Un enfant syrien sur trois n’a connu que la guerre

Quelque 3,7 millions d’enfants syriens sont nés depuis l’éclatement du conflit il y a cinq ans. Cela signifie qu’un enfant syrien sur trois n’a connu qu’une vie de violence, d’angoisse et de déplacements, selon  l’Unicef. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance exhorte dès lors la communauté internationale à prendre ses responsabilités afin «de protéger une génération d’enfants». L’Unicef estime que 8,4 millions d’enfants, soit plus de 8 enfants syriens sur 10, subissent les effets du conflit et ce, qu’ils vivent en Syrie ou comme réfugiés dans les pays voisins. Ces derniers accueillent aujourd’hui 10 fois plus de réfugiés qu’en 2012. La moitié d’entre eux sont des enfants, dont plus de 15.000 mineurs non-accompagnés ou séparés de leur famille.

Tués sur le chemin de l’école

«En Syrie, la violence est devenue la norme. Elle touche les maisons, les écoles, les hôpitaux, les cliniques, les parcs, les plaines de jeux et les lieux de culte», déplore le Dr Peter Salama, directeur régional de l’Unicef pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cité dans le rapport. «Attaquer des enfants sur leur terrain de jeux ou à leur pupitre est un crime de guerre. Ceux qui attaquent ou permettent ces attaques sur des enfants doivent, un jour, répondre de leurs actes devant la justice comme de possibles criminels de guerre»,ajoute le président de la force de travail humanitaire pour l’accès en Syrie, Jan Egeland.

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Dans son rapport «No Place for Children», l’Unicef a constaté 1.500 violations graves des droits de l’enfant en 2015. Plus de 60% de ces violations consistent en des meurtres et mutilations d’enfants causés par l’utilisation d’engins explosifs dans des zones peuplées. Dans plus d’un cas sur trois, les enfants ont été tués alors qu’ils étaient en classe ou sur le chemin de l’école. La fréquentation scolaire s’est effondrée face à des dangers. L’organisation estime à plus de 2,1 millions les enfants en Syrie et 700.000 dans les pays voisins à ne pas être scolarisés. Pour changer la donne, l’Unicef et ses partenaires ont lancé l’initiative «No Lost Generation» (Pas de génération perdue) dont le but est de permettre la reprise de l’éducation.

Des soldats de plus en plus jeunes

L’Unicef regrette par ailleurs que de nombreux enfants soient recrutés, de plus en plus tôt, dans des groupes armés. Plus de la moitié des cas de recrutement vérifiés par l’Unicef en 2015 concernent des enfants de moins de 15 ans. La proportion était de 20% en 2014. Selon l’organisation onusienne, ces enfants reçoivent une instruction militaire et participent aux combats ou sont déployés au front dans des tâches dangereuses telles que l’approvisionnement en armes et munitions, la garde de postes de contrôle, l’évacuation et les soins aux blessés de guerre. Les parties au conflit utilisent aussi des enfants pour tuer, y compris comme exécuteurs ou snipers. Dès lors, l’Unicef appelle la communauté internationale à prendre 5 mesures pour protéger la jeunesse syrienne, à savoir mettre fin aux violations des droits de l’enfant, lever les sièges et améliorer l’accès humanitaire en Syrie, consacrer 1,4 milliard de dollars en 2016 pour offrir des possibilités d’apprentissage aux enfants, restaurer la dignité des mineurs et renforcer leur bien-être psychologique, et enfin tenir ses promesses de financements alors que l’Unicef n’a reçu que 6% des fonds nécessaires en 2016 pour aider les petits syriens.