Ben Affleck : « Je n’étais pas spécialement bon en maths à l’école ! »

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Il venait de terminer ‘Batman VS Superman’ et se préparait à réaliser son prochain film ‘Live By Night’. Mais le scénario de ‘Mr Wolff’ lui est tombé entre les mains, et Ben Affleck n’a pas pu résister.

Après les blockbusters musclés façon ‘Daredevil’, ‘Armageddon’ ou plus récemment ‘Gone Girl’, l’acteur et réalisateur oscarisé endosse un autre rôle de ‘gros dur’, mais cette fois un peu différent : le genre avec la bosse des maths…

Vous n’aviez pas prévu de tourner ce film au départ…

Ben Affleck: « En fait quand le début du tournage de ‘Live By Night’ a été repoussé, je me suis retrouvé avec un peu de temps libre, que je comptais mettre à profit pour préparer le film. Et puis le scénario de ‘Mr Wolff’ est tombé entre mes mains, et en le lisant j’ai été directement happé par l’histoire. Et puis quand j’ai entendu que Gavin O’Connor (‘Warrior’), quelqu’un que j’admire et avec qui je voulais travailler, allait le réaliser, j’ai directement été partant. »

Réaliser m’a permis d’être un meilleur acteur

Comment avez-vous abordé le fait de jouer un personnage autiste ?

« C’était un gros défi à relever, c’est sûr. Parce que je ne pouvais pas juste inventer le comportement de mon personnage, ça devait être basé sur des choses réelles. Cela étant dit, il n’y a pas qu’une seule façon d’être autiste, donc j’avais une grande palette de choix. Mais au final, ce qui a le plus nourri mon jeu, ça a été les rencontres. Pour les besoins du film, j’ai rencontré un tas de personnes qui se situent à divers endroits sur le spectre autistique. Des gens avec qui j’ai beaucoup parlé, que j’ai appris à connaître, qui m’ont touché, ou surpris par leur sens de l’humour… Et qui au final m’ont amené à faire certains choix. C’était un travail de recherche. »

On ne voit pas souvent un tel héros dans ce genre de film d’action. Comment ont réagi les personnes autistes que vous avez rencontrées pour la préparation ?

« Non seulement ils étaient enthousiastes à l’idée de voir quelqu’un ‘comme eux’, mais la plupart d’entre eux étaient très cinéphiles, donc ils savaient tous les détails de la fabrication d’un film : ils étaient vraiment à l’écoute de mes propositions, ils n’hésitaient pas à en faire eux-mêmes… Je voulais savoir ce qu’ils pensaient du personnage, et c’était très important pour moi de respecter leur sensibilité. Au début j’étais même un peu gêné d’aller dans cette direction, et puis les conversations avec eux m’ont détrompé sur mes a priori »

‘Mr Wolf’ montre comment les apparences peuvent être trompeuses : un comptable discret peut cacher un mercenaire de la mafia… En tant qu’acteur, êtes-vous conscient de l’image que vous renvoyez, et pensez-vous qu’elle est trompeuse ?

« C’est intéressant, je ne sais pas trop comment le gens me voient en fait. Des gens m’ont déjà dit que j’avais l’air d’un mec sorti d’une fraternité étudiante, alors que c’est à peine si j’ai été à l’université (rires). Je pense que ça nous arrive à tous de renvoyer parfois une image qui est très éloignée de qui ont est vraiment. La plupart d’entre nous passent leur temps à cacher leurs insécurités, et je fais certainement pareil. »

Vous êtes à la fois acteur et réalisateur : comment ces deux métiers s’influencent-ils ?

« Pour un acteur, un film c’est 8 à 10 semaines de votre vie. Pour un réalisateur, c’est un an, un an et demi ! Donc pour me lancer dans la réalisation d’un film, il faut que soit un sujet qui m’attire de façon personnelle, et qui m’intéressera toujours un an plus tard. Mais je pense que ces deux métiers s’aident l’un l’autre: jouer m’a appris à être un meilleur réalisateur, et réaliser m’a appris à être un meilleur acteur. Je vois ça comme un apprentissage sur le long terme, et chaque fois que j’ai l’occasion de travailler avec quelqu’un que je respecte et que j’admire, j’en profite pour voir comment il ou elle travaille, pourquoi ça fonctionne… J’essaye de leur piquer des trucs, en gros (rires). »

Ce n’était pas trop difficile dans ce film de laisser le réalisateur de côté et de n’être «que» acteur ?

