Olivia Ruiz : « Il y a un peu de nous toutes dans cet album »

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Ph. Christophe Acker

Olivia Ruiz est maman. Elle est heureuse, et ça s’entend. Dans son cinquième album, «À nos corps-aimants», la chanteuse rend hommage aux femmes avec un grand F. Sa voix si particulière se mélange à merveille à des sonorités latines et des paroles très sensuelles.

Comment est né ce nouvel album?

«J’ai commencé à enregistrer à Los Angeles avec l’équipe de mon album précédent. Et puis, j’ai découvert que j’étais enceinte. Du coup, j’avais envie de rentrer chez moi, dans mon cocon, finir les travaux de mon appartement, etc. Je suis rentrée en France et je me suis dit que je voulais travailler avec une femme. J’ai tout de suite pensé à Edith Fambuena (qui a travaillé avec Bashung et Daho, NDLR), que je connais depuis 15 ans. J’ai retardé la production de l’album de presque huit mois pour pouvoir travailler avec elle.»

Qu’a-t-elle apporté?

«Tellement de choses. Elle m’a donné confiance en moi. Elle m’a remise sur pieds, avec la fragilité que je pouvais avoir après la grossesse. Elle a amené sa créativité, sa folie et sa curiosité pour entrer dans mon univers.»

Cet album est-il davantage autobiographique que les autres?

Pareil que les précédents. Toujours autant et pas du tout, selon les chansons.»

Il est très sensuel…

«Il y a de la sensualité sur tous mes disques, mais peut-être de manière différente. Je ne réfléchis pas à des concepts, j’écris. Ce sont les chansons qui me disent ensuite que j’ai utilisé une thématique, en utilisant souvent tel ou tel mot. Sur ce disque, je parle de plein de femmes qui me touchent. Ça peut être une artiste comme Louise Bourgeois ou bien Véronique Ovaldé, ça peut être ma mère ou ma meilleure amie. Je me suis rendu compte que je rendais hommage à la femme, la femme blessée, la madone riche de cette sensualité, de ces formes. Il y a un peu de nous toutes dans cet album. Bizarrement, les quelques hommes à qui je l’ai fait écouter m’ont dit: ‘Ça, c’est un album pour les mecs’ (rires). Comme quoi, chacun voit ce qu’il veut dans les chansons.»

Il y a beaucoup de sonorités particulières sur cet album.

«Comme d’habitude, je continue ma recherche permanente de sonorités et d’instruments, avec mon acolyte Frank Marty, qui a co-composé deux titres sur l’album. Et puis, j’ai été très inspirée par la cumbia qui est une musique colombienne que j’avais juste survolée. Je m’en suis imprégnée de plus en plus et je sens qu’elle se mélange bien à mon petit monde.»

En 2012, vous disiez: «J’aurai réussi ma vie quand je serai mère». Vous l’êtes. Votre vie est réussie?

«En tout cas, elle est belle. Je ne sais pas où commence et où s’arrête la réussite, mais c’est sûr que ce petit gars amène plein de soleil dans ma vie.»

Et ça se ressent dans votre album qui a une couleur très gaie.

«Oui, c’est sûr, en tout cas, plus que le précédent. Il porte moins sur des questions existentielles, on est plus ouvert sur le reste du monde. Et plus dans la joie et dans l’espoir.»

Le single «Mon corps, mon amour» parle de la vieillesse. Ça vous fait peur de vieillir?

«Peur, le mot est peut-être fort. Je ne sais pas, c’est en même temps quelque chose qui me fait envie parce que je fantasme beaucoup la sérénité qui va avec les années. Et puis, la réconciliation entre son âme et son corps qui vient aussi avec le gain des années. Mais bien sûr, j’ai des angoisses et j’imagine déjà l’âge que j’aurai quand mon fils rentrera au collège (rires). »

La maternité, c’est aussi une étape vers la sérénité, la sagesse?

«Pas du tout (rires). Mais c’est vrai qu’on se pose beaucoup moins de questions sur soi. Je ne sais pas si je suis encore plus angoissée et plus exigeante avec moi-même ou si je m’apaise. Je me découvre en tant que maman. On en reparle dans un an (rires).»

Vous chantez à nouveau une chanson avec votre père et votre frère, qui s’intitule «Duerme Negrito». De quoi parle-t-elle?

«Oui, c’est une chanson qui fait partie de l’héritage familial. J’étais contente de chanter cette chanson à Nino (son fils, NDLR) quand il est né parce que c’est une chanson métaphysique. Elle parle de l’esclavage. C’est une maman qui dit à son fils ‘Endors-toi, mon petit Noir, je pars au champ pour te ramener de bonnes choses’. Mais elle ne lui ramènera jamais rien . Elle lui offre du rêve pour qu’il s’endorme paisiblement.»

Vous avez hâte d’amener vos chansons sur scène?

«Oh que oui! On a commencé les répétitions et je me régale. Je suis en train de travailler sur une déco rigolote. On travaille aussi à une idée folle que j’ai eue -c’est un peu ma spécialité les idées folles- de concert interactif. C’est une appli qu’on télécharge en arrivant au concert et qui permet de choisir ma tenue, celle des musiciens, les titres du rappel, etc. J’ai même conçu un genre de Tinder Ruiz qui dit ‘ton corps aimant se cache-t-il dans cette salle?’»

Vous avez déjà fait du cinéma. Ça vous tenterait de recommencer?

«J’adorerais. Il y a d’ailleurs plein de réalisateurs belges avec qui j’adorerais tourner, comme Bouli Lanners, Geoffrey Enthoven ou les frangins les plus célèbres de Belgique.»

Il y a un autre domaine que vous aimeriez expérimenter?

«J’adore la mode. J’ai déjà dessiné une gamme de collants pour Dim, j’avais adoré faire ça. J’avais aussi fait une vitrine pour BHV pour Noël. Et comme pour le cinéma, en Belgique, il y a vraiment des créateurs que j’aime beaucoup.»

Olivia Ruiz sera en concert à l’Ancienne Belgique le 4 avril 2017.