L’odyssée nu-disco de Vitalic

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Photo Charlie le Mindu & David Hugono Petit

Vitalic est de retour au meilleur de sa forme pour une promenade interstellaire avec « Voyager ».

En 2012, il était difficile de cacher sa déception face au très poussif «Rave Age» qui succédait au quasi-chef d’œuvre «FlashMob». Mais avec «Voyager», il nous emmène dans une sorte d’épopée nu-disco interstellaire et rétro-futuriste où sont convoqués les esprits de John Carpenter et Giorgio Moroder, ainsi que la voix de Miss Kittin.

Sur la pochette, on voit une femme qui fait directement penser à celle qui se promenait dans votre clip «Your Disco Song» sorti en 2009. Pour créer un lien?

«En fait, pas du tout, mais c’est une bonne remarque. ‘Your Disco Song’ est un clip qui a été tourné à Bruxelles, mais sur cette pochette, on voit plutôt une nageuse. Il n’y a pas de lien, mais ça peut y faire penser.»

D’autant que l’on dit de votre nouvel album qu’il est le plus ‘disco’.

«Effectivement, on peut dire qu’il est le plus ‘disco’ même si l’album ‘Flashmob’ a été conçu également avec ce type de sonorités. Mais je ne pense pas qu’il y ait de lien entre les deux albums.»

On sent sur le visuel que vous voulez placer cet album sous le signe des années 80, avec notamment ce ‘V’ qui reprend les couleurs d’Atari.

«C’est aussi une bonne remarque. J’ai en effet voulu placer l’album sous le signe du rétro-futurisme. C’est un mélange du passé et d’une vision fantasmée du futur. J’ai utilisé des techniques anciennes de collage, et c’est vrai que cet arc-en-ciel est apparu en évoquant Atari.»

Comment vouliez-vous amener ce rétro-futurisme dans vos sonorités?

«Quand on prend des synthétiseurs et que l’on y trouve certaines mélodies, cela appelle directement au voyage. L’idée était de mélanger des synthés avec un certain type de sons et de les amener dans le présent par la production. Ce n’est pas un album qui aurait pu être produit dans les années 70 ou 80. On n’arrive pas trop à le situer, et c’est ce que je voulais faire de cet album.»

Vous avez donc utilisé plutôt des synthés analogiques.

«Oui, j’ai essentiellement utilisé des synthés analogiques, mais pas seulement, parce que je ne suis pas snob en ce qui concerne la production. J’utilise simplement les outils qui m’amènent là où je veux aller. Pour la chaleur, j’ai effectivement mon parc de machines, mais j’ai aussi mes softwares, mes synthés virtuels, etc. Donc, un peu de tout.»

L’album s’intitule «Voyager» et le morceau d’intro «El Viaje» («Le voyage»). C’est dans une ballade interstellaire que vous nous emmenez.

«Oui, c’est le thème principal du disque. Les sonorités disco à l’américaine étaient davantage sous le signe de la danse, mais en Europe, c’est surtout le voyage qui revient. C’est un thème très intéressant en musique, sous toutes ses formes: cosmique, onirique, lévitation, etc.»

Un thème qui s’est imposé de lui-même?

«Je me suis en effet rendu compte en milieu de course que j’étais en train de faire ça. C’est d’ailleurs souvent ce qui m’arrive. Au début, ça part un peu dans tous les sens, puis les choses s’installent petit à petit. C’est pendant le processus que je me rends compte du fil rouge, six mois avant de terminer l’album. Cela se fait au début de manière inconsciente, et puis je peux poursuivre le thème. Tout s’assemble de manière organique.»

C’est assez magique comme processus.

«C’est très très plaisant. Le début d’un album n’est jamais un moment terrible, parce que la tournée vient de se terminer, je me retrouve face à une page blanche, sans savoir où aller et sans vouloir reproduire ce que j’ai déjà fait. Mais dès que j’arrive en vitesse de croisière et que les choses s’assemblent, c’est gratifiant.»

Comment se construisent vos morceaux? Du bidouillage de machines ou vous avez clairement une mélodie en tête?

«Il y a une partie bidouillage, mais chez moi cela mène rarement à quelque chose. Je ne compte pas trop sur les accidents. Je les mets de côté en me disant que je perds mon temps sur des bêtises, mais parfois, six mois après, je réutilise ces idées. Mais en général, j’ai une petite idée de là où je veux aller, parfois même l’intégralité du morceau. Je préfère ce genre d’approche.»

Quand on écoute l’album, on entend tout de suite que c’est du Vitalic, mais il est difficile de dire pourquoi.

«Je ne sais pas moi-même. D’un côté, c’est une sorte de bon point, mais d’un autre cela peut être aussi un handicap parce que cela voudrait dire que je ne suis pas polyvalent. Que je fasse une polka, une berceuse, de la techno ou de l’électro-rock, on met reconnaît tout de suite et je ne sais pas pourquoi. Cela vient peut-être du fait que j’ai appris à programmer très jeune sur des synthés sans rien savoir, et qu’en étant dans l’inconnu, j’ai répété des choses qui ont forgé mon type de son.»

Au milieu de l’album, on tombe sur le morceau «Eternity», très contemplatif, et qui fonctionne comme une respiration.

«Mon album précédent ‘Rave Age’ manquait peut-être un peu de cohérence, et j’avais envie ici que cela s’emboîte. Il y a peu de morceaux, juste dix, et je voulais que ce soit court, que l’on puisse l’écouter du début à la fin comme un vrai album, que ce ne soit pas à tiroir. En électro, cela manque un peu. Moi, j’ai voulu cela et ça passe forcément par des moments plus posés. Et d’ailleurs ce morceau m’a été inspiré par Wim Mertens parce que j’ai toujours été un grand fan.»

Pierre Jacobs

Vitalic «Voyager» (Caroline)

Vitalic sera en concert à l’Ancienne Belgique ce jeudi 26 janvier

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