Bernard Werber: «C’est une manière de resituer l’Homme au milieu des autres animaux»

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Avec «Demain les chats», l’auteur français de science-fiction donne la parole aux félins. Dans un futur où les humains s’autodétruisent à petit feu, il imagine la manière dont nos compagnons à quatre pattes prendront notre succession pour diriger la terre.

25 ans après «Les Fourmis», c’est au tour des chats d’être les héros de votre roman. Pourquoi?

«Parce que les chats nous observent. Moi, j’ai eu trois chats, et les trois s’arrêtaient pour me regarder comme s’ils avaient l’air de comprendre les choses.»

C’est un animal qui vous fascine ou vous intrigue?

«Je crois qu’il intrigue, et fascine, l’humanité depuis très longtemps. C’est un animal que l’on a longtemps associé à la sorcellerie, à la magie, à tout ce qui était secret tout simplement.»

En prenant l’un d’entre eux comme narrateur, on leur découvre un quotidien pas si rose que ça. C’était une manière de faire passer un message en tant que soutien de l’association PETA?

«Oui évidemment. C’est une manière de resituer l’Homme au milieu des autres animaux. On a l’impression qu’il n’y a que nous qui sommes intelligents. Mais ma chatte Bastet (l’héroïne du roman, ndlr) est dans l’idée que ce sont des barbares, primitifs et qu’ils vont finir par s’entretuer tous autant qu’ils sont.»

Comme toile de fond, vous imaginez une société détruite par l’Homme. C’est l’idée que vous vous faites de Paris dans le futur?

«C’est une voie d’évolution possible. En tout cas, c’est celle qui est montrée dans les journaux d’actualité. On voit bien qu’il y a de plus en plus de communautarisme, de tensions religieuses, d’insécurité et que la police et les gouvernements sont dépassés. Il y a une sorte de risque de chaos. Chaque jour en écoutant les actualités, on s’aperçoit que ce chaos grandit. Je crois que la fonction d’un auteur de roman est d’avertir le monde d’un risque.»

Comment imaginez-vous les 50 prochaines années au regard des événements actuels?

«Il va y avoir en gros deux choix. Soit on laisse courir et dans ce cas cela va ressembler à mon roman avec des bandes qui vont tenir les rues. Soit il y a le risque d’un gouvernement plus autoritaire. Dans ce cas, il faut espérer qu’il n’ira pas trop loin. Je suis pessimiste sur le court terme mais optimiste sur le long terme. Je crois qu’il y a toujours des gens déterminés qui arrivent à faire remonter le niveau et à sauver ce qui peut être sauvé.»

« Il faut que les gens réfléchissent au futur sinon ils vont le subir »

Le futur, et ce à quoi il ressemblera, semble être un sujet qui vous obsède.

«Il faut que les gens réfléchissent au futur sinon ils vont le subir. Si on n’a pas d’idées pour arranger les choses on va juste se laisser porter comme un bouchon emporté par le courant. C’est peut-être pour ça d’ailleurs que j’ai beaucoup plus de retentissement dans les médias en Corée. Eux, ils s’intéressent réellement au futur. Ils ont compris qu’il faut encourager la littérature de science-fiction. En France, c’est comme si s’intéresser au futur était un acte enfantin.»

La communication entre l’Homme et l’animal, c’est quelque chose qui vous semble possible dans un hypothétique futur?

«Je pense que la communication est la clé pour résoudre tous les problèmes. Bastet, ce qui en fait vraiment une héroïne, c’est son envie de communiquer. Cela suffit à faire d’elle un être vraiment intéressant.»

Il y aurait donc un jour un système qui permettrait de communiquer entre les deux?

«Oui et j’essaie de trouver des techniques, des moyens, des mécanismes pratiques qui permettent d’arranger les choses, que ce soit des machines ou des philosophies.»

Donc vous comptez insuffler des idées avec votre chat à clé usb?

«Voilà, je pense qu‘il y a une fonction de l’écrivain qui est sociale. Il faut raconter des histoires qui soutiennent des solutions qui pourront ensuite être appliquées soit par des politiciens, soit par des scientifiques. Jules Verne a inspiré des technologies, Orwell des politiques. Nous sommes là pour lancer des alarmes et en même temps des projets et des solutions.»

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« Demain les chats », Bernard Werber, Michel laffont, 320 pages, 29,90€