David Lynch, entre fiction et réalité

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Une usine en ruine, des modèles nus monstrueusement déformés et autres scènes macabres: les thèmes du gourou du cinéma David Lynch s’infiltrent dans son art. Dès demain, vous pourrez admirer une sélection de ses tableaux et de ses photographies à Anvers.

David Lynch est sans conteste l’un des plus célèbres réalisateurs de son temps, mais peu de gens savent que ce personnage excentrique est aussi un peintre diplômé. «C’est justement la raison pour laquelle nous étions demandeurs de cette exposition», explique Frederick Keteleer de At The Gallery. «David Lynch revêt pour beaucoup de gens une valeur émotionnelle, c’est ainsi que Twin Peaks est une série pleine de souvenirs de jeunesse. Mais son art est sous-exposé en Belgique.»

Une primeur

Néanmoins, l’expo de ce personnage culte n’est pas une primeur dans notre pays. Il est déjà venu avec une série de lithographies à La Louvière et, il y a deux ans, il a exposé un certain nombre d’œuvres photographiques à Bruxelles. «Il n’empêche que cette exposition est unique. C’est la première fois que David Lynch présente des aquarelles dans notre pays. De plus, toutes les œuvres sont à vendre.» Si vous voulez vous en procurer une, vous devrez débourser entre 6.000 et 120.000 €.

L’expo ouvre demain, mais notre Américain ne sera pas présent. «Il aurait bien aimé, mais toute son attention est désormais focalisée sur la troisième saison de Twin Peaks. C’est son unique préoccupation», indique Frederick Keteleer en plaisantant. Ce qui ne semble pas décevoir les nombreux fans – majoritairement jeunes – de David Lynch, car selon la page Facebook de l’événement ils sont déjà 1.600 à trépigner d’impatience en attendant l’ouverture.

Une rétrospective qui n’en est pas une

Vingt œuvres au total sont accrochées aux cimaises: des aquarelles, des huiles et des photographies retravaillées, réalisées entre 1988 et 2012. Elles englobent une grande partie de son œuvre, si bien qu’on peut les considérer comme une sorte de rétrospective.
Cet homme-orchestre a généralement l’habitude de donner à son exposition le titre d’un tableau. L’honneur revient cette fois à «It was like dancing with a ghost», et ce n’est pas un choix anodin. Ce tableau de 1994 exhale l’univers de Lynch: obscur et aussi acéré que le hachoir d’un boucher. Alors que la plupart des gens n’acceptent pas leurs angoisses et nient les côtés les plus noirs de la société, Lynch les chérit. Des scènes cauchemardesques et la ligne ténue entre la fiction et la réalité en constituent dès lors le fil rouge.

«La couleur est trop limitative»

Cette atmosphère sinistre, David Lynch l’exprime immanquablement avec des couleurs sombres. «Je ne sais pas ce que je ferais avec la couleur», a un jour déclaré le grand maître dans une interview. «La couleur est trop limitative et ne vous permet pas de rêver. Le noir a une profondeur dans laquelle vous pouvez vous immerger, jusqu’à ce que vous tombiez sur vos angoisses. Ce n’est qu’à ce moment-là que vous pouvez voir ce à quoi vous tenez et cela devient comme un rêve.»

Une peinture noire que vous pouvez regarder pendant des heures, c’est par exemple le cas de «Billy finds a book of riddles in his own backyard», le tableau préféré de Frederick Keteleer. «Cela ressemble à un instantané d’une histoire à propos de laquelle vous pouvez imaginer tant de choses encore.» Idem pour «Couch series» ou encore «Distorted Nude», de vieilles photos pornographiques qui ont été manipulées numériquement et pour lesquelles Lynch s’est manifestement inspiré de la créativité de Francis Bacon.

Les corps déformés, les usines abandonnées ou la variante sinistre de Mickey Mouse vous laissent une peu désorienté quand vous sortez de l’expo. David Lynch est clairement aussi unique dans ses films que dans ses œuvres d’art, et est inclassable. Ou pour le dire avec les mots de Frederick Keteleer: «Il n’y a personne qui peut faire ce qu’il fait. Il a le don de mettre à nu les sentiments et les angoisses des gens, et le résultat est incomparable».

David Lynch « It was like dancing with a ghost », du 21 mai au 3 juillet, à At The Gallery, Leopoldstraat 57, Anvers.