Trop de journalistes sont poussés à l’autocensure

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AFP / Ozan Kose

De très nombreux journalistes européens subissent des intimidations, sous la forme de violences psychologiques ou physiques, de cyber-harcèlement ou de poursuites judiciaires, et une forte proportion d’entre eux s’autocensure par crainte de ces pressions, dénonce le Conseil de l’Europe.

Au cours des trois dernières années, 40% des journalistes interrogés pour ce rapport disent avoir subi des interférences injustifiées dans leur travail suffisamment graves pour qu’elles aient un impact sur leur vie privée.

Au premier rang de ces pressions figurent les violences psychologiques, subies par 69% des sondés, suivies par le harcèlement en ligne (53%). L’intimidation par la police a touché 35% des journalistes interrogés, et le harcèlement sexuel 13%.

23% des journalistes sondés ont dû faire face à une arrestation, une enquête, des menaces de poursuites ou des poursuites effectives.

La Turquie pointée du doigt

Si les lois invoquées pour ces poursuites sont majoritairement des lois contre la diffamation, en Turquie les journalistes sont plus souvent poursuivis dans le cadre de lois anti-terroristes, sur la sécurité ou les intérêts de l’Etat, souligne le rapport.

Les journalistes turcs interrogés sont également les plus nombreux à se dire victimes d’une surveillance ciblée (près de 87% d’entre eux).

Stress et dépression

Ces diverses pressions et la peur d’y être confronté génèrent du stress, pouvant allant jusqu’à la dépression et la paranoïa, et conduisent 31% des journalistes interrogés à atténuer leur couverture de certains sujets, 15% à abandonner ces sujets et 23% à ne pas diffuser certaines informations.

A l’inverse, 36% des sondés disent que ces pressions les rendent moins enclins à s’autocensurer et plus désireux de rendre publiques certaines informations.

La plupart de ces pressions restent en tout cas inconnues de la police: 57% des journalistes qui en sont victimes ne les dénoncent pas.

« L’intimidation et le harcèlement des journalistes, les menaces et les violences à leur encontre et l’impunité des auteurs de ces pressions font partie des défis les plus sérieux auxquels est confrontée la liberté de la presse aujourd’hui », conclut le rapport.

940 journalistes, faisant majoritairement partie de cinq organisations (la Fédération européenne des journalistes, l’Association des journalistes européens, Reporters sans Frontières…) issus des 47 pays du Conseil de l’Europe et de Biélorussie, ont répondu à un questionnaire. L’institution paneuropéenne précise que cet échantillon n’étant pas représentatif, les résultats ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble des journalistes des Etats du Conseil de l’Europe.

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