Festival de Chassepierre : équilibristes en tous genres en bord de Semois

Chaque année, en deuxième partie du mois d’août, le joli village de Chassepierre est envahi d’artistes, conteurs et acrobates pour une fête colorée et jouissive célébrant les arts de rue. L’édition 2016 du festival des arts de la rue ne dérogera pas à la tradition mais sera marquée par les nouveautés insufflées en douceur par sa nouvelle directrice.

Charlotte Charles-Heep a succédé à Alain Schmitz, véritable incarnation du festival pendant 40 ans. La jeune femme nous avait fait connaître son ambition lors de sa prise de fonction: faire de Chassepierre un lieu de résidence pendant l’année pour les compagnies.

Les Manies - Ph. D. R.
Les Manies – Ph. D. R.

Le festival de cette année est ainsi marqué par une première concrétisation de ce projet. «L’an dernier on a fait l’acquisition d’un entrepôt à Chassepierre. Pendant le festival, il sert de stockage du matériel des compagnies. Nous l’avons acheté avec l’aide de la province, dans l’idée d’en faire un lieu de résidence et d’accompagnement pour les artistes», nous explique-t-elle.

La compagnie Les Manies (photo ci-dessus) est la première à en avoir profité pendant six jours pour son spectacle de marionnettes portées, «La BIM Scientifique Déboule» qu’elle présentera samedi et dimanche. N’ayant pas de lieu de répétition, ces artistes ont pu, durant la résidence, expérimenter dans un espace proche des conditions de représentation. «Depuis plusieurs années, on coproduit des spectacles en les finançant (cette année le spectacle musical des Superluettes en a bénéficié, NDLR.), en échange de quoi la compagnie joue pendant les deux jours du festival. Je me suis dit que ce serait bien d’aller au-delà en leur permettant de travailler à Chassepierre et notamment de déjà faire un travail en rue et en milieu rural. Cela n’apporte pas les mêmes conditions quand vous êtes dans les champs, l’électricité n’est pas souvent là, etc.»

Ph. D. R.
Ph. D. R.

Les artistes ont même pu confronter une première ébauche auprès d’un vrai public lors de festivités locales. «Je tiens aussi à ce qu’il y ait un accompagnement par un professionnel. J’ai moi-même discuté avec des faiblesses et des points forts. J’offre un regard extérieur. »

Cette première expérience a conforté Charlotte Charles-Heep dans l’idée de pérenniser l’expérience, même si ses moyens sont pour le moment limités. Un appel à projets a été lancé en juin pour permettre à d’autres compagnies d’arts de la rue de profiter de ce lieu de création.

Tout en équilibre

En composant sa programmation, Charlotte Charles-Heep a remarqué à quel point les spectacles choisis jouaient sur la notion d’équilibre. Comme les bûches de Claudio Stellato dans «La Cosa»: lui et ses trois comparses bâtissent des structures fragiles. Un spectacle à ne pas manquer. Les membres du groupe BOT Project («Collage») s’élanceront de leur trampoline pour des sauts dans le vide vertigineux.

BOT - Ph. D. R.
BOT – Ph. D. R.

Mais l’équilibre est symbolique dans la proposition du groupe Berthe («Orties»), qui par la danse explore la recherche d’harmonie du couple. Choisis pour l’affiche de cette édition 2016, The Primitives forment un trio de personnages perdus à la recherche de ce qu’ils doivent faire. Sans oublier les chevaux lumineux de la Compagnie des Quidams. Mais ce qu’on aime à Chassepierre, c’est la surprise de découvrir au coin d’une rue ou en bord de la Semois une histoire, un personnage qui nous touche, nous fasse rire et parfois frissonner.

 

Nicolas Naizy