Raf Van Hulle, l’architecte à vélo

554

Des files interminables, des travaux sur la route et la pollution de l’air, les voitures sont reines mais elles sont à l’arrêt.  On se fixe sur d’avantage de routes, de ponts et de tunnels.  Notre problème de mobilité a besoin de solutions innovantes. L’architecte Raf Van Hulle ne jure que par le vélo électrique.  Metro s’est rendu à Malines pour une interview, en train et à vélo.

D’où vient cette fascination pour le vélo? 

« Faire du vélo vous offre la liberté.  Quand j’étais jeune, j’aimais aller à l’école à vélo mais mes parents trouvaient cela trop dangereux.  Je cachais mon vélo derrière la maison et je faisais semblant d’aller à l’école en bus.  C’est en me rendant à Hasselt tous les jours que j’y ai pris goût.  Vous pouvez vous arrêter où vous voulez, vous pouvez sentir l’odeur des gaufres de Bruxelles qui cuisent, et vous arrivez de meilleure humeur.« 

Et vous avez continué à faire du vélo?

« Lorsque j’ai terminé mes études, je visitais les chantiers en voiture.  Mais se retrouver dans les embouteillages dans une voiture fermée, cela ne me rendait pas heureux.  Comme parcourir de longues distances à vélo devenait trop compliqué, j’ai opté pour le juste milieu, le speed E bike.  Hélas, les moteurs rapides allant jusqu’à 45 km/h étaient illégaux et difficilement disponibles.  J’ai donc créé mon propre vélo ‘illégal’.« 

 Comment évaluez-vous les distances en Belgique ?

« J’habite Malines et je me déplace principalement dans le triangle Bruxelles, Louvain, Anvers.  Je parcours 30 km en moins d’une heure.  Avant je faisais la file devant le tunnel Kennedy et cherchais pendant longtemps après une place de parking.  Avec un vélo rapide, vous devez vous équiper d’un bon casque et d’un manteau respirant.  Tout un monde s’est ouvert à moi.  Arrêter de conduire, c’est comme arrêter de fumer.  Vous vous sentez plus détendu, de bonne humeur et en forme.« 

Comment le Solarwind a-t-il vu le jour?

« Quand vous roulez vite, les bagages de vélo prennent trop le vent.  C’est ainsi qu’en 2008, je suis venu sur l’idée d’accrocher à mon vélo un chariot aérodynamique à une roue.  Très vite je me suis dit que je pouvais y ajouter un panneau solaire.  J’ai expérimenté avec un petit modèle, assez pour agrandir mon champ d’action.  Le jouet de l’architecte, je l’ai nommé Solarwind parce qu’il donne l’impression d’avoir le vent dans le dos.« 

Les distances se sont-elles allongées?

« Les panneaux solaires se sont améliorés.  En 2013, j’avais un E bike qui produisait autant d’énergie qu’il n’en consommait.  Lorsque le soleil est bien positionné, je peux rouler jusqu’à Milan en trois jours.  Les montagnes ne sont plus un obstacle car l’action de freiner se transforme en énergie.  En 2013, j’ai participé au Sun Trip vers le Kazakhstan.  Avec nos 35 équipes, nous voulions démontrer au monde que la mobilité est aussi possible autrement.  Je ne pensais pas pouvoir franchir la ligne d’arrivée en 38 jours et gagner cette Solar Race.« 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées?

« Dès que vous avez franchi le Danube, vous êtes dans les pays de l’Est.  A partir de là, il n’y a plus de réparateurs de vélo.  Les routes sont en très mauvais état.  Lorsque vous cassez quelque chose, vous êtes totalement livré à vous-même. Les panneaux solaires sont conçus pour être posés sur des toits mais nous roulons avec sur de mauvaises routes.  C’est tout un art d’atteindre la ligne d’arrivée avec des panneaux qui fonctionnent encore.« 

Que vous rapportent vos panneaux?

« Lorsqu’il fait ensoleillé, vous gagnez 200 km par jour.  Si votre condition est bonne, vous pouvez parcourir jusqu’à 400 km par jour, même dans les montagnes et avec des bagages.  Le rendement est bénéfique de mars à octobre.« 

Est-ce parfois dangereux?

« Je fais surtout attention aux chiens errants et aux Russes qui ont trop bus. La circulation en Russie est comme la roulette russe.  En Moldavie, les gens se promènent dans la rue avec une bouteille de vodka dans la main et un revolver dans l’autre.  Il n’y a pas de justice. Après des années d’expérience, vous développez un espèce de radar ou un pressentiment pour le danger : savoir où et quand ouvrir sa tente, dans quel quartier mettre le pied au plancher…« 

Qu’est-ce que ce voyage vous a apporté?

« Faire du vélo à l’étranger est aussi un voyage intérieur.  Cela permet de relativiser.  Toucher la porte de l’enfer de temps à autre vous rend plus flexible dans votre vie.  Vous remettez en question la vie en Europe occidentale et remarquez que l’on va chercher les réponses trop loin, parfois les solutions sont si simples.« 

 Votre Solarbike est-il la solution aux embouteillages?

« Les Speed E Bikes seront une solution pour beaucoup de gens.  Bien que la technique soit simple et durable, ce vélo n’est pas encore intégré.  L’industrie de l’automobile s’oppose depuis des années à une réglementation législative car il est considéré comme un concurrent.  En janvier 2017, tout cela va rentrer dans l’ordre et nous obtiendrons une plaque d’immatriculation.  Hélas, la tactique des lobbyistes est aujourd’hui de maintenir le prix élevé.  Suite à une série de normes, un vélo rapide homologué coûte 5.000 €.« 

Qui est Raf Van Hulle?

Raf Van Hulle tient un bureau d’architecte à Malines.  Il ne crée pas seulement des espaces mais aussi des objets qui nous permettent de vivre plus heureux et plus conscient.  Pour son Solarwind, un vélo électrique avec panneaux solaires, il obtenu en 2011 l’Ecodesign Award.

 www.vanhullraf.be

Arne Rombouts