Ça se bouscule aux portes des écoles «à pédagogie active»

Ph. D. R.

Les établissements scolaires qui proposent la «pédagogie active», inspirée de la méthode Steiner par exemple, attirent de plus en plus de parents. Que ce soit des écoles privées ou subsidiées par les pouvoirs publics, les initiatives se multiplient, dans les trois régions du pays, comme l’école «Enova» qui ouvrira ses portes cette année près d’Arlon.

Pédagogie active, alternative, d’intégration… voici des synonymes de ces méthodes d’apprentissages nées au début du siècle passé et dont l’efficacité est, depuis peu, confirmée par les avancées en neurosciences et en imageries médicales. Le fil conducteur de ces méthodes que sont Montessori, Steiner, Freinet ou encore Decroly par exemple, c’est de stimuler les enfants en respectant leur individualité et leur rythme propre.

«Plus jamais ça»

L’objectif final est global: construire des sociétés pacifiées. Ces pédagogies sont d’ailleurs nées principalement après la Première Guerre mondiale. Freinet ou encore Decroly, par exemple, se sont dit: plus jamais ça! On évitera les guerres quand on fera des adultes qui ne seront plus des moutons, grâce à un esprit critique aiguisé, et qui seront respectueux des autres. L’accent est donc mis sur le vivre ensemble. Un autre postulat est que pour être un adulte serein et pacifiste, il faut avoir joui d’une scolarité sécurisante et bienveillante. En fil conducteur également: les rendre autonomes le plus jeune possible, leur donner confiance en eux, booster leur créativité et leur développement sensoriel. Et ces méthodes ont aussi la particularité de ne pas êtres figées, au contraire, toutes évoluent en fonction des nouvelles connaissances et de l’expérience.

Changer le système de l’intérieur

Les défendeurs de ces méthodes vous diront que l’école actuelle, qui est née de la révolution industrielle, est inapte à créer les citoyens qui seront adaptés au marché du travail de demain. Mais il y a une bonne nouvelle, on peut facilement changer les choses, grâce à des lois très ouvertes, comme l’explique Isabel Ledecq, qui a initié le mouvement pour ouvrir l’école Enova: «La loi est de notre côté puisque les pouvoirs publics autorisent tous les pouvoirs organisateurs à choisir librement les méthodes pédagogiques, tant que le programme est intégré par les enfants. En fait, on se rend compte qu’on perpétue des choses qu’on n’est absolument pas tenu de faire, comme faire des bulletins, mettre des points, donner des devoirs à domicile.»

Et les résultats finiront peut-être par convaincre les plus réticents puisqu’apparemment, ces pédagogies seraient très efficaces.

Des écoles pour «bobos riches»?

On entend souvent dire que ces écoles sont inaccessibles pour les gens défavorisés et même pour les classes moyennes. C’est vrai qu’une école comme Montessori International coûte un peu plus de 1.000 € par mois (garderies et nourriture comprise). D’autres comme Singelijn à Bruxelles, qui vient d’ailleurs d’ouvrir une section humanité, et l’école Hamaïde à Uccle, coûtent quant à elles un peu plus cher que l’enseignement communal, entre 1.500 et 2.000 € par an. Mais les initiatives comme l’école communale Enova se multiplient, offrant l’opportunité d’un coût tout à fait démocratique.

Un changement qui fait peur

Beaucoup de gens sont réfractaires à ces méthodes. À l’image de la ville d’Arlon, où Enova voulait s’installer à l’origine. «La ville d’Arlon a refusé catégoriquement, sans même accepter le dialogue. Le bourgmestre d’Attert, Josy Arens, nous a alors ouvert les bras et c’est vraiment grâce à lui que l’école a pu ouvrir dans sa commune.» Ces réticences peuvent être bien sûr légitimes. Chacun choisira la méthode pédagogique qui lui parle le mieux. Mais l’intérêt est clairement en forte hausse, comme l’illustre bien l’expérience d’Isabel Ledecq: «Quand j’ai commencé à initier les discussions, j’ai invité les parents qui le souhaitaient à venir en discuter chez moi. Je pensais avoir une vingtaine de personnes et je me suis retrouvée avec 130 personnes dans ma cuisine!» Isabel est même extrêmement sollicitée au quotidien par les médias ou par des gens qui demandent des conseils pour ouvrir une telle école dans leur localité.

 

Des chiffres? Impossible…

Il est difficile de comptabiliser les écoles qui adoptent ces méthodes. Mais il y en a de plus en plus. C’est une évidence. Si aucun chiffre n’existe, c’est parce que les écoles privées, comme «l’école autonome de Genval », par exemple, n’ont aucun compte à rendre aux services publics. En contrepartie, leurs élèves ne bénéficient d’aucune reconnaissance de fréquentation de l’enseignement obligatoire ni de certification. Ils sont comptabilisés comme des élèves qui suivent l’enseignement à domicile.

À coté des écoles privées, il existe de nombreuses écoles subsidiées par la Fédération Wallonie-Bruxelles (comme Decroly, Singelijn ou la nouvelle école Waldorf Steiner à Assesse par exemple), mais elles sont reconnues comme des écoles classiques. Et puis, à côté de cela, il y a des écoles communales qui se lancent dans l’aventure, comme l’école Enova, qui ouvrira ses portes en septembre prochain. Toutes ces écoles respectent le programme de la Fédération tout en adoptant des méthodes dites de pédagogies actives. De nouveau, elles ne sont pas répertoriées, nous confirme la Fédération.

Enfin, des écoles plus « classiques », voire catholiques, essayent d’introduire la pédagogie active dans leur fonctionnement, comme le Sacré-Cœur de Stockel à Bruxelles.