Au théâtre cette semaine – 15 décembre 2016

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"Clôture de l'amour" - Ph. Andrea Messana

Deux spectacles à ne pas manquer en cette fin de semaine à Bruxelles.

Clôture de l’amour

C’est fini ! « Ca se termine ici ! », Les mots de Stan sont directs. Sans ambage, il annonce à Audrey qu’il la quitte. Le choc est immédiat pour elle, qui n’a pas le temps de placer un mot. Lui aura 45 minutes pour justifier sa décision. Ainsi décide-t-il de clore leur amour, en y mettant fin comme on déclare la faillite d’une entreprise. Parce que parfois les arguments, les bons, ne viennent pas quand on doit les dire.

Ph. Andrea Messana

Pris de regrets ou de honte, il va inonder sa « future ex » de paroles. Il lui demande de rester digne, de reconsidérer « l’état de leur relation ». Pourquoi le fait-il ? C’est sa faute à elle, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Mais la logorrhée de son compagnon la cloue au silence, elle prendra sa revanche. S’en suit sa réponse, tout aussi cinglante. À son tour de s’en prendre plein la tronche, aussi pendant trois quarts d’heure. Elle lui renvoie ses questions. Pourquoi devrait-elle répondre alors que lui ne justifie rien ? À la liquidation de l’amour, elle voudrait y apporter un sens.

Véritable succès depuis sa création au festival d’Avignon 2011, « Clôture de l’amour » de Pascal Rambert joue sur son aspect réquisitoire-plaidoirie pour nous envoyer en pleine face la violence d’une rupture. Avec une direction d’acteurs au cordeau et une scénographie a minima, le metteur en scène Sandro Mabellini parvient à faire exister ses deux personnages. Même dans leur long tunnel muet, Pietro Pizzutti et Sandrine Laroche vivent les mots de l’autre dans leur corps et leur présence scénique est remarquable. Au bord des larmes chacun à leur tour, ils se regardent dans le blanc des yeux ou s’évitent, poursuivis par les mots de l’autre, percussifs, faussement froids, comme des poignards. Et nous spectateurs assistons à un choc bouleversant, dramatique et implacable.

« Clôture de l’amour », de Pascal Rambert, mise ne scène de Sandro Mabellini jusqu’au 17 décembre au Théâtre de la Vie à Bruxelles.

Axe

Ph. Alice Piemme

Dans un intérieur comme il en existe mille, un couple d’âge mur passe le temps par de menues occupations. Couture pour elle, cirage de bottes pour lui. Quand soudain, c’est la crise : il n’y a plus de thé ! Le quotidien paisible dans cet intérieur cosy se transforme soudain en guerre froide. Ce détail vous avait peut-être échappé mais c’est bien une kalachnikov qui se cache sous le guéridon. Ça lui ne s’en laisse pas compter. Pourtant en bon militaire rigoureux, quand un grain de sable vient ainsi enrayer sa mécanique quotidienne, c’est son intérieur qui s’écroule. Une solution : se réfugier dans son frigo, qui renferme quelques vieux dossiers qu’on préférerait garder au frais. Pour elle, ce sera se tenir au chaud sous son séchoir à cheveux.

Tout ceci vous semble loufoque ? Ca l’est. Dans « Axe », Agnès Limbos, grande spécialiste du théâtre d’objets, et Thierry Hellin, comédien immense, nous emmènent dans leur édifice qui s’effondre. Eux qui se croyaient bien à l’abri sont soudain poursuivis de fantômes et de vieilles histoires qui viendront les hanter. Peu de paroles, sinon des borborygmes en langues imaginaires et des entêtants refrains en langues étrangères. Mais beaucoup de corps et d’énergie activent ce qui s’avère davantage qu’une simple histoire de couple. C’est aussi l’effondrement d’un monde, celui du 20e siècle, qui fatigué de ses épisodes les plus douloureux (colonialisme, guerre, dictatures, guerres,…), décident de s’en débarrasser pour entamer un nouveau chapitre.

Ph. Alice Piemme

Jusqu’à leur procès final, le vieux couple, aux airs de Ceaucescu –mari et femme- penauds à leur jugement fatal, ne pourra pas échapper à ses accusateurs. Porté par un technique imparable, ce morceau d’histoire surréaliste où le théâtre corporel chorégraphié nous conduit, avec énormément d’humour, à repenser notre Histoire, intime ou universelle, dans ce qu’elle peut avoir de plus cruelle.

« Axe – De l’importance du sacrifice humain au 21e siècle », d’Agnès Limbos et Thierry Hellin, jusqu’au 17 décembre au Théâtre Varia.

Nicolas Naizy

SOURCENicolas Naizy
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