Daan : « Je suis marié avec le visuel, et la musique est ma maîtresse »

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Ph. Peter De Bruyne

Un retour à la case départ. Voilà ce que nous propose Daan dans son nouvel album. Un zoom arrière, un retour aux bases. Et ce n’est pas pour nous déplaire. «Nada» -parfait anagramme du nom du chanteur flamand- est subtil, intelligent, intime.

Votre album est issu d’un voyage avec le photographe Peter De Bruyne. Vous aviez besoin de prendre du recul?

«Je voyais les signes d’un burn-out arriver. Pour l’éviter, je voulais me rapprocher du plaisir naïf que j’avais quand je n’étais pas connu, quand on était qu’entre ma guitare et moi.»

Sentiez-vous une pression trop forte de faire à tout prix un tube?

«Je ne vais pas appeler ça une pression. Mais il y avait comme une certaine attente. On se rend trop compte du fait que ça va être écouté et critiqué. Il faut faire gaffe à ce que ça ne nuise pas à l’intimité ou à la pureté du besoin d’écrire ou de chanter. Je me suis dit que je n’allais pas faire un disque mais seulement de la musique avec un ami. Car sinon la pression allait revenir. Et la pression, en fait, ça me fatigue.»

« la pression, en fait, ça me fatigue »

Finalement, votre projet devient un album, une promo, des concerts… Vous retombez dans le même schéma.

«Oui, c’est vrai… C’est dangereux. Mais là je m’amuse. C’est un album plus live, plus libre. Musicalement, c’est aussi curieux. Quand je chante, je suis plus proche de mon langage parlé. Je ne me sens pas en train de faire de la science-fiction.»

Pourquoi avoir choisi la Catalogne (Peter De Bruyne et Daan ont entrepris plusieurs voyages en Catalogne dont le premier s’est soldé par un documentaire de la chaîne de télévision Canvas, NDLR)?

«On avait d’abord pensé aux États-Unis. Mais on s’est dit que ça allait faire trop américain (rires). Puis, on a pensé à l’Islande mais ça allait faire trop islandais. On a alors cherché un endroit qui n’était pas touristique. Le défi était plus intéressant d’aller vers un lieu improbable et vide.»

Lors du tournage du documentaire, vous n’êtes plus qu’à deux…

«Oui mais la réalisatrice, qui était aussi la camerawoman, a bien été choisie. On le voit même dans le documentaire que je ne fais pas attention à la caméra. Il y a des images où j’ai les cheveux plaqués sur mon front à cause de la transpiration et où m’entend dire: ‘Godverdomme, ça marche pas!’ (rires)»

Avec la chaleur, vous n’aviez pas les meilleures conditions pour créer.

«En réalité, ça oblige une certaine écriture et ça dicte un certain son.»

Comment avez-vous fait pour allier image et son?

«Peter et moi, nous nous connaissions déjà. J’avais déjà utilisé ses productions. On avait l’habitude de discuter ensemble image et son. Le matin, on partait sans carte et sans GPS. On ne parlait pas, on se regardait juste et on sentait que c’était là qu’on devait s’arrêter. Moi j’entendais et lui voyait que c’était le bon endroit. On a tout fait au hasard. Sans schéma, sans attente. Je me disais juste que je devais faire deux morceaux par jour en moyenne. Et si finalement ça se faisait le matin, on était libres tout le reste de la journée (rires).»

Comment arriver à retranscrire une telle expérience sonore et visuelle sur CD?

«J’ai écrit mes chansons comme une bande originale, un peu abstraite. Une fois qu’on était rentrés, on voulait y retourner. Mais ce n’était pas possible. Alors j’écoutais ce qu’on avait enregistré en boucle toute la journée. Et finalement les idées de paroles sont arrivées assez vite. Et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que c’était un beau projet et que je devais le réaliser.»

Est-ce votre première expérience de ce genre?

«Réalisée de cette manière, oui. Mais le clip de ‘Parfaits mensonges’ avait été fait en quelque sorte dans ce style. Ce qui était intéressant pour ce clip, c’était qu’il n’y avait pas de scénario. Le photographe cherchait les images, par hasard. J’aime travailler comme ça. Je viens du visuel à la base. Cela me manquait. En fait, je suis marié avec le visuel, et la musique est ma maîtresse… depuis 25 ans! (rires

nada_daan_300dpi_coverDaan parle souvent du futur, des choses qui vont se produire… Rarement du présent. Dans cet album, il déroge à la règle. Le chanteur flamand avait envie de faire un arrêt sur images, de penser le présent, tout en faisant un retour en arrière au niveau sonorité. Il parle d’amour, de lâcher-prise, d’absence de contrôle, de prise de conscience, etc. Le tout dans un son ‘Americana bluesy’, groove à certains moments et country à d’autres. Un pur bonheur musical.

 

Daan sera au Botanique ce dimanche 11 décembre