INTERVIEW. La Femme, fatale attraction

Comme un seul homme, toute la presse musicale hexagonale a glorifié La Femme et son nouvel album «Mystère». Marlon, Sacha, Nunez, Clémence et leurs amis se sont renouvelés en multipliant les atmosphères: surf-pop, punk, cold wave, électro, pop-candy…, en gardant cette distance qui les caractérise et en jouant sur une candeur qui se drape de spleen.

Trois ans après «Psycho Tropical Berlin» qui avait bien percuté, il fallait prouver que vous n’étiez pas qu’un simple phénomène de mode.

Nunez: «Quand tu sors un nouvel album, tu as forcément un petit stress. Surtout quand il n’est pas similaire au premier. Au début, tu te demandes comment le public va l’accueillir. Évidemment, comme il est différent, on s’attendait à avoir des commentaires. Mais j’espère en effet que l’on est inscrit dans la durée. Tout reste à prouver vu qu’il vient de sortir. Pour le moment, on est visible partout, mais ce n’est pas la promo qui permet de durer. Mais je pense ce que ça va aller, je n’ai pas le sentiment que l’on soit juste un phénomène de mode.»

Vous aviez vraiment envie de faire un truc différent avant d’entamer l’écriture?

Clémence: «Non, cela s’est fait naturellement. Tous les morceaux ont été faits sur une longue période, presque 3 à 4 ans. Il y a des morceaux qui datent même d’avant le premier. Nos expériences, notre vie, ce qu’on a vécu en tournée, etc., tout cela t’amène à écouter d’autres choses. Tes goûts changent, tu vis d’autres expériences. Et puis ce délire électro est arrivé quand Marlon a commencé à acheter des machines. On a eu aussi l’occasion de jouer à L’Astropolis, un gros festival électro en Bretagne. Le mec nous avait bookés en disant ‘Allez-y, je vous fais confiance’. Et du coup on a bossé sur un set électro. Et ça nous a plu. C’était une manière de tester de nouvelles choses. Le morceau ‘Sphynx’ découle de ça.»

À partir de deux albums, on peut commencer à parler d’une œuvre. Y a-t-il un son La Femme qui les relie?

N: «On retrouvera toujours des sons qui nous sont propres, des textures, des claviers… Et même la façon de chanter, à la française.»

C: «Et notre mélange d’influences. On a réussi à toutes les digérer et à en faire notre patte qui est le son de La Femme.»

La voix est surtout le fil rouge.

C: «Non, parce que la voix est aussi traitée comme un instrument. C’est un tout. Ce n’est pas juste la voix et le reste derrière.»

N: «Il y a Clémence qui chante, mais aussi Marlon qui a trouvé d’autres manières de chanter. Même Sacha qui n’avait pas de morceau à lui avant chante sur ‘SSD’.»

C: «Mais les voix sont souvent traitées avec de la réverb’. On aime aussi cumuler plusieurs voix en même temps, des chanteuses différentes qui s’entremêlent.»

Les textes sont le socle chez La Femme. Ils construisent la chanson?

N: «Non, en fait c’est souvent l’inverse. Les paroles découlent de la production musicale pure.»

Vous êtres nombreux au sein du groupe. Comment est-ce que cela fonctionne en interne?

C: «C’est Marlon et Sacha qui composent tout. Sam un peu aussi surtout pour les arrangements. Nous deux, on a écrit le texte d’une chanson qui s’appelle «Exorciseur’.»

N: «Ce sont eux qui ont créé le groupe et qui tiennent le truc. Mais on a tous nos qualités. Sam enregistre, moi je fais le graphisme, Noé est plus dans la logistique…»

C: «Comme on fait tout nous-même, on doit aussi déléguer entre nous. On a la chance de pouvoir tout faire parce qu’on a chacun des compétences qui se complètent.»

N: «Et en plus tu peux apprendre. Moi, je ne faisais pas de musique avant La Femme.»

La cover est particulièrement explicite avec ce sexe féminin métaphorique.

N: «Oui (rires) et ce qui est bien c’est qu’elle est incensurable. Personne ne peut rien dire. Tu ne peux pas censurer une allégorie

Le tableau «L’origine du monde» est censuré sur Facebook.

N: «Oui, mais c’est parce que c’est des connards, ils sont idiots.»

C: «On a un pote peintre qui met souvent des femmes nues dans ses peintures. Il les poste sur Facebook, et il se fait supprimer son compte très souvent, alors que c’est une œuvre. C’est hallucinant.»

N: «Ici, c’est l’absence de chair qui fait que c’est incensurable. Et c’est cool parce qu’on vit une époque très politiquement correcte. Il y a une régression par rapport aux années 70.»

C: «Et parallèlement, il y a des choses plus vulgaires qui sont autorisées.»

N: «Et c’est une pochette que l’on doit à Liberatore. Donc, on pouvait lui faire confiance.»

C: «Elle est énigmatique, ca va très bien avec le nom de l’album. Et ça correspond bien à ce que l’on veut dégager comme esthétique. Du coup, elle est assez intemporelle. Tu as l’impression de pouvoir y pénétrer et d’entrer dans un trip.»

Ce qui caractérise La Femme, c’est aussi la fausse candeur, un côté qui semble soft mais qui est plein de spleen.

N: «C’est parce que nous ne sommes pas des neuneus, ni des inadaptés. Il y a des choses que l’on a envie de raconter. Tu peux tout à fait raconter un truc hard mais sans le hurler vulgairement

C: «On utilise plus de distance en fait. Et on aime bien aussi cultiver les clichés. Par le mode du cliché et du second degré, tu peux dire ce que tu veux. Certains ne le comprennent pas, tant pis.»

La Femme «Mystère» (Universal)

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