Olivier Norek : Quand la rédemption passe par la vengeance

Olivier Norek revient avec un nouveau polar encore plus ‘page-turner’ que le précédent. Dans «Surtensions», le lecteur sera tout au long du roman… sous tension!

Vous travaillez toujours au 93?

«Oui toujours. Mais je suis pour l’instant en indisponibilité. C’est une sorte de parenthèses que l’on propose aux fonctionnaires de police. On peut revenir dans le métier quand on veut. J’ai eu plusieurs projets pour la télé et le cinéma, ce pourquoi je ne suis toujours pas retourné à mon poste.»

Vous comptez un jour reprendre le métier?

«Je ne sais pas encore. Je veux voir quel métier m’épanouit le plus. Pour l’instant, je découvre vraiment la littérature et l’écriture de scénarios. C’est un travail d’‘installation’ dans le milieu surtout.»

Comment cela se passe avec vos anciens coéquipiers?

«Je les implique beaucoup. Ils lisent mes livres en premier pour me dire si l’enquête est bonne, s’ils ont trouvé qui est l’assassin. Alors je me dis que si j’arrive à bluffer des policiers qui ont une vingtaine d’années de carrière, c’est que ça devrait aller pour le lecteur (rires). Et puis, j’utilise des noms de flics avec qui j’ai travaillé, des groupes, etc. Ils se lisent donc dans mes romans. Le plus beau compliment qu’ils m’ont fait est de me dire que quand ils lisent mes livres, ils sont fiers d’être flics. Quand je parle d’eux, je ne raconte que la vérité. Je ne fais ni d’angélisme, ni de caricature. Ce qui fait qu’ils se retrouvent vraiment dans les flics de mes romans. Ce sont des personnages solaires.»

Tous vos personnages ne sont pas totalement blancs ou noirs.

«C’est l’humanité des personnages. Mes flics ont des côtés sombres. À la fin du roman, on se demande si mon flic va appuyer sur la détente ou pas. Les criminels aussi ont leur côté positif. Ils préparent le matin le bol de céréales à leur gamine, ils vont chercher leur enfant à l’école à 17h. Je trouve cela trop facile d’avoir d’un côté le mal absolu et de l’autre le chevalier blanc. Cela n’existe pas.»

Vous êtes-vous déjà trouvé face à un policier un peu borderline.

«Généralement, on ne voit pas les ripoux. Ils ne se montrent pas. J’en ai peut-être déjà croisé mais je ne l’ai jamais su.»

Dans votre roman, on sent que vous avez beaucoup d’empathie pour tous vos personnages: les ‘bons’ comme les ‘mauvais.

«Alexandra et mon flic ont exactement le même trajet. À un moment, l’un des leurs se retrouve en danger, et ils vont faire tout ce qu’ils peuvent pour le sortir de là. Le frère d’Alexandra est en prison. Elle fera tout ce qu’elle peut pour le ramener en Corse, dans leur famille. Pour Coste, le flic, c’est quelqu’un de son équipe qui est en danger. Il va aller jusqu’au bout, jusqu’à pointer son arme sur Alex. Ils ont presque le même trajet, et ils le disent même à la fin du roman. Ils ont les mêmes sentiments et se retrouvent au même endroit car ils ont suivi les mêmes lignes, celles de l’empathie et de l’amour. C’est l’amour qui va motiver tous mes personnages. Comme le père de famille qui va organiser un grand braquage pour sauver sa famille. Tous mes personnages sont victimes de cette saloperie qu’on appelle l’amour.»

De cette saloperie?

«Oh oui, je confirme. Cela nous fait faire n’importe quoi. Vous avez déjà été amoureuse et fait n’importe quoi pour cette personne. C’est cette saloperie d’amour qui fait ces 500 pages.»

Vous décrivez un milieu carcérale très dur.

«Pour décrire le quotidien très difficile des prisons, il a fallu que je rencontre des adjoints, des directeurs de prison, etc. J’ai pris les pires choses des prisons françaises pour créer la pire de France. Elle n’existe pas en elle-même mais toutes les anecdotes que je raconte sont vraies, comme celle de la lance d’incendie trop courte. Tout est vrai. En Belgique, vous avez eu une actualité liée aux prisons. On retrouve ce genre de problèmes dans mon roman. Dans les prisons, les surveillants sont trois pour des centaines de prisonniers lors de la promenade. Si quelqu’un se fait buter, le maton ne va pas y aller. Il va attendre que ça se termine. C’est incroyable que cela se passe vraiment…»

 

En quelques lignes

surtensionsPlusieurs histoires qui se suivent et s’entremêlent. Des personnages poussés à leur extrême. Des points de non-retour. Une (sur)tension très bien maîtrisée. Voilà ce que nous propose Olivier Norek dans son nouveau roman «Surtensions». Le lieutenant de police à la Section enquêtes et recherches du SDPJ 93 pose la question de ‘Jusqu’où sommes-nous prêts à aller par amour’? Qu’ils soient les pires criminels ou les meilleurs flics du monde, les personnages d’Olivier Norek outrepassent les limites lorsque l’un de leurs proches est en danger. Le résultat est surprenant et nous plonge dans un thriller haletant, un ‘page-turner’ comme on les aime, le tout emprunt d’un certain réalisme. Sans oublier une description du milieu carcéral pour ainsi dire, interpellante…

«Surtensions», d’Olivier Norek, éditions Michel Lafon, 19,95€, 507 pages

4/5

 

 

Photo de Une : Copyright Bruno Chabert