est échangé une playlist faite de musiques mélangées, avec notamment de la chanson. Même dans la façon dont on faisait de la musique avant de se rencontrer, le songwriting n’était pas quelque chose sur lequel on voulait travailler directement. Cela s’est construit ensemble au fur et à mesure.»

Pourtant, vous lui rendez hommage en reprenant «La Ballade de Jim» de Souchon, ou encore «Rendez-vous au paradis» de Chamfort…

P. R.: «Je pense que cet amour de la chanson est présent et s’est révélé à nous mais de manière inconsciente. Faire de la musique ensemble, nous a permis de synthétiser toutes nos influences. Pour ‘La Ballade de Jim’, on peut même parler de sorte d’épiphanie. On faisait de la musique instrumentale et on s’est mis à fredonner ce texte sur le morceau qu’on était en train de faire. C’est venu apporter plein de sens à ce qu’on faisait. Cela donnait une logique et une raison d’être à notre projet. Il nous a permis de comprendre qu’il fallait dépasser juste quelques mots appliqués sur une musique. Qu’ils pouvaient exister au sein de phrases qui elles-mêmes allaient devenir des histoires.»

Après des maxis et des EP (notamment sur le label new-yorkais Beats in Space), vous vous êtes lancés dans la conception d’un album. Comment avez-vous procédé?

P. R.: «Quand on s’est retrouvé à la campagne, on n’avait encore aucun morceau. Quelques petits débuts de boucle peut-être. En général on commence par un son de boîte à rythme très simple et puis, on ajoute un son de synthé. Pendant cette session de travail, on essayait de faire un morceau par jour. On voulait du relief dans le disque. On a fait donc un panneau sur lequel on classait les morceaux selon des catégories qu’on avait prédéfinies. Ensuite on repassait sur le premier morceau pour les améliorer. On est revenu avec une espèce de maquette sur laquelle nous avons continué à travailler pendant un an.»

S. M.: «On avait une idée assez précise de ce que nous voulions faire. On avait envie d’un ensemble cohérent.»

Vos chansons parlent de jeu de séduction, d’instantanés, d’air du temps. Quelles histoires voulez-vous raconter?

S. M.: «C’est le fruit de conversations du moment. Mais c’est davantage la musicalité des mots qui nous guide vers un texte. Je ne sais pas si on peut vraiment parler d’histoires»

P. R.: «Je pense que c’est important pour nous qu’il y ait une narration. Mais ce ne sont pas des histoires au sens traditionnel du terme. Ce n’est pas qu’une succession d’images. Au-delà des sens, il y a du sens aussi.»

S. M.: «Comme tout ce qu’on fait, tout n’est pas forcément très réfléchi. Ce n’est pas cérébral, c’est plus sensoriel.»

Vous avez eu pas mal d’expériences à l’étranger en y ayant vécu. Est-ce que cela nourrit particulièrement votre musique?

P. R.: «Je dirais que ma culture musicale est plutôt anglo-saxonne. Mais cet éloignement a aussi nourri une fascination pour la langue française et la culture francophone. Si on a choisi le français, c’est parce que c’est la langue qu’on partage. Elle nous semblait la plus cohérente dans le cadre de notre musique.»

S. M.: «Dans la mesure où on allait chercher du sensoriel, c’était la langue avec laquelle nous nous sentions le plus à l’aise pour toucher au détail de l’émotion.»

P. R.: «On a toujours dit que notre projet était la rencontre de nos deux possibles. Ce n’est pas une posture artistique ou stylistique. On nous demande souvent ce que ça nous fait de reprendre les codes de la variété française. Mais on n’a pas vraiment l’impression de s’inscrire dans une tradition. On s’est même permis de faire une chanson qui s’appelait ‘Faire une chanson en français’ et non ‘Faire une chanson française’. On ne ressent pas la pression de cette lignée et ce qu’elle implique comme héritage. On fait juste ce qu’on aime.»

Nicolas Naizy

«Recto-Verso» (Barclay/Universal)

Paradis sera en concert le 6 mai aux Aralunaires à Arlon, le 8 juillet aux Ardentes à Liège et le 6 août au Ronquières Festival.

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