Une femme transgenre, père de trois enfants, discriminée au tribunal

AFP / D. Meyer

Un père devenu femme se voit refuser la garde partagée de ses enfants. Pour Christelle, la justice refuse de la considérer telle qu’elle est. Une discrimination qu’elle entend dénoncer.

Christelle a décidé voici deux ans de «faire son coming out». Née dans un corps d’homme, elle s’est toujours sentie femme et s’est engagée dans un long processus.

Ce changement, son ex-épouse ne l’a pas accepté après 18 ans de vie commune. L’ancienne conjointe de Christelle refuse la garde partagée des trois enfants du couple. «Nos enfants ont été désirés et sont aimés. Cependant, ils se voient maintenant privés de mon amour et de mon attention au ‘motif’ que je suis une personne transgenre. Fait qui n’a jamais été caché, et encore moins méconnu de mon ancienne épouse», dénonce Christelle.

Transphobie

Mais ce qui la met davantage en colère, c’est l’argumentaire «profondément transphobe» des avocats de la partie adverse. «Ces juristes refusent de considérer et de respecter qui je suis.»

Notre interlocutrice parle de ses enfants qu’on pousse à mentir. «On a dit que je les frappais, que je m’exhibais devant eux, que je les faisais côtoyer des personnes peu fréquentables. On fait tout pour me les enlever.» La vie privée de ses proches a également été instrumentalisée. «Ma famille me soutient, mon entreprise me soutient dans mon choix», explique Christelle.

Elle n’a pourtant qu’un souhait: s’impliquer comme tout parent dans l’éducation de ses trois enfants. «Ils ont  accepté même s’ils se sont posé des questions, ce qui est normal. Ils m’appellent toujours papa, parce que je reste leur papa.»

Pour elle, la stigmatisation de sa personne ne fait qu’empirer les choses.

« Discriminée par l’État »

Christelle s’indigne de voir surtout un tel discours cautionné par des juges. «Ce qui m’atteint encore plus, c’est de ne pas être reconnue ni respectée dans mon identité légitime de femme transgenre par une instance représentant l’État belge : le tribunal de Tournai.» Le juge s’obstine à l’appeler «Monsieur». «Il y a un refus explicite et réitéré, de la part de la partie adverse et des magistrats, de respecter l’identité de ma cliente, tant qu’elle n’est pas corrigée au registre national», déclare son avocate. La prochaine audience est prévue en juin.

Discriminée, Christelle a introduit un signalement auprès de l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes. Ce dernier rappelle sur son site que 10% des signalements qu’il reçoit proviennent de personnes transgenres. Or la loi assimile une discrimination fondée sur un changement de sexe ou de genre à une discrimination sur base du sexe.

« C’est déjà arrivé, et cela arrivera encore »

Le combat de Christelle pour la garde de ses enfants est aussi celui d’une reconnaissance des droits des transgenres. Engagée au niveau associatif, elle accepte d’être une représentante de la communauté. «C’est déjà arrivé, et cela arrivera encore», prédit Christelle qui dit «retrouver dans sa situation et celle d’autres personnes transgenres les mêmes situations que celles rencontrées par les homosexuels dans les années 70 et 80».

Elle est soutenue par l’ASBL Genres pluriels, qui plaide pour le respect des droits des personnes transgenres, et d’autres associations. « Il s’agit de la première situation où la personne veut aller plus loin en rendant publique la discrimination dont elle est la cible», nous explique Max Nisol de Genres pluriels. «C’est pourquoi nous soutenons son exigence d’être entendue.» Pour ce psychologue et formateur, ce n’est pas tant la loi relative à la transsexualité -pourtant décriée car imposant la psychiatrisation et la stérilisation- qui est ici en cause mais le simple reconnaissance de droits humains.