Catherine Hermary-Vieille raconte avec admiration et intensité l’histoire de la grande Catherine de Médicis

Ph. D. R.

La grande auteure Catherine Hermary-Vieille s’est penchée, pour son nouveau roman, sur l’histoire des Valois et la malédiction qui semble s’être abattue sur eux. Seule la reine Margot a survécu à Catherine de Médicis. Et bien que tout a l’air d’opposer mère et fille, elles sont bien plus proches qu’on ne le croit.

Quand on lit votre 4e de couverture, on croit que c’est la reine Margot qui dominera votre roman. Pourtant, après lecture, c’est plutôt sa mère, Catherine de Médicis, qui est mise à l’honneur.

«Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous. C’est Catherine de Médicis qui domine le roman. Margot est dans la fratrie. Je parle d’elle comme je parle d’Henri III et des moins importants tels que François d’Alençon, le petit dernier. Mais la mama, la mère de cette fratrie, celle qui tire toutes les ficelles, c’est Catherine de Médicis.»

Qu’est-ce qui vous attire chez elle ou vous intrigue?

«C’est un personnage étonnant. Elle a eu une enfance désastreuse. Les Médicis étaient pourchassés, on voulait la tuer car elle était une des dernières héritières de cette branche-là des Médicis. Elle a été cachée dans les couvents, elle était à deux doigts d’être tuée. Ensuite, on la marie au deuxième fils du roi François Ier. Son mari n’avait aucune chance d’être roi mais finalement son frère aîné meurt. Elle devient donc héritière de la couronne de France. Son mari ne l’aime pas, la néglige complètement. Cette pauvre petite Catherine est seule dans un milieu hostile. C’est Diane de Poitiers, sa maîtresse, qui va forcer le roi à rejoindre sa couche pour avoir des enfants. Elle mettra dix ans avant d’avoir un premier enfant. Elle vit, tout ce temps, dans la terreur d’être répudiée. Catherine de Médicis est une femme qui a vécu de dures épreuves et qui, malgré tout, aimait ce mari infidèle. Quand ce dernier meurt dans des conditions atroces, c’était pour elle la fin du monde. Elle s’est vêtue de noir jusqu’à ses derniers jours.»

Notre avis

Il n’y a sûrement pas meilleure romancière que Catherine Hermary-Vieille pour raconter avec autant de force la ‘malédiction’ des Valois. L’auteure sait transcender l’Histoire, au point que ses livres ne sont pas de simples romans historiques. On y retrouve de l’intrigue, de la passion, de l’intensité. On y plonge comme dans un roman d’aventures à certains chapitres, ou comme dans un polar à d’autres. On peut même à certains moments penser lire un roman d’amour! Toutefois, lorsqu’on lit un ‘Hermary-Vieille’, il faut bien garder en tête que tout ce qui y est relaté n’est que pure vérité. Pour l’auteure, il est hors de question de changer quoi que ce soit à l’Histoire. C’est pour toutes ces raisons que ses romans connaissent un franc succès. Dans «D’Or et de Sang», Catherine Hermary-Vieille raconte, avec brio, une partie du règne des Valois, celui plus précisément des fils de Catherine de Médicis et de son époux Henri II. Ici, c’est la grande Catherine, la matriarche, qui est mise à l’honneur. Une femme que l’auteure admire, et cette admiration se ressent tout au long du roman. Elle fera de cette femme un personnage exceptionnel, loin de l’image que l’on en a habituellement. À travers le portrait de cette grande femme de l’Histoire et celui de sa fille la reine Margot, la ‘Perle des Valois’, c’est tout une France que nous décrit Catherine Hermary-Vieille. Nous plongeons dans un pays divisé par les religions et qui connaît horreurs, maladie, espions, empoisonneurs… Un grand roman, croyez-nous! 5/5

«La malédiction des Valois: D’Or et de Sang», de Catherine Hermary-Vieille, éditions Albin Michel, 384 pages, 21,50€ 

 

Et elle a géré d’une main de fer les affaires de la couronne.

«Ce personnage est vraiment extraordinaire. Cette femme, qui a été peu éduquée, révèle, tout d’un coup, un sens politique fantastique et des dons de négociatrice. Elle avait en elle de très grandes qualités et une grande intelligence. Je l’ai beaucoup admirée pour cela. De plus, dans un pays qui était déchiré par les guerres de religion, elle essaie coûte-que-coûte de maintenir l’équilibre entre les différents sujets du royaume. Bon, elle échoue à maintes reprises. Mais même après la saint-Barthélémy, elle ne perd pas espoir. Elle continue. C’est une femme remarquable qu’on a trop souvent rabaissée au rang d’empoisonneuse.»

Peut-on dire que ce sont tous ces malheurs qui ont fait d’elle une femme forte?

«Oui, tous ces malheurs l’ont fortifiée. Elle aurait pu devenir une loque. Ce qu’elle vivait n’était pas drôle. On peut dire que c’est Diane de Poitiers qui régnait. Elle élevait même les enfants. Au lieu d’en faire une femme marginale et aigrie, tout cela a fait d’elle une femme forte, et surtout, une femme attachée à la lignée de Valois et à la France. Elle a voué la fin de sa vie à la gloire des Valois et à la paix de la France.»

Elle n’a pas été pourtant très tendre. Elle prend des décisions assez radicales et dures.

«Oui mais elle espère les avoir prises pour le bien de tous. Elle va avoir plus de faiblesse avec son fils Henri, qu’elle aime énormément. C’est là qu’elle montre son côté le plus vulnérable. Elle va lui laisser passer des abus et des choses qui ne sont guère acceptables venant d’un roi de France car elle ne veut pas lui faire la leçon. Sa seule faiblesse, c’est bien lui. Elle n’a pas été comme ça avec les autres. Elle n’a même pas laissé une lettre à sa fille Margot sur son lit de mort!»

Pourtant, dans votre roman, vous dites qu’elle aime sa fille. Elle la regarde parfois tristement.

«Elle voit le marasme dans lequel s’enfonce sa fille. Elle voit qu’elle a des ambitions qu’elle ne pourra pas réaliser. C’est pour cela qu’elle l’envoie dans les Flandres. Margot prend tellement au sérieux cette mission qu’elle se comporte comme l’ambassadrice de la France. Elle remplira même plus de la moitié de ses mémoires sur cette expédition. Elle a toujours été déçue d’être seulement la reine de Navarre. Elle a essayé d’y organiser une petite cour avec les moyens qu’elle avait. Une des grandes qualités de Margot, c’est qu’elle a toujours essayé de se débrouiller, où qu’elle soit. Elle a toujours essayé de garder le panache d’une fille de France. Elle s’est toujours dit qu’elle était la reine Margot, la ‘Perle des Valois’, jusqu’à sa mort.»

Finalement, mère et fille se ressemblent un peu.

«C’est peut-être même pour cela qu’elles ne s’entendent pas trop. Catherine se voit dans sa fille et voit peut-être également une femme qui peut rivaliser avec elle. Ses rapports mère-fils étaient différents de ceux mère-fille. Ses deux autres filles meurent très jeunes tandis que Margot enterre tous les siens.»