Ozark Henry questionne l’humanité

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Photo D.R.

Ozark Henry est un mélodiste hors pair. Il suffit d’une écoute de l’un de ses singles pour s’approprier ses notes, et pour croire même que l’on a toujours connu la chanson.

C’est surtout le cas de son « Dream that never stops ». Le reste de l’album est à l’avenant. Atmosphérique, entêtant, direct et plein de fraîcheur dans sa musique, mais plus grave dans ses paroles. Le West-flandrien y dresse un état du monde assez sombre, questionne l’humanité et lui trace des lignes pour un futur un peu moins trouble.

Ce titre «Us» est court et sobre, mais c’est peut-être le mot qui résume le mieux l’album. 

« Oui, c’est un ‘nous ‘ qui pose la question de ce qu’est l’humanité. Est-ce une communauté où tout le monde est inclus? Apparemment, ce n’est pas toujours le cas. Ce qui fait que l’on voit des choses inimaginables qui se passent dans le monde. »

Vos paroles sont des suites de questions que vous posez à cette humanité.

« J’essaye de comprendre comment tout cela est possible. Moi-même, j’habite tout près de la jungle de Calais. Je suis témoin de trafics d’êtres humains. J’ai toujours tenté de faire quelque chose, d’imaginer des solutions plus humaines. Et puis, on a eu l’attentat à Paris, qui est vraiment un acte horrible et inhumain perpétré par des jeunes Bruxellois et Parisiens. Il est temps de se poser la question: comment est-ce possible que nos enfants puissent faire un acte aussi extrême? Le président français a directement dit ‘Je déclare la guerre contre l’EI’, et des avions sont partis bombarder une ville en Syrie. Est-ce ça l’humanité? »

Ce sont donc ces événements qui vous ont poussé à écrire ce nouvel album?

« Oui, on est confronté à des réalités très difficiles, et des grands événements se passent en même temps. Le capitalisme ne fonctionne plus, on est dans une crise économique depuis au moins 2008. Les effets du changement climatique sont plus grands que ce que l’on veut bien voir. Les guerres sont peut-être d’ailleurs liées à ces changements qui poussent un pays très riche à devenir tout d’un coup le siège de tensions. Moins d’eau, des moissons réduites, etc., cela fait pression sur une société qui peut mener à des extrêmes. Cela cause une migration, des millions de gens doivent involontairement bouger. Même logistiquement, c’est complexe à gérer. On vit un moment de l’histoire où on est confronté à des questions qui ne sont pas simples du tout à résoudre. Il est possible de trouver une réponse, mais seulement si on inclut tout le monde. Si ce n’est pas le cas, on n’arrivera jamais à un résultat. »

Cet album est un constat ou un message d’espoir?

« C’est un constat de cette réalité, et en même temps avec l’espoir que cela ne va pas se répéter. Dans ma vie professionnelle, je suis témoin des évolutions technologiques que l’on peut offrir à l’art. Je suis témoin de possibilités incroyables. Chez Google, ils m’ont laissé regarder dans le futur. Là, j’étais témoin de la grandeur de l’homme, de ses capacités… Et c’est ça qui me donne l’espoir et le courage. »

Pour vous, la musique doit être porteuse de sens.

« L’album est plein de lumière, il porte l’espoir. Cela fait du bien de l’écouter. Mais, en même temps, il est à fond dans l’ici et maintenant. »

Il s’appelle ‘Us’, mais il y a souvent un ‘You’ dans vos chansons. Vous parlez à quelqu’un.

« Je veux communiquer, je veux que l’on se parle, que l’on se comprenne. Je travaille avec les Nations unies dans la lutte contre le trafic des êtres humains, et dans mon travail, je coopère avec l’université de New York dans le domaine du ‘sound science’. Je vis un peu dans les extrêmes. C’est un peu cela le thème de l’album. Quand je vois ce que l’homme est capable de faire, je me dis qu’il est possible de donner des réponses à des questions très compliquées. Mais il faut du courage en tout. »

Cette chanson ‘Africa’, c’est en tant qu’ambassadeur des Nations unies que vous l’avez écrite?

« J’ai participé récemment à une opération de Brussels Airlines intitulée ‘Bike for Africa’. Ils m’ont offert la chance de rencontrer mes collègues de l’UN au Sénégal. Et cette chanson est venue de là. »

Cet album s’ouvre sur le single « A dream that never stops ». Vous avez une incroyable facilité à écrire des mélodies qui touchent instantanément.

« C’est ma langue… Ça me fait plaisir que cela touche les gens. Ça me permet de dire des choses, tout en restant dans la juste nuance. Je ne veux pas provoquer, je ne veux pas brusquer. Je pense que c’est déjà un peu trop le cas pour le moment. Je veux juste donner du courage. Avoir l’espoir que oui, on peut changer. J’ai compris qu’en musique les paroles ne sont pas un poème. Tu dois suivre la mélodie. La musique, ce n’est pas juste écrire des mots sur un papier pour les lire. »

Pierre Jacobs

Ozark Henry «Us»

À l’occasion de la sortie de cet album, la Stib a lancé un concours, jusqu’au 17 avril, qui vous permet de gagner des places pour un showcase privé ainsi que d’autres cadeaux. Plus d’infos sur ce site.

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