Guillaume Musso pour ‘Un appartement à Paris’: « Ce roman, c’était Paris, c’était mon premier appartement »

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Ph. E. Scorcelletti

Guillaume Musso signe un nouveau roman qui se retrouve une nouvelle fois n°1 des ventes. Avec «Un appartement à Paris», l’auteur nous emmène à la découverte d’un art qui le fascine: la peinture.

Votre roman s’intitule «Un appartement à Paris». Une façon de faire taire certains critiques français qui vous reprochaient de placer vos intrigues en grande partie aux États-Unis?

«Il n’y avait pas de préméditation. Cette histoire est liée à un tableau et à mon premier appartement à Paris…»

Était-il aussi beau que celui que vous décrivez?

«Oui, et surtout il était situé devant une galerie d’art. Il y avait un tableau grand format peint par un grapheur d’Harlem, Jon-One. Une des grandes figures du street art. C’est de là que j’ai commencé à prendre des notes sur une histoire qui aurait comme point de départ un tableau mystérieux. J’ai acheté ce tableau qui m’a accompagné toutes ces années. J’ai même rencontré le peintre. Ce roman, dès la première étincelle, c’était Paris, c’était mon appartement.»

Notre avis

Il y a des écrivains dont on attend avec impatience leur prochain roman. Il y en a d’autres qu’on a hâte de revoir car on sait que l’interview sera un agréable moment fait de discussions sincères et de réflexions intéressantes. Guillaume Musso, c’est tout ça à la fois. Chaque année, nous prenons un réel plaisir à lire son roman et nous sortons de l’interview la tête remplie de références et de questions philosophiques, voire même existentielles.

À chacun de ses livres, l’auteur nous fait partager avec brio une de ses passions ou de ses admirations. Et «Un appartement à Paris» ne déroge pas à la règle. Ici, Musso nous emmène dans le monde de la peinture, de la couleur et de la création. Qu’est-ce qui peut animer un grand peintre? À quoi pense-t-il lorsqu’il peint? Les artistes sont-ils tous poussés par le même ‘carburant’? Tant de questions qui interpellent l’auteur et qui, à la lecture de ce roman, deviendront nôtres.

Mais ne vous méprenez pas, «Un appartement à Paris» est également un très bon thriller! L’auteur rassemble dans un même appartement deux âmes écorchées vives. Gaspard, un dramaturge, et Madeline, une ex-flic, sont fascinés par l’ancien propriétaire des lieux, un peintre maudit qui, à sa mort, laisse trois toiles aujourd’hui disparues. Les deux protagonistes se lanceront donc à la recherche de ces tableaux perdus… Une enquête qui en dira long sur leurs propres démons.

Guillaume Musso propose donc un roman qui rassemble tout ce qu’il fait de mieux: des personnages sublimés et à la psychologie plus complexe de ce qui n’y paraît, une intrigue qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page, des réflexions intéressantes sur qui nous sommes réellement… Bref, un thriller palpitant et addictif! (mh) 4/5

«Un appartement à Paris», de Guillaume Musso, éditions XO, 484 pages, 21,90 €

C’est votre rencontre avec l’œuvre de Jon-One qui a envoyé cette fois vos personnages à New York?

«Oui, ce peintre américain s’est imposé. Puis, il y avait l’idée d’un cold case. L’histoire nous renvoie à l’enfance d’un peintre américain, à ses amis qu’il fréquentait quand il était adolescent. Le roman s’est donc déporté tout naturellement dans le nord-est des États-Unis. Mais dans des lieux inhabituels, comme le cimetière des bateaux ou la maison de retraite située au bord de la plage. Ce sont des lieux assez différents. Nous ne sommes pas dans le New York standard.»

Dans votre roman, vous ne parlez pas de JonOne mais vous imaginez un peintre qui est la somme de plusieurs artistes dont vous appréciez le travail.

«Il y a des références à des artistes d’art urbain, comme JonOne. J’aime également beaucoup Invader. Le passage avec le zèbre par exemple est directement tiré d’une de ses œuvres. Puis, il y a aussi Pierre Soulages pour le côté lumière. La magie de ses toiles est dans la réflexion de la lumière. J’aime aussi beaucoup la toile ‘September’ de Richter. Cette peinture est impressionnante. Il y a une quantité de peintres que j’aime depuis longtemps. Je parle toujours des livres de mon enfance. Mais il y a aussi les tableaux.»

Ce roman aborde le thème de la création. On y trouve un peintre et un dramaturge. Vous êtes écrivain. Pensez-vous que le ‘mécanisme’ de création est le même pour tout artiste quel que soit son support?

«Je me suis souvent posé la question. C’est pour cela que j’adore parler avec des créateurs de champs différents. J’ai eu une discussion intéressante notamment avec Pierre Hermé, qui crée ses pâtisseries. On essayait de voir si on avait des choses en commun dans le processus de création. Et finalement oui. Il pouvait aussi être inspiré par un paysage ou une sensation. Mais la similitude se retrouve surtout dans le côté frustrant. Il me racontait qu’il essayait depuis longtemps de créer un macaron au parfum de riz au lait car il a en tête depuis toujours le parfum de celui que lui faisait sa grand-mère. Il me disait qu’il n’y était jamais arrivé et qu’il n’y arriverait sûrement jamais. Il avait tout simplement mythifié ce plat.»

Votre personnage, Sean Lorenz, est un peintre meurtri, qui souffre.

«J’aime beaucoup aussi une chanson de Bob Dylan qui s’appelle ‘Sara’ et qui se trouve sur l’album ‘Blood on the tracks’. Cette chanson est sur sa femme qui venait de le quitter. Elle est très émouvante. Et pour arriver à ça, il faut forcément passer par la case souffrance. En peinture, c’est très vrai aussi. On connaît beaucoup d’artistes qui se sont détruits. Je note dans mon roman une phrase de Godard: ‘L’art est un incendie, il naît de ce qu’il brûle’. J’ai changé le ‘ce’ en ‘ceux’. Ce truc du carburant de la création existe. Comment allez-vous arriver à vous renouveler?»

Pensez-vous que pour ne pas se retrouver devant une page ou une toile blanche, un artiste a besoin continuellement de renouveau dans sa propre vie?

«C’est très dur de généraliser. Tout le monde n’a pas le même processus de création. Dans mon cas, mon carburant vient de ma vie personnelle. Surtout après une émotion aussi forte que celle d’avoir un enfant.»

Votre roman aborde le thème de l’enfance et de ses conséquences sur la vie future. Un de vos personnages dit qu’il ne peut pas croire qu’un enfant naît démon.

«Si on a été cabossé durant l’enfance, c’est vrai que c’est difficile. Mais ça peut se réparer. Les premières années vous laissent forcément des traces. Moi j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse. Mais quand j’explique mon rapport aux livres ou à l’art, je renvoie toujours à ma propre enfance. Après, je suis fasciné par les gens qui, malgré une enfance compliquée, arrivent à rebondir.»

Finalement, on oublie difficilement ce qui s’est passé durant l’enfance. Sans raconter la fin, vos personnages vont essayer de rattraper les erreurs qu’a subies un de vos personnages lorsqu’il était enfant. Le livre se ferme… Pensez-vous qu’il soit possible de réellement le sauver?

«La vie de ce personnage sera très compliquée. J’avais une réserve sur la fin. Car je me demandais quelle vie j’allais laisser à ce personnage. En fait, je me suis dit que je préférais laisser cette partie ouverte, et que dans 5 ans, j’écrirai la vie de ce personnage. C’est une fin assez ouverte finalement. Car on ne sait pas ce qu’il va se passer ensuite…»