FRNCK ! : Un ado orphelin perdu dans la préhistoire

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Vous lisez bien Franck mais ne voyez que «FRNCK !» ? C’est normal, la langue parlée par les hommes préhistoriques rencontrés par le jeune héros de cette nouvelle série Dupuis ne comporte pas de voyelle. Nous avons rencontré son scénariste Olivier Bocquet.

Comment avez-vous imaginé ce personnage d’ado qu’est Franck ?

« Quand j’ai imaginé Franck, il me manquait en tant que lecteur un nouveau héros dans la bande dessinée. Quand il y a un nouveau héros, c’est un équivalent de Spirou, de Tintin, d’Astérix ou encore de Lanfeust de Troy. J’avais besoin d’un personnage de cette trempe. »

Pourtant Franck est orphelin et s’inscrit au départ dans un réel un peu triste…

« En le transportant dans une autre époque, sa relative banalité le rend extraordinaire sans qu’il soit surpuissant. Ce n’est pas un héros qui a la réponse à tout. Le premier tome nous montre qu’il est totalement incapable de se débrouiller tout seul. Il a absolument besoin d’autres autant que les autres ont besoin de lui. Ce truc du personnage ordinaire confronté à une situation extraordinaire, on le voit souvent avec un ex-flic ou un superhéros. La question que je me suis posée était la suivant : comment un gars normal devient un héros sans devenir un superhéros. Je peux ainsi m’identifier à lui, parce que moi, dans cette situation, je ne serais ni meilleur, ni pire que lui. »

Une quête presque existentielle à laquelle il fallait allier humour et aventure…

« Oui, tout cela reste exagéré bien évidemment. Tant qu’à parler d’aventure, je pense à Indiana Jones. C’es un archéologue qui se balade avec son fouet et son flingue, mais il se prend des portes dans la figure, il a des problèmes,… Franck c’est un peu ça. Il essaie de survivre… »

Est-ce que vous voulez lui faire vivre un récit d’apprentissage ?

« En effet, quand on prend un personnage de cet âge-là, c’est parce qu’on a envie de le faire évoluer. La période de la bande dessinée faite de personnages immuables est révolue. Ce qui m’intéresse c’est de le faire grandir. Au début de l’adolescence, il peut ‘tout être’, mais il ne sait pas encore ce qu’il est. Et il arrive à un moment où l’humanité peut ‘tout être’ et ne sait pas encore ce qu’elle est. »

La préhistoire dans « FRNCK ! » n’est-elle pas fantasmée ?

« Contrairement aux apparences, on se documente pas mal. Mais on ne reste pas collés à la documentation. Pour deux raisons : tout d’abord, on a envie de s’amuser ; et puis, je pense que les paléontologues sont très imaginatifs. À partir d’une molaire, ils peuvent reconstituer la vie de la famille et savoir ce que le type mangeait. Je crois qu’il y a beaucoup de fiction en paléontologie. Chaque nouvelle découverte permet de réécrire l’histoire. Je me donne beaucoup de libertés en me disant qu’à l’avenir, je tomberai peut-être juste (rires). »

Doter les hommes préhistoriques d’un langage sans voyelle, était-ce une volonté de jouer avec le lecteur qui peut déchiffrer ce charabia ?

« J’aime bien ce genre d’album, ludique dans tous les sens du terme. On rigole, on s’amuse, notamment avec ce jeu qui plaît particulièrement aux enfants. Avec mon éditeur, on pensait faire un petit lexique à la fin. Mais en le testant sur des enfants, on s’est rendu compte qu’ils parvenaient à le décrypter. De toute façon, ça ne nuit en rien à l’histoire de ne pas comprendre ces dialogues-là. »

Comment se met-on à hauteur d’un public jeunesse ?

« J’ai l’habitude de travailler avec et pour les enfants. Je sais très bien qu’il ne faut pas les prendre pour des imbéciles. En faisant cette série, j’avais en tête les films Pixar. Ces films on peut les regarder à tous les âges. Et si nous avons atteint cet objectif avec FRNCK, nous avons réussi notre pari. »

Nicolas Naizy

En quelques lignes

Quand un orphelin se retrouve perdu dans la préhistoire, cela promet au jeune héros des aventures dans lesquelles il devra prendre ses responsabilités. Olivier Bocquet et Bruce Cossu ont conçu FRNCK! comme la BD qu’ils auraient voulu lire pré-ado et force est de constater que ce récit tour à tour dynamique et émouvant nous accroche illico. Ce premier tome d’installation de l’intrigue est plus que séduisant et nous rappelle que la BD jeunesse a de beaux jours devant elle quand elle ne prend par ses premiers lecteurs pour des imbéciles, tout en les (nous) divertissant.

« FRNCK ! – t. 1: Le début du commencement », d’Olivier Bocquet et Bruce Cossu, éditions Dupuis, 54 pages, 9,90 € ****

SOURCENicolas Naizy
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