Géniale et ambitieuse Nawell Madani

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Photo Ahmed Bahhodh

Nawell Madani jouera une dernière fois son spectacle « C’est moi la plus belge »» en mai à Bruxelles. L’occasion pour Metro de mettre en lumière cette danseuse, humoriste, comédienne, chorégraphe, réalisatrice, scénariste… qui brûle avec succès les planches parisiennes.

Nawell, c’est une artiste complète qui revendique sa belgitude. Une sorte de princesse orientale à la sauce Stromae, qui s’apprête d’ailleurs à conquérir les States.

Pourquoi ce titre ‘C’est moi la plus belge’? Parce que tu es très fière d’être belge? Ou bien parce qu’à Paris c’est à la mode d’être belge?

« Dans un premier temps, c’est parce que je sortais du Jamel Comedy Club et souvent les téléspectateurs avaient l’habitude de la vie parisienne, du Metro, des humoristes d’origine maghrébine, qui ont grandi en banlieue, qui ont un souci d’identité nationale… Et moi, je suis peut-être d’origine maghrébine, mais je suis surtout belge. Et là, les téléspectateur se disent : ‘Ah, ça risque d’être différent! Elle va nous emmener vers un autre univers’. Ma belgitude transpire dans tout mon travail et ma culture arabe est présente… par petites touches. Dans ce spectacle, je raconte simplement l’histoire d’une femme qui veut tout faire pour atteindre ses rêves. Mais par exemple, quand je parle de l’amour que je porte à mon père, c’est un sentiment universel, tout le monde peut s’identifier, ce n’est pas une question de culture. »

Pourquoi une telle proportion d’auteurs de stand-up aux origines maghrébines?

« Je crois que c’est grâce à notre relation avec l’humour et le second degré. Le rire, c’est dans nos gènes, c’est une façon de vivre… Plus qu’arabe, c’est africain en fait. On se dit : ‘C’est comme ça, la vie continue…’ Le rire, l’autodérision, la dédramatisation, c’est le remède africain! »

Comment passe-t-on de la danse au stand-up?

« Je suivais des cours de danse et dans le cursus, il y avait des cours d’initiation à la comédie. C’est le coach qui m’a poussée en me disant que j’avais des prédispositions. Moi, en tant que danseuse, j’étais très sur le physique… j’ai dû faire un réel travail sur moi pour prendre confiance au niveau du jeu parce que je me jugeais avant qu’on me juge. Puis, j’ai fait les salles de stand-up et ensuite le Jamel Comedy Club, qui m’a permis d’être médiatisée. »

En France, tu as un immense succès. C’est pareil en Belgique?

« Je ne mesure pas vraiment ma notoriété mais en tout cas, quand je viens en Belgique, les salles se remplissent facilement. Par contre, ce qui certain, c’est qu’on n’a moins de vitrine médiatique en Belgique. On n’a pas de ‘Rire et Chanson’, pas d’émission de télé où l’on peut montrer nos sketches… Je pense que si je n’étais pas montée en France, je ne serais toujours pas connue en Belgique non plus. »

Tu ne reviens pas vivre en Belgique alors…

« J’adore mon pays! Mais pour travailler c’est mieux de rester en France. On ne m’offre rien en Belgique. Cela manque de jeunesse et de couleurs dans les médias, je trouve. Ils ne s’intéressent pas à la nouvelle génération. Cela met du temps à évoluer. Quand on propose des projets, personne ne nous écoute. On est donc obligés d’aller vers Paris. »

Le cinéma, c’est ton nouveau dada?

« J’ai réalisé un film : ‘C’est tout pour moi’. L’histoire d’une petite danseuse belge qui part à la conquête de Paris. J’y joue le personnage principal, aux côtés de François Berléand et Olivier Barthélémy. Ce n’est pas autobiographique mais inspiré des milieux dans lesquels j’évolue. Cette jungle parisienne ! Et dans le film ‘alibi.com’, qui est actuellement dans les salles, je joue la maîtresse de Didier Bourdon. Et là, je suis encore sur un autre projet de film. »

Tu as malgré tout encore des rêves à réaliser?

« Plein! Au niveau cinéma mais aussi stand up. J’écris par exemple en ce moment un nouveau stand up que je vais aller jouer à Los Angeles. Nouveau big challenge! »

As-tu un côté féministe?

« Oui mais un peu malgré moi parce que j’évolue dans des milieux très masculins : le stand-up, le hip-hop… où je me suis battue pour prendre ma place. J’ai aussi monté un collectif féminin avec que des femmes sur scène, les ‘Jam’Girls’. »

Est-ce que des Gad Elmaleh, des Jamel, des Florence Foresti, etc., sont devenus tes potes?

« Non. On se croise de temps à autre, forcément. Mais on court tous tout le temps ! Moi par exemple, je suis sur de gros challenges. En plus des films, je joue au Comedia à Paris en ce moment. 1000 personnes chaque soir ! Et puis, de toute façon, ce n’est pas parce qu’on est humoristes, qu’on va aller boire des verres tous ensemble. Chacun trace sa route… »

« C’est moi la plus belge », le 6 mai à Forest National

Qui est Nawell Madani?

Nawell est née à Bruxelles en 1983. Elle s’installe à Paris à 21 ans avec pour ambition première de devenir chorégraphe et danseuse. Fin 2008, elle intègre le studio Pygmalion où elle se forme pendant plusieurs mois à la comédie. Elle joue alors dans plusieurs salles, est repérée par le Jamel Comedy Club et intègre la troupe. Elle se lance dans son premier stand-up en 2014: « C’est moi la plus belge », et fait la tournée des Zéniths en France. En 2015, elle est récompensée aux Globes de Cristal dans la catégorie Meilleur one-man-show.