De nouvelles aventures dessinées pour Mickey

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On a tous en nous quelque chose de Mickey. Les éditions Glénat ont obtenu de l’empire Disney le droit de créer de nouvelles aventures de la souris connue aux quatre coins du monde. Cosey (« Jonathan »), d’une part, et le duo Lewis Trondheim-Nico Keramidas, d’autre part, sont les premiers à s’y frotter. La redécouverte d’un mythe.

Que sait-on vraiment de Mickey Mouse ? Apparue pour la première fois sur les écrans de cinéma dans le court-métrage « Steamboat Willie » en 1928, la souris, à la culotte encore blanche à l’époque, allait vite devenir l’emblème d’un empire culturo-industriel allant de l’animation aux parcs d’attractions en passant par la bande dessinée, les croisières, les jouets, etc. Mais force est de constater que derrière l’ogre commercial se cache une part de notre imaginaire collectif peuplé de personnages sympathiques.

C’est sur cet aspect patrimonial qu’a misé Jacques Glénat, directeur des éditions du même nom, en rééditant depuis plusieurs années les classiques parus dans Le Journal de Mickey. Une copieuse intégrale nous a permis ainsi de (re)découvrir le talent de dessinateurs, parfois trop souvent dissimulés derrière leurs personnages, à l’image de Carl Barks ou de Don Rosa, tous deux animateurs de génie de personnages tels que Donald mais aussi Picsou. Face aux canards, la souris semblait plus intouchable. C’était sans compter la proposition d’un Jacques Glénat bien inspiré de faire appel à une série d’auteurs européens pour redonner vie et dynamisme au héros des héros de l’écurie de Burbank.

Un romantisme moderne

Cosey, Trondheim et Keramidas ont les premiers à se coller à l’exercice du one-shot. Dans « Une Mystérieuse Mélodie » (une référence déjà aux Silly Symphonies, célèbres courts-métrages musicaux de Disney), Cosey imagine la rencontre de Mickey avec la douce Minnie.

"Une mystérieus mélodie", de Cosey
« Une mystérieus mélodie », de Cosey

501 UNE MYSTERIEUSE MELODIE COSEY DISNEY[DIS].inddUne ébauche de scénario qu’il a peiné à trouver, nous avoue le créateur de la série « Jonathan »: « Après avoir dit oui à Jacques Glénat, pendant six mois je n’ai rien trouvé. Je me suis décidé à retourner aux sources, voir les tout premiers Mickey en dessin animé. Il était déjà accompagné de Minnie. Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de raconter leur rencontre. Cela m’obligeait à dessiner un Mickey originel. » Un Mickey vintage donc, jusque dans le traitement des couleurs, tirant fortement sur les jaunes et les bleus. Mais l’auteur exploite un filon scénaristique très contemporain, celle de l’exploitation des origines d’un personnage, à l’image d’Émile Bravo qui nous a fait redécouvrir Spirou. Ici, Mickey a un travail -scénariste pour un studio de cinéma, amusant clin d’œil. « Mes lectures d’enfance étaient le Journal de Mickey. J’ai toujours été fasciné par l’univers de Walt Disney et ce que le nom de ce bonhomme est devenu, un véritable empire, que l’on peut aussi critiquer. Mais ses personnages font partie de la culture de notre planète. Il n’y a pas un pays au monde où l’on ne connaît pas Mickey. Je me suis intéressé à la naissance, parce qu’il me semblait qu’il y avait là le plus de potentiel, plutôt que de faire une Xième aventure de Mickey. »

La délicate alliance d’une époque passée avec de nouveaux espaces de fiction fonctionne assez bien, rendant les personnages attachants, plus tangibles, avec leurs sentiments propres. La célèbre souris n’est pas le seul véhicule de l’aventure, elle prend de l’épaisseur, sans pour autant franchir le cap de la transgression. Le contrôle Disney est là mais lâche suffisamment la bride pour laisser de la place à l’auteur. Mais vous ne verrez jamais Mickey manger un sushi, par exemple, Disney interdisant à ses personnages de manger un autre animal, et jamais ils ne véhiculeront de messages politiques ou idéologiques, internationalisation oblige.

L’archive perdue

Plus débridé à l’image du tempérament de ses auteurs, l’album imaginé par Lewis Trondheim et Nico Kéramidas pousse encore plus loin cette remontée en aval du fleuve Disney, en se jouant de nous toutefois. Avec son titre à l’américaine, « Mickey’s Craziest Adventures » nous fait croire en la redécouverte d’un feuilleton perdu de 1965 mettant en scène Mickey mais aussi Donald, Dingo et bien d’autres. Malheureusement, des pages manquent, nous font croire les deux zygotos.

"Mickey's Craziest Adventures", de Trndheim et Keramidas
« Mickey’s Craziest Adventures », de Trondheim et Keramidas

En plus d’une histoire avec tous les personnages dans une large diversité de décors, Nicolas Keramidas a demandé à son scénariste, amateur de contraintes pour travailler, de s’inspirer d’un canular « commis » en 2013 par les animateurs de Disney eux-mêmes. En 2013, une foule de professionnels et d’amateurs de l’animation sont réunis au festival d’animation d’Annecy pour découvrir ce qui apparaît comme le 3e court-métrage -« Mickey get a horse » (voir ci-dessous), récemment redécouvert, mettant en scène Mickey. Mais à la moitié de sa projection, la présumée restauration de pellicules s’avère une farce complète teintée d’un hommage à Walt Disney. Tout le monde s’y trompe, même les spécialistes. L’histoire de Trondheim joue sur la même supercherie poussant le vice jusqu’à s’inspirer de la numérotation originale des planches.

mickey mouse get a horse 2013 (720p, HD) from Gabe Moore on Vimeo.

501 MICKEY'S CRAZIEST ADVENTURES[DIS].inddSur le plan graphique, Keramidas, passé pendant dix ans par les studios d’animation Disney (sur les courts-métrages « Le Prince et le Pauvre » et « Le Noël de Mickey »), avoue n’avoir pas fait de recherche particulière mais cite toutefois une référence majeure. « J’ai découvert des gens comme Cavazzano, de l’école italienne Disney. Ce dessinateur n’a pas réinventé le personnage, mais il lui a apporté quelque chose d’intéressant au niveau graphique, avec plus de mouvements. C’est cela qui m’a inspiré, même si ses dessins ne datent pas de 1965, date présumée de notre histoire. » Véritable course-poursuite, ce second one-shot en manque pas de rythme et d’humour.

Ces deux premières sorties de la renaissance permettent à Mickey de redevenir un héros, considéré souvent lisse et transparent, et non plus le « logo » de Disney, un plaisir pour les lecteurs de toutes les générations.

Sont prévus prochainement les projets de Loisel et de Tébo, avec assurément d’autres visions intéressantes de l’univers Mickey Mouse.

Nicolas Naizy

« Une Mystérieuse Mélodie, ou comment Mickey rencontra Minnie », de Cosey, éditions Glénat/Disney, 64 pages, 17 € ****

« Mickey’s Craziest Adventures », de Lewis Trondheim et Nicolas Keramidas, éditions Glénat/Disney, 48 pages, 15 € ****

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