VIDEO. Gil Roman et le Béjart Ballet Lausanne à Bruxelles pour une oeuvre gigantesque

Ph. Jérémy Dubart | FULL OPTIONS

Près de 50 ans après la première représentation de la «IXe symphonie», cette pièce mythique de Maurice Béjart, Gil Roman et le Béjart Ballet Lausanne s’y confrontent. Ils sont accompagnés par le Tokyo Ballet et un orchestre symphonique. En tout, ce sont près de 200 artistes qui seront sur scène.

«La IXe Symphonie», c’est un spectacle imaginé en 1964 par le danseur et chorégraphe Maurice Béjart sur la musique de Ludwig Van Beethoven. Une pièce que le chorégraphe n’aimait apparemmentpas? Il aurait même dit: «Quel pauvre type a pu songer un jour à mettre en chorégraphie la IXe Symphonie de Beethoven… quelle pauvre chorégraphie.»

«(Rires). Maurice était très critique de son œuvre. Ce que je comprends très bien. Il ne voulait pas se faire enfermer dans quelque chose. Et la «IXe symphonie» est monstrueuse. Moi, à mon avantage, je ne l’avais jamais dansée et jamais vue (rires). J’ai redécouvert la force de ce ballet, sa volonté d’exprimer un message de fraternité. J’avais donc envie de le faire. Et puis, il y avait ce concept de concert-dansé. Elle n’a jamais été jouée sans orchestre. Maurice a voulu la chorégraphie comme un prolongement visuel par le mouvement de la musique. C’est une œuvre très forte. Mais elle est gigantesque, et je comprends très bien qu’il ait dit ça. Organiser une tournée avec cela, ça vous prend tout votre temps et vous n’avez plus la possibilité de créer. Et à cette époque, Maurice Béjart créait tout le temps.»

Vous n’avez pas vu le spectacle. Comme arriver à se le réapproprier?

«J’ai vécu quasiment toute ma vie avec Maurice. Et puis, je l’ai vu remonter à l’Opéra de Paris. J’ai aussi fait un travail à partir des différentes vidéos. C’est comme nettoyer une partition. C’est ce que j’ai fait avec la chorégraphie pour retrouver le sens des choses. En réalité, le travail que j’ai accompli est ce que moi je ressens pour la IXe symphonie. Et comment je peux aujourd’hui travailler avec mes danseurs pour que ce message de fraternité soit présenté dans toute sa force et toute sa valeur.»

À l’époque, ce spectacle était révolutionnaire. C’était une des premières fois que le concept de concert-dansé était mis sur pied. Par ailleurs, il regroupait plusieurs ethnies différentes.

«C’est la principale raison pour laquelle j’ai monté ce spectacle. Ce qui me plaisait, c’était de retrouver la force du message que tous les hommes sont frères. Je trouve que c’est important de montrer que cela soit incarné par des danseurs, qui se donnent la main, qui avancent, le tout avec une vision solaire. C’est quelque chose de très fort. On voit bien ce qui se passe dans le monde actuellement. Cela me semblait important de remettre ce message en scène. À l’époque, Maurice Béjart voulait faire venir des Cubains mais ils n’ont jamais reçu leur visa de sortie. Il voulait mélanger ses danseurs de couleur noire avec les siens. Le Béjart Ballet Lausanne a toujours été une compagnie internationale et multi-raciale.»

Vous remontez le concert-dansé 50 ans plus tard. Cette œuvre a-t-elle vieilli?

«Je ne pense pas qu’elle ait vieilli du tout. Bien sûr, il y avait le langage de Maurice de ces années-là. Un langage à base classique. Mais ce n’est pas ça qui est essentiel. Ce ballet n’a pas vieilli car ce n’est pas un ballet où Maurice a mis son univers. C’est un ballet où Maurice s’est mis au service de la partition. Et ces ballets-là persistent dans le temps. C’est comme le Boléro, comme tous ces ballets qui sont créés à partir d’une partition. C’est très respectueux de la musique. Ça passe donc à travers le temps. Ils peuvent être démodés mais peuvent redevenir à la mode. Un ballet peut mourir mais peut renaître.»

Ce qui fait que ce concert-dansé est encore plus exceptionnel, c’est cette collaboration entre deux ballets: le Béjart Ballet Lausanne bien sûr et Tokyo Ballet. Pourquoi cette collaboration?

«Quand Maurice a créé ce spectacle, il y avait 60 danseurs. Il pouvait être autonome. Moi je ne peux pas être autonome pour la ‘IX Symphonie’ car j’ai entre 37 et 40 danseurs dans ma compagnie. D’autre part, on avait déjà plusieurs fois travaillé avec Tokyo Ballet. Nous étions donc très proches. Et puis, c’était leurs 50 ans, les 50 ans de la IXe. C’était donc une possibilité pour moi de monter ce monument. J’avais cette idée en tête depuis des années et puis tout d’un coup, l’occasion s’est présentée.»

Concrètement, comment cela se passe une collaboration entre deux ballets?

«Nous nous sommes tout d’abord vus. De là, chacun a travaillé de son côté. Et puis, nous nous sommes revus dix jours avant la première pour répéter ensemble à Tokyo et avec l’orchestre en plus. Quand on joue ce concert-dansé, nous sommes tous au service de quelque chose qui nous dépasse. Que cela soit pour les musiciens, les danseurs, le chœur. Nous sommes tous au service de l’œuvre. Cela facilite la collaboration»

La première a eu lieu il y a un an. Entre-temps, vous ne l’avez présenté que dans quelques villes. Et en janvier, vous serez en Belgique.

«On l’a fait à Tokyo. Puis, à Shanghai, à Lausanne, etc. Mais à côté de cela, la compagnie crée beaucoup. Nous avons d’autres spectacles. Toutefois, c’était important pour moi de le présenter en Belgique.»

La «IXe Symphonie» sera du vendredi 6 janvier au dimanche 8 janvier à Forest National.