Harlan Coben pour « Intimidation »: « Rien ne me surprend »

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AFP / V. HACHE

La Foire du livre touche à sa fin. Cet événement nous a réservé quelques belles surprises. Nous retiendrons notamment la rencontre avec Harlan Coben. Il faut avouer que ce n’est pas tous les jours que l’on a en face de soi l’un des plus grands auteurs américains de romans policiers. Décontracté, l’auteur a répondu avec sincérité et beaucoup d’humour à nos questions. Sans aucun doute l’un des plus grands moments de la Foire!

Dans votre livre, vos personnages font face à des maîtres-chanteurs. Vous vouliez parler avant tout de chantage ou de secret de famille?

«Je ne voulais pas vraiment parler de chantage mais plutôt de secret, oui. Avons-nous le droit d’avoir des secrets? Pour le maître-chanteur, on n’en a pas le droit. Pourquoi?»

Tout le monde en a pourtant.

«Bien sûr. Avec internet, tu penses que certaines choses que tu fais sont secrètes, qu’il n’y a personne qui le sait. Mais ça n’est pas le cas. Rien n’est secret avec internet.»

En tant que père de quatre enfants, Internet vous fait-il peur?

«Oui et non. Je veux dire que oui, ça fait peur mais il faut connaître, savoir de quoi il s’agit et surtout, l’accepter comme une partie de notre existence. Aujourd’hui, quand on rencontre quelqu’un et qu’on compte sortir avec lui, on va d’abord faire une recherche Google pour voir de qui il s’agit. Si on ne fait pas ce genre de démarches, c’est ça qui serait étrange.»

Notre avis

 

Lire un ‘Harlan Coben’, c’est savoir d’avance qu’on est face à un roman qu’on ne lâchera pas avant d’en connaître la fin. Une fois de plus, le boss du thriller ne nous déçoit pas! «Intimidation» comprend tous les ingrédients d’un très bon page-turner rempli de suspense et de rebondissements.

Si vous pensez bien connaître la personne qui est à côté de vous, vous en serez moins convaincu après la lecture de ce polar. Tout le monde cache des secrets, et parfois ceux-ci peuvent s’avérer dévastateurs une fois dévoilés. C’est le cas du secret de Corinne qu’Adam, son mari, apprend par un étranger. Comment Corinne va-t-elle réagir lorsqu’elle comprendra que son secret n’en est plus un? Pourquoi préfère-t-elle s’enfuir au lieu de tout raconter à son mari?
À l’heure où tout se passe sur internet, comment peut-on croire qu’on puisse encore avoir des secrets? Si vous en doutiez encore: tout se sait, toujours. Harlan Coben a su, une nouvelle fois, poser les bonnes questions, et ses réponses sont toujours aussi vertigineuses! Brillant! 5/5

«Intimidation», d’Harlan Coben, éditions Belfond, 396 pages, 21,50€

Comment arrivez-vous à gérer toutes ces nouvelles technologies avec vos enfants?

«Parfois je regarde ce qu’ils font, parfois pas. Il y a des enfants qui ont plus besoin d’être surveillés que d’autres. Il n’y a pas vraiment de règles. Une fois qu’on met une règle, le risque est qu’ils arrivent à la contourner. Si je trouve un moyen de surveiller les SMS de mes enfants, ils seront de toute façon une étape plus loin. Ils auront un pas d’avance sur moi. Si je les suis sur Instagram, ils iront sur Snapchat, etc.»

Avez-vous toutes ces applications sur votre smartphone?

«Je n’ai pas Snapchat. J’ai WhatsApp mais je ne l’utilise pas. Mais par contre, j’ai un profil Facebook et Twitter.»

Des profils que vous alimentez en partie vous-même. Est-ce que ça ne vous prend pas trop de temps?

«Ça me prend deux secondes pour écrire un tweet. Si je n’ai pas envie de le faire, je ne le fais pas. Mais ce n’est pas ça qui me prend du temps.»

Pourriez-vous arrêter de communiquer via les réseaux sociaux avec votre public?

