Kev Adams : « Pour te réaliser, tu dois vivre des emmerdes »

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Ph. D.R.

A 25 ans, le comique préféré des ados semble avoir bien entamé son virage vers le cinéma. Après les succès de ‘Les Profs’ ou ‘Amis Publics’, il s’embarque dans un voyage délirant dans la capitale hollandaise dans ‘Gangsterdam’. Un film qui met le second degré des gens au défi, y compris le sien : même les humoristes ne rient pas de tout !

Comment tu es arrivé sur ce projet ?

KEV ADAMS : « Romain Lévy (le réalisateur, NDLR) m’a appelé. J’avais beaucoup aimé son précédent, film ‘Radiostars’, et lui avait vu mon one-man show ‘Voilà Voilà’, qu’il avait aimé aussi. Donc on s’est rencontrés, il m’a parlé du projet, et je me suis dit : ‘j’ai envie de bosser avec ce gars, je pense qu’on peut faire quelque chose de bien.’ »

Et quand tu as lu le scénario ?

« J’ai trouvé tout l’aspect sur Amsterdam intéressant. Le côté légende urbaine, Las Vegas européen. Après, dans la structure, il y avait des choses qui me plaisaient moins. Par exemple, je trouvais que ça manquait d’une histoire d’amour, je trouvais les motivations un peu légères… »

Donc tu as collaboré à la réécriture du scénario ?

« Oui, il y a des passages qu’on a réécrits avec Romain, mais il y aussi des vannes qu’on a improvisées sur le plateau, et qui sont dans le film. »

Pour toi, quel est le message du film ?

« Dans la vie, pour devenir qui on est vraiment, il faut vivre des emmerdes. J’ai rencontré des gens à qui j’ai demandé s’ils étaient heureux, et ils m’ont dit : « Heureux c’est un grand mot, mais ça va. » Ces gens-là, je pense que ça leur ferait du bien de vivre un truc un peu ouf. C’est ce qui passe dans le film : c’est un mec banal, un peu loser sur les bords, comme il en existe des milliers, et qui sauver ses amis, sa famille… Parce qu’il va se prendre un électrochoc. »

« Chacun a ses degrés de second degré »

Pour te réaliser, tu as dû toi aussi vivre des emmerdes ?

« Bien sûr. J’ai commencé avec l’émission de Laurent Ruquier sur France 2 : j’avais 18 ans, et j’écrivais mes sketches seul après les cours. Je me suis retrouvé face à des gens qui me disaient : « C’est pas drôle ce que tu fais. » Tu te prends une grosse claque dans la gueule. Mais la première fois que je monte sur scène devant 2000 personnes, je prends une grosse claque aussi. Le lendemain, je ne suis plus le même môme. C’est des claques différentes, mais pour te construire, t’as besoin des deux. C’est ce que raconte ce film. J’espère que les jeunes iront voir ce film, et qu’ils ne se tromperont pas sur le message. Le message, ce n’est pas ce que ce con de Durex raconte ! »

Est-ce que tout le monde peut voir ce film ?

« Non, pour moi en dessous de dix ans, c’est limite. Mon petit frère a dix ans, je l’ai emmené, il a aimé, mais sur certains passages j’étais un peu gêné quand même. »

Quelles sont tes limites en humour ?

« L’humour scato, les blagues où on se fait caca dessus, c’est pas mon délire. Et tout ce qui est raciste et antisémite, j’ai beaucoup de mal. »

Le film est très drôle, mais l’humour de Durex est limite : sexisme, racisme… Des vannes qui ne sont jamais vraiment remises en question.

« Pour moi, c’est induit. Au début du film, quand je lui parle sur Skype, je lui dis : « Arrête avec tes blagues de raciste, c’est relou ». Je trouve ça cool de rire avec un personnage qui va beaucoup trop loin dans tout. Prises séparément, la vanne sur le viol me choque tout autant que les vannes racistes ou antisémites du film. Mais mises toutes ensemble, au final, ça m’a fait rire, alors que sur le plateau parfois j’étais mal à l’aise. Mais évidemment, si on était dans un film super-réaliste et qu’on voulait gagner un César, on dirait : « C’est pas bien Durex ce que tu fais. » Mais c’est un film qui met le second degré des gens au défi. »

Les blagues antisémites du film ont mis ton second degré au défi ?

« Je ne sais pas si j’ai beaucoup de second degré, peut-être que j’en manque ! Mais grâce à ce personnage, je réalise que souvent, c’est la manière ou la personne qui le dit qui me gêne. Quand c’est un mec complètement teubé, comme ici, je me suis moi-même surpris à rire. Donc je pense que c’est souvent une question de contexte. Et je dis bravo à Romain, parce qu’il a réussi à me surprendre. C’est pour ça que je dis que ce film met le second degré des gens au défi. On a tous des degrés de second degré. Ça dépend des sujets. »

En quelques lignes

Comme dit le film : «Dans la vie, soit tu gères, soit tu baltringues». Ruben (Kev Adams) est du côté des baltringues: son manque de confiance lui a fait redoubler sa dernière année de fac, et l’empêche d’avouer ses sentiments à Nora, la nouvelle. Quand il apprend que Nora vend de la drogue, il décide de l’accompagner à Amsterdam, rêvant de la séduire. Pas de bol : son meilleur pote Durex, un roux bête et méchant, s’incruste. Le trio va vite se mettre les caïds hollandais à dos… Inspiré des comédies des années 80, le film de Romain Lévy («Radiostars») jouit d’un humour potache réussi, qui tord le cou à certains préjugés (notamment via le personnage de Nora). Résultat : un gros délire assumé, à voir entre potes avec du pop-corn. Bémol quand même sur l’humour douteux de Durex et ses vannes racistes ou sur le viol (y compris dans le ‘chantage’ final). Lévy explique que la stupidité annoncée du personnage souligne l’ineptie de ses propos. Espérons que le message passe, même si c’est ‘pour rire’. Desproges avait raison de dire qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde : n’oublions pas que cette phrase galvaudée visait Jean-Marie Le Pen.

SOURCEElli Mastorou
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