Tébo et Loisel, auteurs de deux nouveaux albums de Mickey

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Les Mickey de Loisel et Tébo

Le pari est réussi pour Glénat. Ses reprises de Mickey par des auteurs de BD franco-belge, est un succès. Les deux nouveaux essais par Tébo et Régis Loisel nous invitent à redécouvrir un mythe américain à travers l’Histoire.

L’année dernière, les premiers essais du genre nous avaient déjà séduits. «Une mystérieuse mélodie» de Cosey nous invitait à la romantique rencontre entre Mickey et Minnie. Un récit vintage qui revenait aux sources du mythe de la souris créée par Walt Disney et Ub Iwerks en 1928. De leur côté, Lewis Trondheim et Nicolas Keramidas faisaient mine d’avoir déterré un récit oublié qui reprenait vie, à toute allure, dans «Mickey’s Craziest Adventures». L’éditeur Jacques Glénat avait obtenu les droits du géant de Burbank pour donner carte blanche à des auteurs de BD européens. Les lecteurs s’y sont retrouvés et l’aventure se poursuit en cette fin d’année avec deux nouvelles contributions.

Se faire plaisir

Extrait de « La jeunesse de Mickey » par Tébo

Dans «La jeunesse de Mickey», Tébo fait vivre à notre héros des aventures tout aussi pétaradantes que celles imaginées par Trondheim et Keramidas. Un Pépé Mickey raconte ses aventures passées à son arrière-petit-neveu Norbert . «On n’avait jamais fait Mickey vieux !», nous confie l’auteur qui avoue n’avoir pas eu une énorme culture Mickey avant de se lancer dans la réalisation de cet album. «Si j’ai voulu le faire, c’est parce que je suis surtout fan du Mickey des dessins animés en noir et blanc. Après il m’a moins intéressé.» Il lui conserve donc sa culotte rouge à boutons jaunes et lui fait affronter Pat Hibulaire à plusieurs époques. «Je voulais faire des petites histoires. Mon trip, c’est l’aventure, Je voulais y mettre des cowboys, des avions, et je voulais surtout me faire plaisir.»

La souris se souvient ainsi de ses péripéties au Far West, comme pilote de la Première Guerre mondiale, ou encore dans l’espace… Avec son style très cartoon, Tébo parvient à conférer un certain second degré assez potache. «Je me suis un peu retrouvé en Norbert, comme quand j’étais avec ma grand-mère qui me racontait ses histoires. Je la taquinais quand elle se trompait dans les dates.»

On y retrouve un petit goût de la célèbre série de BD «Mickey à travers les siècles», parue dans le Journal de Mickey entre 1952 et 1978, une œuvre un brin didactique, à la française déjà. Mais le dessinateur de Captain Biceps ne l’a jamais lue. Son Mickey symbolise une certaine Amérique, celle des grands espaces et de tous les possibles.

Au-delà du logo

Tébo aurait voulu aussi traiter le krach de 1929 dans son Mickey. Mais c’est finalement, sans qu’ils se consultent, Régis Loisel qui se sert de la Grande Dépression comme contexte et décor à son «Café Zombo». Avec son ami Horace, Mickey bricole son quotidien à la recherche du moindre petit job. Mais un magnat de l’immobilier, cigare en gueule (d’hippopotame!), aimerait exproprier tout ce beau monde pour faire pousser le gazon d’un terrain de golf sur les ruines d’un quartier populaire. «L’histoire a un fond social mais ça ne m’empêche pas d’y mettre des gags.»

Extrait de « Café Zombo » de Régis Loisel

Le dessinateur de «Peter Pan» et de «Magasin Général» a profité aussi comme ses prédécesseurs à faire de Mickey un personnage au caractère fort. Il s’énerve, jure presque devant les injustices. «J’aime bien le Mickey frondeur, un peu comme Astérix», affirme Régis Loisel qui a voulu aller au-delà d’une simple silhouette. «Lors de la création de Mickey fin des années 20, il y avait deux idoles à l’époque : lui et Charlie Chaplin. Mickey, c’est presque un logo. Une tête avec deux ronds noirs au dessus. La planète entière sait que c’est Mickey.»

Loisel lui confère ici aussi un rôle de justicier un rien bagarreur, dans un monde où la finance toute puissante écrase les moins nantis. Une allusion à notre époque ? «Je ne l’ai pas calculé mais il y a évidemment un parallèle avec notre monde d’aujourd’hui. Il s’agit toujours de l’exploitation par des puissants des plus faibles.» Zombifiés par un étrange café Zombo, les pauvres citoyens deviennent des esclaves d’un capitalisme aveugle. Et avec des personnages féminins qui en imposent! Minnie et Clarabelle sont ici des femmes libres qui revendiquent une certaine indépendance.

Avec ces deux nouveaux albums, Disney et Glénat ont eu une nouvelle fois raison de faire confiance à d’excellents auteurs. Ce qui aurait pu continuer à rapporter encore des années comme illustrations sur des boîtes à tartines redevient une œuvre vivante, touchante et universelle. N’est-ce pas ça au fond la pop culture ?

Nicolas Naizy

«La jeunesse de Mickey», de Tébo, éditions Glénat, 80 pages, 17 €

«Mickey Mouse – Café Zombo», de Régis Loisel, éditions Glénat, 80 pages, 19 €

SOURCENicolas Naizy
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