Sorties cinéma : ‘Lady Macbeth’, ‘Fast & Furious 8’, ‘On the Edge of Happiness’

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‘Lady Macbeth’ de William Oldroyd

C’est comment d’être une femme dans l’Angleterre de 1685 ? Réponse : pas très marrant. La jeune et innocente Katherine l’apprend à ses dépens : à 18 ans, elle passe de l’enfance à l’âge adulte en épousant un vieux et riche marchand. Gambader dans la campagne, c’est fini: enfermée toute la journée, tout ce qui est attendu d’elle est d’être polie et faire des enfants. Mais comme son mari ne la touche pas et disparaît des mois durant, Katherine s’ennuie… et prend un amant. La découverte du sexe réveille chez elle une soif de liberté féroce, qui va balayer tout ce qui se met en travers de son chemin : son beau-père, sa servante, la société, le bon sens… Adapté du roman ‘Lady Macbeth du district de Mtsensk’ de Nikolai Leskov, le premier film du metteur en scène de théâtre William Oldroyd saisit par sa modernité sous son apparence classique. La géométrie des plans, les détails sonores : toute la mise en scène souligne l’histoire tragique de Katherine et sa rébellion contre le patriarcat. Incarnée avec brio par la prometteuse Florence Pugh, cette ‘Madame Bovary’ avec une touche ‘gore’ questionne habilement les questions de genre, de classe et de race, tout en réussissant à insuffler quelques touches d’humour. Joli tour de force. (em) 4/5

« Fast & Furious 8 » de Felix Gary Gray

Original Film. Difficile de ne pas pouffer de rire lorsque le nom de cette société de production apparaît à l’écran au début du nouveau ‘Fast & Furious’. On peut trouver toutes sortes de qualificatifs pour les aventures automobiles de Vin Diesel, mais après autant d’épisodes, celui de ‘original’ n’en fait plus partie depuis longtemps. Quelle importance d’ailleurs? Ce qui compte, ce sont les moteurs vrombissants, les biceps gonflés et les pectoraux bombés, les fessiers bien moulés, les bastonnades à mains nues et les destructions fracassantes qu’on nous sert depuis déjà 16 ans maintenant. La variante du jour, c’est le fait de partir de Cuba, le fait que les héros, à un moment donné, doivent affronter un sous-marin atomique et qu’ils ont un nouvel adversaire sur le dos. Cette ennemie, Cipher, est une pirate informatique extrêmement intelligente qui ne recule devant rien et que Charlize Theron incarne avec la conviction qu’une voix qui chuchote est terriblement menaçante. De manière générale, ‘Fast & Furious 8’ fait des huit sur le parcours que l’on connaît: les speechs sur la famille sont sirupeux, les gags font mouche une fois sur deux, Tyrese Gibson tape sur les nerfs et le spectacle sauve les meubles (un summum: le truc avec les voitures autonomes). Quelqu’un veut-il bien m’expliquer pourquoi chaque chanson de la bande originale utilise cet horrible Auto-Tune? (rn) 3/5

‘On the Edge of Happiness’ de Wil Mathijs

Qui sont ces gens qui ont monté leur tente sur un terrain vague, de l’autre côté d’un grillage? Ou plutôt, qui ont construit une cabane avec quelques planches et des matériaux de récup? Les Gantois qui passent par le sentier longeant le terrain, les regardent, puis se hâtent de poursuivre leur chemin. Que le réalisateur Wil Mathijs refuse de détourner les yeux plaide en sa faveur. ‘On the Edge of Happiness’ passe de l’autre côté de la clôture et donne un visage, un nom et une origine (bulgare) à ces gens démunis. Mais il ne leur donne pas de vraie identité, car Mathijs les voit tout d’abord comme des représentants d’une frange oubliée de la population: des migrants de pays pauvres de l’Union européenne. ‘On the Edge of Happiness’ brosse la situation avec un mélange de compassion et de réserve, se voulant à la fois porte-voix de ces sans voix et observateur (très poétique). Mathijs vous force à regarder une situation que vous n’avez pas envie de voir, il écarte le rideau d’un geste élégant pour révéler une petite part inconnue de la réalité. Reste cependant une question cruciale: quelle peut-être la portée d’un film qui montre ces situations scandaleuses avec autant de réserve? Au-delà du fait d’être un beau film? (rn) 3/5

 

SOURCEElli Mastorou et Ruben Nollet
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