Dans ‘Le Bureau des Jardins et des Étangs’, Didier Decoin nous emmène dans un Japon qui sent bon

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Ph. B. Decoin

C’est un réel plaisir de voyager avec Didier Decoin. Dans «Le Bureau des Jardins et des Étangs», l’auteur nous transporte dans l’empire du Japon du 12e siècle. Un voyage olfactif et enivrant.

Vous nous amenez dans une contrée et une époque lointaines dans votre nouveau roman.

«Oui, le temps et l’espace sont lointains. Surtout le temps car à l’heure actuelle, le Japon est accessible à coup d’ailes. C’est lointain dans le temps mais pour moi, c’est très proche. J’ai une vieille passion pour la littérature japonaise et encore plus pour cette époque-là, l’époque des dames de cour qui s’ennuyaient et qui portaient des robes tellement épaisses qu’elles ne pouvaient pas bouger. Ces femmes faisaient de la poésie, écrivaient des histoires. On dit toujours que c’est Homère qui a lancé le roman avec ‘L’Odyssée’, moi je pense que c’est plutôt ‘Le Dit du Genji’ qui est le moteur de l’invention de la littérature romanesque. J’ai une bibliothèque japonisante énorme chez moi. C’est un monde parallèle mais pas si lointain.»

Nos avis 
Katsuro, qui fournit des carpes aux étangs sacrés de la cité impériale, meurt noyé dans la rivière Kusagawa. Sa femme, Miyuki, veut sauvegarder l’honneur de son mari en entreprenant elle-même le voyage jusqu’à l’empereur. Un voyage de 400 km semé d’embûches qu’elle vaincra forte de la conviction d’être accompagnée de son mari.
Dans ce roman enivrant, Didier Decoin, qui a reçu le prix Goncourt en 1977, nous emmène dans le Japon du 12e siècle. Un Japon séparé en deux mondes: celui des pauvres paysans d’un côté et de l’autre, du raffinement de la cour impériale.
C’est également un voyage olfactif que nous fait entreprendre l’écrivain, de l’odeur des carpes et de la vase aux odeurs les plus somptueuses de la cour. Laissez-vous emmener dans cette époque lointaine. Vous ne serez pas déçu. (mh) 5/5

«Le Bureau des Jardins et des Étangs», de Didier Decoin, éditions Stock, 396 pages, 20,50€

 

Vous avez puisé dans votre bibliothèque pour documenter votre roman?

«J’ai eu beaucoup moins de mal à documenter mon livre que je ne le pensais. C’est une fiction. Mes personnages font des choses bizarroïdes. Mais j’ai besoin d’avoir des bases solides, un socle de documentation. Je me suis dit que ça allait être horrible. Je me disais qu’au moindre mouvement qu’allait faire Miyuki, j’allais devoir me documenter sur cette époque. Mais finalement, je me suis aperçu que je connaissais pas mal de choses.»

Comme les concours de parfum que vous racontez dans votre livre?

«C’est ce qui m’a donné envie d’écrire ce roman. J’avais lu sur ce sujet et j’avais trouvé cela formidable. Mes amis japonais n’avaient jamais entendu parler de cette histoire. J’ai mis près d’un an pour comprendre comment cela marchait et à quoi ça servait. Ces concours partent de scenarii imaginés par un empereur et qu’il fallait mettre en scène par l’odeur. C’est hallucinant.»

Votre roman est très olfactif dès le début, avec Miyuki et son mari qui ne sentent pas très bons.

«Oui c’est très olfactif. Mais je ne pense pas que Miyuki pue. Elle sent la vase, certainement. Elle fait 400 km à pieds, elle ne se lave. Mais son odeur est-elle pour autant rédhibitoire?»

On en a, en tout cas, l’impression quand elle arrive dans la cité impériale.

«Bien sûr. Ce qui m’amusait était de mettre Miyuki et son odeur en contact avec un monde d’un extrême raffinement. Personnellement, je ne suis pas certain qu’elle sentait mauvais. Je ne pense pas que l’odeur non traitée d’une femme soit répugnante. Je préfère sentir l’odeur réelle d’une femme que ses 36.000 parfums. Je n’en vois pas l’intérêt.»

Finalement, la cour apprécie son odeur.

«Oui, c’est grâce à la vraie odeur de Miyuki qu’elle gagne le concours. Quand l’empereur propose le scénario d’une demoiselle qui sort de la brume, on peut tout décrire sauf l’odeur réelle de la demoiselle. Mais avec Miyuki qui est elle-même une demoiselle, on ne peut que gagner.»

Qu’est-ce qui vous plaît à décrire les odeurs?

«Regardez comme j’ai un gros nez! Il faut bien que je pense (rires).»

«Le Bureau des Jardins et des Étangs», de Didier Decoin, éditions Stock, 396 pages, 20,50€

SOURCEMaïté Hamouchi
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