Béa Johnson: « Le changement commence à la maison »

493
Ph. ZonaFoto

« Acheter, c’est voter »! C’est en partageant son quotidien basé sur une consommation intelligente et respectueuse de l’environnement que Béa Johnson a développé un mouvement global en faveur de la planète. De passage en Belgique, la papesse du zéro déchet a répondu à nos question.

Comment peut-on décrire votre méthode zéro déchet ?
« Ma méthodologie passe par cinq règles. Refuser ce dont on n’a pas besoin. Réduire ce dont on a besoin. Réutiliser en remplaçant tout ce qui est jetable par une alternative réutilisable. Recycler ce que l’on ne peut pas refuser, réduire ou réutiliser. Et enfin, composter le reste. »

Comment passe-t-on d’un mode de vie consumériste à celui d’une vie à lutter contre la production de déchets ?
« Le fait d’avoir été obligé de vivre dans un appartement pendant un an nous a permis de nous poser des questions sur notre consommation ainsi que sur tout ce qu’il y avait dans le garde-meubles et dont nous n’avons pas eu besoin. En adoptant un mode de vie simple, d’un seul coup on a eu plus de temps. On a commencé à lire des livres et à regarder des documentaires, et c’est là qu’on s’est dit que si on voulait un avenir meilleur pour nos enfants, il nous revenait de participer à ce futur et de changer les choses. Le changement commence à la maison. »

Ph. ZonaFoto

Qu’est-ce qui a été le plus difficile lors de cette phase de transition?

« De trouver un système qui marche pour nous. Il y a encore beaucoup de gens qui s’imaginent que vivre un mode de vie zéro déchet est égal à tout faire soi- même. Ce n’est pas le cas.

Il suffit tout simplement d’apprendre à faire avec ce qui vous est disponible en vrac.

N’est-ce pas plus difficile pour ceux qui habitent dans des milieux ruraux ?

« Non, le mode de vie zéro déchet est vraiment applicable partout. Si vous réfléchissez aux cinq règles, le fait de refuser c’est faisable partout dans le monde. Aujourd’hui, dans cette société de consommation, on est la cible de tout un tas de produits promotionnels, sacs en plastique, cartes de visite, courriers publicitaires… A chaque fois que l’on en accepte un, on crée une demande d’en fabriquer plus. Donc la prochaine fois qu’on vous tend un stylo gratuit ou un échantillon, réfléchissez-y à deux fois. »

Et pour les autres règles ?

« Réduire ce dont on a besoin, c’est se désencombrer de biens matériels en les remettant sur le marché pour que les autres puissent en profiter. C’est aussi applicable partout dans le monde. Pour remplacer tout ce qui est jetable par une alternative réutilisable, les gens ont généralement tout ce dont ils ont besoin chez eux. Acheter d’occasion, aussi, c’est applicable partout dans le monde. Ce qui va être un peu plus compliqué c’est de trou- ver des aliments en vrac. Mais lorsque l’on acquiert un mode de vie zéro déchet, on acquiert une vision sélective. Dans les milieux ruraux ça sera le producteur local, les boulangeries, les marchés… ils sont hyper riches en produits en vrac. »

Vous avez testé énormément de recettes pour arriver à fabriquer vos produits notamment en matière d’hygiène et de beauté. Vous n’avez jamais eu envie d’abandonner ?

« Si, à deux moments. Lorsque j’ai déci- dé d’éliminer le shampoing, j’ai utilisé la méthode ‘no-poo’. C’est une façon de se laver les cheveux en saupoudrant du bi- carbonate sur sa chevelure humide et en la rinçant avec du vinaigre de cidre. Mais au bout de six mois, j’avais l’air d’une hip-pie. Aujourd’hui, nous avons un pain de savon générique que l’on utilise de la tête aux pieds, pour se laver les cheveux, les mains, le corps et se raser. La lessive aussi j’ai eu du mal.

Mais lorsque l’on est vraiment engagé les solutions vous tombent dessus.

Vous dites que le zéro déchet absolu n’est pas possible, pourquoi ?

« Parce que l’on a encore un bocal de déchets par an. Tout ce qui se trouve de- dans, c’est ce que l’on n’a pas pu appli- quer aux cinq règles. Ce sont des déchets qui ne sont pas éliminables pour le mo- ment dans notre société actuelle. Mais on se bat contre ceux qui reviennent conti- nuellement en allant à la source deman- der au fabriquant de proposer une autre solution, si c’est possible, (après voir contacté son assurance, la plus grosse des Etats-Unis, cette dernière est passée aux cartes en carton, NDLR). C’est en propo- sant des alternatives qu’on a le pouvoir. Acheter, c’est voter ! Si vous êtes forcé d’acheter un produit dont vous n’aimez pas la conception ou l’emballage faites- vous entendre parce que si vous ne dites rien, rien ne changera. »

Ph. Cristovao

Vous imaginez une société idéale sans déchets. N’avez-vous jamais eu envie de vous lancer dans la politique ou d’ouvrir un magasin ?

« Il revient à chacun d’utiliser ses compé- tences pour la diffusion du mode de vie zéro déchet. Ce que je fais aujourd’hui m’a permis de lancer un mouvement glo- bal. Les conférences que je donne à tra- vers le monde (au Parlement européen, à l’Union Européenne, à l’Onu, etc.), le travail que je fais avec les médias, le livre qui est aujourd’hui traduit en 15 langues m’ont permis de diffuser ce mode de vie. Mais je fais très attention à ne pas être reliée à un parti politique. J’estime que le zéro déchet n’appartient pas seule- ment à ceux qui votent vert mais à tout le monde. »

Ph. D.R

Béa Johnson était de passage dans le cadre de l’inauguration du magasin zéro déchet « GraspHopper The Refill Grocery » situé place André Hancre, à Ottignies.

SOURCELaura Sengler
SHARE