Pour leurs 70 ans, Blake et Mortimer partent sur les traces de Shakespeare

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Jamais BD belge n’aura eu autant l’esprit british. Francis Blake et Philip Mortimer vivent dans «Le testament de William S.» une aventure qui touche au mythe Shakespeare. Une intrigue orchestrée par Yves Sente au scénario et André Juillard au dessin.

En abordant le mystère de l’identité de Shakespeare, vouliez-vous confirmer l’ambiance typiquement britannique de Blake & Mortimer ?

Yves Sente - Ph. Dargaud / Alexis Haulot
Yves Sente – Ph. Dargaud / Alexis Haulot

Yves Sente : «Pour tout le monde, ‘Blake et Mortimer’, c’est la série britannique par excellence alors que, chez Jacobs, il n’y a que ‘La Marque Jaune’ qui se déroule en Grande-Bretagne. Notre plaisir à nous est de les ancrer dans cette ‘britishitude’. C’est un des nombreux paradoxes de la série. Jacobs est tellement éclectique. Il explorait un nouveau genre dans chaque album: l’espionnage, le policier, la science-fiction. Tout est possible, c’est une œuvre de recherche permanente. Et c’est une formidable chance pour les repreneur de se surprendre en changeant de registre à chaque histoire.»

Mais l’enjeu était de taille avec cette intrigue tellement littéraire, qui se base sur beaucoup de discussions entre les personnages…

Y. S. : «C’est clair que les amateurs d’avions supersoniques ne s’y retrouveront pas ici.»

André Juillard: «On les renvoie au ‘Bâton de Plutarque’ (le tome précédent, NDLR).»

Y. S. : «Nous avons essayé de compensé cet aspect littéraire par l’idée d’un voyage (l’intrigue se déroule à Venise, NDLR) et d’une course contre la montre. C’est vrai qu’il y a beaucoup de texte.»

A. J. : «Il fallait aussi que l’intrigue soit intéressante. Tout ce qui est dit doit faire avancer l’intrigue.»

Mais avec des difficultés pour le dessinateur…

André Juillard - Ph. Rita Scaglia
André Juillard – Ph. Rita Scaglia

A. J. : «C’est un album qui a été un peu difficile pour moi parce qu’il y a pas mal de séquences immobiles. Ce qui n’est pas franchement ma tasse de thé, même si le thé est anglais. Par exemple, cela commence presque par un grand dîner dans un palais vénitien avec une douzaine de personnes à table. Je ne raffole pas de ça pour les questions de perspective. Comme les scènes dans le train. Mais par ailleurs, il y avait de l’action. J’ai trouvé le scénario passionnant, j’ai appris beaucoup de choses.»

L’intrigue est crédible, tellement elle semble documentée…

Y. S. : «J’espère que l’intrigue se tient de bout en bout. Évidemment, on joue sur les trous noirs de la biographie de Shakespeare. Mais tout ce qu’on invente ne doit pas venir contredire ce qui est avéré. Il faut garder la crédibilité.»

Le personnage de Mortimer est davantage en avant ici. Pour quelle raison?

Y. S. : «Vu ses fonctions, Blake intervient davantage dans les récits militaires ou d’espionnage. Mortimer a peut-être plus de liberté dans ses déplacement. On cherche à varier à chaque album. Ici, c’est Mortimer, mais on peut déjà vous dire que le personnage central de notre prochain album sera certainement, Olrik (plus discret dans cet album, NDLR) ! C’est un personnage dont je ne veux pas abuser. À force de le voir échouer, il risque de devenir ridicule. Alors si on veut l’utiliser, il faut lui donner un rôle flamboyant.»

Nicolas Naizy

En quelques lignes

couverture_webComment un jeune homme ayant été à l’école jusqu’à 12 ans a pu être l’auteur d’une œuvre aussi riche et indémodable que celle de William Shakespeare? Sente et Juillard ont choisi de creuser le mystère qui tourne autour de l’identité du dramaturge, disparu voici 400 ans, pour construire une nouvelle intrigue d’un duo de héros dont la popularité ne faiblit pas de puis sept décennies. Manuscrit retrouvé, sociétés secrètes antagonistes, course contre la montre dans Venise la Sérénissime, les ingrédients pour une intrigue alléchante sont réunis. Mais ce qui depuis toujours fait l’essence de Blake et Mortimer semble ici poussé à son paroxysme. Du texte, beaucoup de texte (Sente le reconnaît d’ailleurs), vient ici surcharger les planches, contraignant André Juillard à réduire son dessin parfois au minimum. Heureusement que les deux auteurs dégagent quelques pages moins bavardes. Alors oui, le côté vintage de la BD fait le charme de la série et peut être préservé. Attention à ne pas exagérer !

«Les Aventures de Blake et Mortimer – t. 24: Le Testament de William S.», d’Yves Sente et André Juillard, éditions Blake et Mortimer, 64 pages, 15,95€

2/5

L’agenda de l’anniversaire de Blake et Mortimer

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  • Le 70e anniversaire de Blake et Mortimer se fête avec une édition en strips du «Testament de William S.» qui offre une autre expérience de lecture. Dans la monographie «L’héritage Jacobs», Jean-Luc Cambier et Éric Verhoest interrogent les neuf scénaristes et dessinateurs qui se sont attachés à la reprise de la série.
  • Le même Eric Verhoest accueille jusqu’au 7 janvier les planches et crayonnés de Juillard sur les cimaises de sa Galerie Champaka, située dans le quartier au Sablon à Bruxelles.
  • Sente et Juillard dédicaceront leur album au Café Belga à Ixelles autour d’un British breakfast le 18 décembre de 11 à 15h. Un événement organisé par la librairie Flagey.
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