Real Life Super Heroes : Des justiciers ordinaires aux actes extraordinaires

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À l’heure où les films dédiés aux super-héros se multiplient à l’infini, des citoyens ordinaires se travestissent pour défendre la veuve et l’orphelin. Une équipe étudiante de l’Ihecs consacre un documentaire à ce nouveau phénomène en tombant le masque de ces héros de la vie quotidienne.

«Hell Hound», «Phoenix Jones», «Life», «Dark Guardian», «Renégat»… Autant de sobriquets empruntés par des citoyens ordinaires le jour, «Real Life Super Héroes» la nuit. Né aux États-Unis il y a quelques années, ce mouvement de super-héros du réel se propage à travers le globe, notamment en France avec «les Défenseurs de France». Ces gentlemen ordinaires n’ont pas de super-pouvoirs mais ils partagent avec leurs idoles fictives le même leitmotiv: améliorer le monde. Raison pour laquelle ils enfilent masques, capes et bas collants pour arpenter le bitume afin de lutter contre le crime moderne.

Mais loin d’eux l’idée de vouloir distribuer des beignes à 360º. Seuls ou en bandes, des justiciers bénévoles patrouillent dans leurs villes pour éradiquer incivilités et violence extrême mais certains se cantonnent au caritatif, costumés. Cette excentricité se divise en effet en différentes mouvances, nous détaille Robert, un membre de l’équipe de l’Ihecs qui consacre son mémoire au sujet: «Il est compliqué de cerner un type précis de profil. Certains agissent préventivement, d’autres (‘crimes fighters’) sont des combattants surentraînés qui interviennent lors de trafics de drogues ou lors d’agressions. Certains se lancent dans le social, d’autres décident de porter le masque pour jeter un coup de projecteur sur leurs actions ou activités. Sans oublier ceux en quête de gloire et ceux qui ne se prennent pas au sérieux.»

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«Au-dessus des lois»

Sauveurs inespérés pour les uns, fantaisistes contestables pour les autres. Les reproches souvent attribués aux «vrais» super-héros sont transposables aux «faux». De nombreuses voix s’élèvent outre-Atlantique pour dénoncer ces «milices autoproclamées». Cette critique fait notamment écho à des «arrestations arbitraires, à une substitution aux forces de police et à l’usage d’armes non-létales lors de leurs missions nocturnes, du flash ball à la bombe lacrymogène en passant par le patator».

En Europe, le vent ‘DC Comics et Marvel’ n’a presque pas soufflé sur le plat pays. À une exception près. «Quand ce ne sont pas des collectifs qui se créent, ce sont des individus qui se lancent en solo, sur Twitter. Il y a bien eu un gars à Namur qui s’était investi dans l’humanitaire mais son compte (Twitter) est désactivé depuis 2006/2007. On peut trouver des super-héros du quotidien un peu partout à partir du moment où il s’agit d’aider son prochain. Mais en Europe, l’aspect culturel est moins prononcé et le côté affriolant manque à l’appel. Les gars sont limite en training/casquettes pour des patrouilles de quartier.»

Il faut dire aussi qu’outre une addiction moins prononcée pour les BD du genre, les citoyens américains bénéficient d’une législation clémente qui favorise l’émergence de tels personnages. Le «Citizen’s arrest» est relativement laxiste vis-à-vis des interventions civiles, comme en témoignent certains événements (cf bas de page). En revanche, la loi belge se veut plus stricte. Si tout citoyen a l’obligation de porter assistance à une personne en danger, il ne peut nullement se substituer à la police, seule habilitée à user de la force car elle représente l’État. Des nuances que brandit l’étudiant en journalisme qui justifie le choix d’étudier ces RLSH aux États-Unis, berceau du mouvement. Reste à déterminer le profil de ces «super-héros version US». Grands traumatisés victimes d’événements tragiques ou simples altruistes soucieux de protéger le commun des mortels? Il reste surtout à identifier la légitimité dont ils jouissent.

 

L’incident «Phoenix Jones»

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RLSH le plus médiatisé et combattant de MMA, Phoenix Jones (Benjamin John Francis Fodor dans le civil), a suscité la polémique à Seattle. À la sortie d’une boîte de nuit et d’une bagarre de rue, un policier a fermé les yeux sur un combat au cours duquel le champion a mis un citoyen KO. Cette connivence, qui a fait les gros titres aux États-Unis, questionne la légitimité de ces justiciers masqués.

 

 

Pour réaliser leur documentaire, les quatre étudiants de l’Ihecs ont recours à un financement participatif qui prend fin le 31 août.

Gaëtan Gras