Armel Job pour « En son absence »: Imaginer le pire d’une situation

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Dans son nouveau roman, Armel Job met en scène un village confronté à la disparition d’une jeune fille. Qu’est-elle devenue? A-t-elle été enlevée ou a-t-elle fugué? Qui est le coupable? Quand une situation dramatique se produit, tout le monde devient en quelque sorte coupable.

Imagine-t-on toujours le pire en premier quand un événement se produit?

«Une jeune fille disparaît et la première chose à laquelle pense la police est une fugue. C’est vrai que dans beaucoup de cas, grâce au ciel, il s’agit bien de fugues. Les villageois eux pensent qu’il s’agit d’un enlèvement. Et le lecteur lui-même peut soupçonner que quelque chose de grave s’est produit. Certains éléments distribués dans le roman le sous-entendent.»

Notre avis

Lorsqu’une jeune fille disparaît, tout le monde devient suspect ou coupable. La mère a peut-être été trop négligeante, le père trop absent, le voisin suspicieusement trop gentil, etc. D’autant plus si cette affaire se déroule dans un petit village où tout le monde se connaît et où la rumeur se propage à une vitesse folle.

Une fois de plus, Armel Job signe un roman captivant qui plonge le lecteur profondément dans la psychologie de ses personnages. Il y dévoile leurs pensées les plus intimes… car en situation de crise, c’est souvent notre part d’ombre la plus sombre qui apparaît… 3/5

«En son absence», d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 324 pages, 19,50€

Dans ce roman, vous vous penchez plus sur l’état psychologique des personnages qui attendent que sur l’enquête en elle-même.

«Je ne voulais pas raconter cette histoire de façon habituelle, avec une enquête, une fin sanglante, etc. Ce qui m’intéressait était de voir ce qu’il se passait chez les gens qui attendaient. Comment vont-ils vivre cela? Le père? La mère? L’entourage? Je situe cette histoire en plus dans un microcosme. Nous sommes dans un village. Dès qu’une voiture de police s’arrête chez l’un d’eux, la rumeur commence tout de suite à circuler. Que se passe-t-il? Il y a des noms qui vont sortir. On imagine tout de suite le pire. C’est cette situation de crise qui m’intéressait par-dessus tout.»

Alors qu’ils étaient séparés, les parents vont, eux, resserrer les liens.

«Durant les quelques jours de la disparition de leur fille, ils vont s’entraider. Ils agissent comme tout être humain. Mais à côté de cela, dans une situation de crise, tout ce que vous avez sur le cœur ressort. le père, qui est un homme plein de remords vis-à-vis de sa femme, est mort d’angoisse pour sa fille. Mais c’est également pour lui l’occasion de regagner des points et de l’accabler: ‘Toi, femme parfaite, qui m’a envoyé promener. Tu n’as finalement pas vu la détresse de notre fille, tu n’as pas remarqué qu’elle était dépressive.’ Dans ce genre de situations, tout le monde va, à un moment, accabler l’autre.»

Et tout le monde devient aussi suspect.

«Oui, tout à fait. C’est pour tout ça que je voulais montrer comment les gens réagissent en situation d’angoisse aussi extrême. Et en se basant sur le bon vieux principe simenonien, dans une situation de crise, les gens sont obligés de montrer qui ils sont réellement.»

Votre histoire se déroule chez nous. Et bien sûr les références à l’affaire Dutroux ne sont jamais très loin.

«Certains personnages ont été totalement traumatisés par cette histoire. Mais à cette époque, qui ne l’était pas? Combien de parents ont tout d’un coup interdit à leurs enfants de jouer dehors?»

 

SOURCEMaïté Hamouchi
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