Quatre raisons pour lesquelles Isabelle Huppert est une actrice planétaire

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Ph. D. R.

Quand on parle de grandes actrices et de cinéma français, on pense directement à elle. C’est comme si elle avait toujours été là… et pourtant elle arrive à nous surprendre à chacun de ses rôles. Quelques jours après sa victoire aux Golden Globes pour «Elle», le thriller-choc qui ressort en salles pour l’occasion, Isabelle Huppert est de nouveau à l’affiche avec… le film belge « Souvenir ». L’occasion de faire le point sur sa riche carrière.

Sauf si vous avez passé les 30 dernières années dans une grotte (ou que vous consommez exclusivement du cinéma grand public américain), vous êtes familier avec sa chevelure rousse et son air austère. Certains ne peuvent pas la voir en peinture, d’autres ne jurent que par elle, mais dans tous les cas, Isabelle Huppert est incontournable. À la différence des autres actrices de sa génération qui naviguent sagement dans des films qui se ressemblent, elle est souvent là où on ne l’attend pas.

Ph. F. Maltese

Rien que sur sa filmo de 2016, on pourrait écrire un roman : elle a commencé en prof de philo bouleversée dans le très joli «L’Avenir» de Mia Hansen-Love, avant de rejoindre Pascal Bonitzer pour sa comédie «Tout de suite maintenant»… Et elle a fini par nous mettre une des claques de l’année avec son rôle vénéneux dans le controversé «Elle» de Paul Verhoeven. Après ces trois films radicalement différents, s’il fallait encore une preuve que Huppert n’a pas fini de nous surprendre, voici qu’elle campe une ex-chanteuse de l’Eurovision dans «Souvenir» de notre compatriote Bavo Defurne, en salles aujourd’hui. Toujours renouvelée, à jamais essentielle, voici pourquoi Isabelle Huppert est l’actrice la plus en vue du moment.

1. Parce qu’elle a tourné aux quatre coins du globe

C’est bien entendu en France qu’elle a fait ses débuts : pour ceux qui s’en souviennent, c’était en 1974 dans «Les Valseuses» de Bertrand Blier avec de Gérard Depardieu. Bien sûr, tout au long de sa carrière, la comédienne a tourné avec des réalisateurs étrangers comme l’Autrichien Haneke ou la Suissesse Ursula Meier («Home»), mais toujours pour des rôles en français.

Ph. D. R.

En revanche, sa connaissance de l’italien et du russe lui ont valu de tourner chez Marco Bellochio («La Belle Endormie», 2012), les frères Taviani («Les affinités électives», 1996) mais aussi au pays des tsars pour «L’inondation» d’Igor Minaiev en 1994. Du côté des États-Unis, le grand public ne la connaît pas vraiment, même si elle a joué récemment quelques petits rôles comme celui la mère de Jessica Chastain («The Disappearance of Eleanor Rigby») ou face à Colin Farrell («Dead Man Down»). Pas vraiment des films qui ont cartonné au box-office, mais c’est le cadet de ses soucis. Surtout qu’elle a l’habitude : en 1980 elle rejoignait Jeff Bridges et Christopher Walken dans «La porte du paradis» de Michael Cimino, un film dont l’échec commercial est resté dans l’histoire… Un peu comme le le culte et mal-aimé «J’adore Huckabees» (2004) de David O. Russell, où elle excelle. Sans oublier l’Asie : en 2012 dans «In Another Country» du Coréen Hong Sang-Soo et dans «Captive» du Philippin Brillante Mendoza, ou encore dans «Un barrage contre le Pacifique» du Franco-Cambodgien Rithy Panh en 2009.

2. Parce qu’elle a une filmo éclectique et longue comme le bras

En 1995, Jérôme Garcin de L’Express disait d’elle qu’elle était « la meilleure [actrice] de sa génération. La plus audacieuse. La plus obstinée. La moins prévisible. » C’est toujours vrai en 2017. Dans sa filmographie éclectique, on retrouve parfois des films qui n’ont pas marché, mais jamais de daubes honteuses. Sur 30 ans de carrière, c’est un exploit !

Ph. D. R.

Depuis ses débuts dans «Violette Nozière» de Claude Chabrol où elle campait une prostituée meurtrière, Huppert s’est forgé une image d’actrice radicale. Tant dans la comédie que dans le drame, elle s’avère capable de personnages extrêmes qu’elle arrive à humaniser sans tomber dans la caricature. On se souvient surtout des drames glaçants, chez Haneke dans «La Pianiste» ou chez Chabrol («Madame Bovary», «La cérémonie»). Mais on a tendance à oublier qu’elle peut être hilarante. «Les sœurs fâchées» d’Alexandra Leclère, «La femme de mon pote» de Bertrand Blier’ ou plus récemment «Copacabana» de Marc Fitoussi, pour ne citer qu’eux, sont là pour le rappeler.

3. Parce qu’elle gère sa vie privée

Autant elle est admirée et reconnue, autant la vie privée d’Isabelle Huppert n’intéresse personne. Pas de scandales dans les tabloïds, pas de caprices de diva : quand on parle d’elle dans les médias, c’est toujours pour son travail. Et pourtant même certaines des actrices les plus reconnues n’échappent pas aux articles à l’intérêt discutable sur leur divorce ou leurs voyages au soleil. Pas elle.

En couple depuis les années 80 avec Ronald Chammah et mère de trois enfants qui gravitent eux aussi dans le milieu du cinéma, Huppert n’est pas du genre à protéger farouchement son intimité à coup de procès, ni à la dévoiler publiquement dans l’excès. Discrète mais pas muette, elle a trouvé la bonne distance. « À moins de parler de soi comme si on était un arbre ou une chaise, on finit toujours par dire quelques petites choses. Après, il faut les décrypter », expliquait-elle dans une interview au magazine Psychologies.

4. Parce qu’elle commence 2017 en beauté

On pourrait croire qu’une ribambelle de César trône sur sa cheminée… Mais elle a beau être nommée quasiment chaque année, elle n’en a reçu qu’un, en 1996, pour «La Cérémonie». Cela dit, à côté de ça, elle a été primée partout en Europe, des BAFTA aux David di Donatello (César italiens) en passant par la sainte trinité des festivals de cinéma : Cannes (2 prix), Berlin (Un prix pour «Huit Femmes») et Venise (2 prix) …

Mais en ce début d’année, c’est outre-Atlantique qu’elle s’est distinguée, en recevant le Golden Globe de la meilleure actrice. Loin d’être blasée, la comédienne a livré un discours de remerciements où sa voix tremblait d’émotion. Ce nouveau prix contribuera peut-être, comme titrait le site américain Vulture.com, à la rendre ‘mainstream’ pour le grand public américain, et donner un coup de fouet à sa carrière, à l’instar de son personnage dans «Souvenir». Surtout que maintenant, tout le monde attend sa nomination aux Oscars… À 63 ans, le meilleur est peut-être encore à venir. Vive la reine Huppert.

Elli Mastorou