« C’est difficile seulement si vous ne respectez pas votre réalisateur, et ce n’était pas le cas ici. J’adore le travail de Gavin, il sait ce qu’il veut et il est très passionné, donc c’était très facile de lâcher prise. »

Parlons de vos prochains projets. Votre prochain film en tant que réalisateur ‘Live By Night’ sortira chez nous le 18 janvier : après ‘Gone Baby Gone’ vous adaptez de nouveau Dennis Lehane (‘Mystic River’, ‘Shutter Island’) dans un film qui se passe de nouveau à Boston…

« Oui, je suis en boucle (rires). En fait les 20 premières minutes sont à Boston, le reste du film se passe à côté de Tampa, en Floride. Ça se déroule à une époque où la Floride était encore un peu comme le Far West : les immigrants arrivaient en masse, et toutes ces différentes ethnies vivaient les unes à côté des autres. Ça donnait une atmosphère un peu tribale : les Irlandais, les Italiens, les Cubains, et puis les WASP (Blancs Anglo-Saxons Protestants, NDLR.) au-dessus… Dans le film, tous ces gens vont en quelque sorte se retrouver en compétition pour le pouvoir. Les livres de Dennis m’inspirent, c’est un romancier génial, et je ne suis pas le seul vu qu’il a été adapté au moins cinq ou six fois je pense. C’est quelqu’un de très doué, je ne fais que profiter de son succès(rires). »

Vous allez aussi réaliser le prochain ‘Batman’ : êtes-vous influencé par la réception publique et critique des derniers films DC (‘Batman VS Superman’ et ‘Suicide Squad’ ont été plutôt mal accueillis, NDLR.) ?

« Comme j’ai dit, pour m’engager à réaliser un film, il faut qu’il y ait un intérêt personnel. Je dois avoir l’impression que c’est ‘mon’ film, qui reflète une sensibilité qui m’est propre, sans trop m’inquiéter de ce qu’il y a eu avant… Evidemment, c’est impossible de ne pas être influencé dans une certaine mesure, parce que dans le système de studios les films sont montrés d’abord à un public-test : celui-ci donne un feedback, vous remontez le film, vous le re-projetez, rebelote… Ce ping-pong fait partie du processus créatif entre l’auteur et son public. Donc je mentirais si je disais que je n’étais pas conscient de ça. Mais en même temps, je pense que c’est important d’avoir un point de vue qui vous est propre.»

Et au fait, étiez-vous bon en maths à l’école ?

« Oh, rien de spécial. Je me débrouillais, quoi ! »

En quelques lignes :

Une maison en briques, un bureau bien rangé, des costumes sans faux plis et trois repas par jour : à première vue, Christian Wolf a l’air d’avoir une vie aussi banale que son boulot de comptable. Mais derrière les apparences, cet homme discret cache une enfance difficile marquée un autisme précoce, un père strict qui l’a élevé à la dure… mais aussi un service de comptabilité au service de la mafia. Pour duper le Ministère des Finances qui l’espionne, Christian fait diversion en prenant un nouveau client, mais bientôt celui-ci s’avère plus dangereux que prévu. Après la cape de Batman, Affleck campe un superhéros d’un genre très différent dans ce thriller froid et léché. C’est rare de voir l’autisme abordé dans ce genre de film, et l’acteur, qui a longuement préparé le rôle, est fascinant dans l’exercice. Dommage qu’à trop miser sur la performance d’Affleck, le film laisse de côté son scénario, qui perd rapidement ses enjeux de vue entre traque gouvernementale, traumas familiaux, et règlements de comptes. Au final, Mr Wolff nous épate, mais on oublie pourquoi et contre qui il se bat. On a un peu de peine aussi pour Anna Kendrick, qui semble placée là juste pour assurer le quota féminin du film. 2/5