Le livre se réinvente pour survivre aux géants du net

Éditeurs, libraires, experts en technologies, bibliothécaires, s’organisent pour baliser l’avenir du livre numérique qui passe pour beaucoup par l’adoption de la norme epub, un format de publication libre et ouvert à tous.

Officiellement standardisé en 2007, le format commun de l’epub a convaincu la quasi-totalité des acteurs du livre, numérique ou non, qui y voient une prise sur leur avenir. Jouissant d’un format «open source» et permettant au lecteur d’acheter son livre où il veut pour le lire sur n’importe quel support (liseuse, téléphone, tablette, ordinateur), l’epub (electronic publication) apparaît comme une parade à l’emprise de géants du web comme Amazon. À la fois vendeurs de livres numériques, d’appareils de lecture et même plateforme d’auto-édition pour Amazon, ils utilisent des formats et/ou systèmes de protection dits «propriétaires» verrouillés. Amazon vend ainsi des livres numériques dans un format appelé «mobi» (ou «azw», un fichier «mobi» protégé spécifique à Amazon), qui ne peuvent être lus que sur les appareils qu’il commercialise ou grâce à ses propres applications. Et ces appareils de la gamme Kindle refusent d’afficher un autre format que celui d’Amazon…

Lourdeur administrative

Selon les spécialistes, ce format spécifique à Amazon représente à lui seul environ la moitié des ventes de livres numériques en France, le reste se faisant en format epub. Mais dans les pays n’encadrant pas le prix du livre (États-Unis, Grande-Bretagne, etc.), le géant américain a cassé les prix et occupe 85% du marché. Pour y remédier, éditeurs et libraires se sont groupés avec le gouvernement français pour créer l’European Digital Reading Lab (EDRLab), association chargée de favoriser l’adoption de l’epub en Europe.

Principale pierre d’achoppement à la diffusion de l’epub, les systèmes de DRM (gestion des droits numériques), qui protègent de nombreux livres numériques contre le piratage mais empêchent de fait toute interopérabilité. L’utilisateur est alors la cible de lourdeurs administratives contraignantes, comme un enregistrement obligatoire auprès d’Adobe qui met en œuvre la majorité des DRM, alors que cette DRM ne sera utilisable que sur un nombre limité de terminaux.

Colmater la brèche

«Nous souffrons énormément des DRM, qui demandent un gros travail de notre part auprès du lecteur. Il y a un réel danger que les gens ne nous quittent à cause de ça!», a témoigné Philippe Goffe, initiateur du portail Librel.be, fédérant des libraires belges francophones.

Pour «débloquer l’usage commercial de l’epub», l’EDRLab va prochainement lancer une DRM plus accessible, baptisée LCP, «qui coûtera moins cher qu’Adobe et qui fonctionnera par simple identifiant et phrase de passe», selon son directeur technique, Laurent Le Meur. «L’utilisateur n’aura plus l’impression de perdre le contrôle et son livre ne pourra plus disparaître avec le distributeur ou avec l’obsolescence de son matériel», a-t-il conclu.