Chroniques barbares: Mallock face au rasoir d’Ockham

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Ça y est, Mallock, le commissaire, revient enfin avec une nouvelle enquête! Et une fois de plus, ce gros ours se ronge les méninges pour attraper ‘Ockham’, un personnage dérangeant. Rencontre avec Mallock, l’écrivain bien sûr.

Votre inspecteur Mallock a un caractère de plus en plus trempé au fil des tomes.

«J’aime que chaque chronique barbare soit différente des précédentes. Dans le précédent roman ‘Les larmes de Pancrace’, le contexte était différent.C’était une saga familiale, même si je convoquais le Moyen Âge, le Christ, Agatha Christie, les assassinats en maison close, etc. Mais l’histoire restait autour d’une même famille. Dans ce roman, je pars sur un contexte plus biblique et plus contemporain à la fois, avec une ambiance cataclysmique -j’imagine que la Seine déborde de son lit lors de sa crue centennale.»

À chaque chronique, vous accentuez de plus en plus son côté ‘ours’.

«Je rentre plus dans les détails de son caractère. De plus, il évolue. Dans le premier volume, il vient de perdre son fils: c’est un Mallock dans le chagrin et le désespoir. Ce n’est pas un personnage monobloc comme on peut en avoir dans les séries. Il est, comme nous, poussé par le destin. Jusqu’à la fin -j’ai prévu neuf chroniques-, il ne va pas cesser d’évoluer. Si tout se passe bien et que je termine la 9e, il y aura ensuite une autre série dans laquelle l’écrivain Mallock disparaît et le commissaire lui-même écrit ses mémoires. Il racontera son passé, ses premières enquêtes. Je pense que cela s’appellera ‘Les petites barbaries’.»

Racontera-t-il un peu plus sur ses visions?

«Oui mais en fin de compte, il n’a pas de véritables visions.»

Il se drogue, en quelque sorte?

«Oui, il se drogue un peu. Mais la drogue lui permet d’enlever ses inhibitions et de libérer des raisonnements qu’il avait enregistrés mais enfouis car ils lui semblaient trop fous et que ça le gênait intellectuellement et moralement. Il se donne plein d’interdits. Mais comme c’est quelqu’un de synthèse et d’observation, il a observé plein de choses qui sont restées dans sa tête. La drogue ne sert qu’à cela.»

Ce n’est pas très légal, surtout venant d’un commissaire.

«Non, mais il n’est pas très légal et normal comme commissaire. J’insiste: ce n’est pas un modèle à suivre. Mais ça lui a permis de résoudre une enquête, que je raconterai dans ‘Les petites barbaries’. Les lecteurs parlent de visions, mais si vous relisez les livres, vous verrez que rien n’apparaît d’une manière miraculeuse. Ses visions ont une racine et des explications rationnelles.»

Dans «Le principe de parcimonie», Mallock retrouve son équipe. Mais nous ne sommes plus au 36.

«Je voulais échapper au 36 et à ses clichés. Beaucoup de livres ont été écrits là-dessus. Je voulais créer mon propre environnement. Ce qui m’a permis d’imaginer des directeurs d’étage comme je le souhaitais. Cela m’a donc permis de créer une galerie de personnages qui complètent bien les capitaines de Mallock.»

Votre histoire commence par le vol de la Joconde.

« Pour comprendre ce qu’est le principe de parcimonie, il faut revenir au Moyen-Âge. Un moine qui s’appelait Ockham a mis au point une théorie qui consistait à dire que tout ce qui était compliqué était inutile. Il fallait choisir les raisonnements les plus simples et les plus courts. De là, j’ai imaginé d’enlever tout ce qui était inutile dans notre société. Mais mon personnage le fait vraiment à l’aide d’un rasoir.»

C’est un personnage très étrange.

«Dans ce contexte cataclysmique, va apparaître un rédempteur taré, portant un masque situé entre le carnaval vénitien et le docteur des pestiférés, et un habit rouge d’Arlequin. Ce personnage étrange va faire couler le sang de la même manière que la Seine fait couler l’eau. C’est une double métaphore aquatique, sanglante et apocalyptique.»

Pourquoi commencer par la Joconde?

«Je voulais un symbole fort qui ne soit pas humain. Je ne voulais pas un meurtre, ni qu’on touche à l’Homme. Un jour, dans une émission, j’ai vu des centaines de personnes bras en l’air avec leur smartphone en train de photographier de loin cette toute petite icône. C’était tellement dérisoire. Ils voyaient quoi? Ils regardaient quelque chose d’inutile, un fantasme. Mon personnage a voulu effacer toutes les choses inutiles de la Joconde. Puisque l’on en garde que le sourire, il a voulu retirer tout le reste.»

Après, il s’attaquera à des personnes qui profitent du système.

«Au début, il fait sourire. Il a une allure de justicier. Il s’attaque aux personnes qui profitent du système dans ce qu’il a de plus médiocre. Ces personnes vivent comme des rats dans un gruyère et vont tout faire pour que le superficiel, l’hypocrisie, les mensonges règnent.»

En quelques lignes

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Le monde entier assiste, avec stupeur, à la destruction de la Joconde par un personnage entièrement habillé de latex rouge et portant un masque. L’artiste contemporain Ivo était sur les lieux pendant le vol et a été soufflé par une explosion. Mallock et son équipe reçoivent également des bocaux de verre dans lesquels ils trouvent des parties de corps accompagnées de préceptes. Qui est ce personnage dérangeant qui se fait appeler Ockham et que le monde entier prend, au début, pour un justicier? Que recherche-t-il exactement? Alors que la Seine sort de son lit et que Paris est inondé, Mallock se lance dans une chasse à l’homme qui tiendra le lecteur en haleine du début à la fin. Jean-Denis Bruet-Ferreol, de son pseudonyme Mallock, arrive une fois de plus à nous transporter au cœur d’une enquête bien ficelée, qui s’inscrit dans notre société actuelle tout en faisant référence au passé, le tout avec un maniement de plume et de style qui lui est propre. Nous attendons déjà avec impatience la prochaine enquête de ce commissaire légendaire.

«Le Principe de parcimonie», de Mallock, éditions Fleuve, 464 pages, 14,90€

3/5