«Je pourrais, oui. Je ne pense pas que ça soit obligatoire. On ne peut pas juger l’impact que la communication via les réseaux sociaux a sur les ventes. Je pourrais arrêter et ça ne changerait pas grand chose je pense. On surestime l’impact des réseaux sociaux. Il y a des auteurs qui n’y sont pas et pourtant, ils vendent.»

Votre livre se déroule au New Jersey, là où vous vivez. On a l’impression que c’est un terrain de jeu, non?

«C’est là que je vis, que j’ai grandi, c’est l’endroit que je connais. J’ai l’impression que plus je suis détaillé et spécifique, plus ça a une tendance universelle. Si on essaie d’être trop généraliste, ça n’attire pas les lecteurs.»

Si vous connaissez moins la ville, pourriez-vous la rendre aussi universelle?

«Le livre qui sera publié chez vous en 2018 passe par Rome et Amsterdam. Sur les 31 romans que j’ai écrits, j’ai pratiquement fait toutes les villes. Mais le New Jersey, c’est ce que je connais le mieux.»

Ce qui rend vos livres encore plus universels, c’est qu’il est possible de changer les lieux.

«Oui, c’est ce qu’on a fait avec l’adaptation ‘Ne le dis à personne’. Ça a été adapté pour que ça puisse se dérouler à Paris. Aussi avec ‘Une chance de trop’ avec Alexandra Lamy. Le roman a lieu au New Jersey mais l’adaptation a lieu à Paris. C’est possible. Mais il faut rester vrai avec le lieu dans lequel ça se passe. Il faut trouver les bons détails.»

Il paraît même que vous vous rendez sur les lieux de tournage pour vérifier que l’adaptation soit fidèle à votre roman. C’est difficile pour vous de prendre de la distance?

«Oui (rires). Mais quand j’écris un livre, je fais tout: j’écris, je réalise, je change même l’ampoule. Une adaptation est une collaboration. J’aime tout contrôler. C’est difficile de lâcher prise mais c’est également amusant. J’ai créé le personnage, et ensuite par exemple, l’actrice Alexandra Lamy l’adapte à sa manière, le module. François Velle (réalisateur, NDLR) module aussi à sa manière.»

Comment choisissez-vous vos collaborations? C’est une question de feeling?

«C’est une combinaison de plusieurs choses. Guillaume Canet et Sydney Gallonde (producteur et scénariste, NDLR) ont eu le courage de venir me parler. Beaucoup de gens ont peur que je refuse. Eux sont venus à moi. Ils avaient de la passion et un projet concret. Guillaume Canet a décrit comment il voulait filmer la dernière scène. Sydney Gallonde m’a expliqué avec quelle chaîne il voulait travailler et en combien d’épisodes. Ils avaient de véritables projets et ils ont eu le courage de venir me les présenter.»

Vous avez aussi créé une série «The Five». Comment trouvez-vous l’exercice?

«‘The Five’ était un roman que je voulais écrire. Mais finalement, je l’ai directement pensé pour la télé. J’ai écrit 31 romans. C’est beaucoup de temps passé seul. Quand un livre est un succès, on le fête seul. Par contre, quand une série est un succès, on le fête en équipe. C’est l’avantage de travailler en équipe.»

Vous vous sentez seul quand vous écrivez?

«Il y a une différence entre être seul et la solitude. J’aime être seul. J’ai choisi de passer le plus clair de mon temps professionnel seul. J’aime ça! Je ne suis pas tout le temps seul. Quand je travaille, je ne m’enferme pas pendant six mois dans une cabane au bout du monde. J’ai quatre enfants. Donc le matin et le soir, j’ai du monde autour de moi. C’est un équilibre.»

Vous avez une femme et quatre enfants. Quel serait pour vous le pire secret de famille?

«Rien ne me surprend (rires). J’ai déjà tout dans la tête! Les livres sont une bonne thérapie. Cela aide à être moins anxieux que les autres parents. J’exprime tout ça dans l’écriture. J’anticipe le pire (rires).»

SOURCEMaïté Hamouchi
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