Johnny Depp fait son grand retour en bad boy criminel dans « Strictly criminal »

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Au placard, Jack Sparrow! Après quelques récents flops dans sa vie professionnelle et privée, Johnny Depp fait son grand retour dans «Strictly Criminal», un thriller seventies où il est méconnaissable dans la peau du criminel Whitey Bulger. De son passage à la Mostra de Venise, on retiendra son approche humaniste du rôle, sa passion pour la transformation, et son humour facétieux…

Dans les années 80, il était le policier le plus sexy du petit écran grâce à son rôle dans «21 Jump Street». Dans les années 90, il était l’acteur fétiche de Tim Burton et un des acteurs les plus «bankable» de sa génération. Dans les années 2000, sous les traits du capitaine Jack Sparrow, il a porté la trilogie «Pirates des Caraïbes» vers les sommets du box-office. Mais depuis le quatrième et ultime volet de la saga Disney en 2011, la carrière de Johnny Depp semblait prendre l’eau. Hormis le passage habituel chez son copain Burton («Dark Shadows»), le comédien de 52 ans errait sans conviction dans des superproductions peu inspirées comme «Transcendance», «Lone Ranger», ou «Charlie Mortdecai», qui connurent d’ailleurs un échec retentissant. Mais un divorce (avec Vanessa Paradis) et un remariage (avec la comédienne Amber Heard) plus tard, Johnny est de retour! Présenté hors compétition à la dernière Mostra de Venise en septembre, «Strictly Criminal» confirme que l’acteur a retrouvé ses anciennes amours: le cinéma d’auteur indépendant, et les transformations physiques radicales.

Sous la direction de Scott Cooper («Les Brasiers de la colère»), Depp, quasi méconnaissable derrière une calvitie et des lentilles de contact bleues, incarne Whitey Bulger, un des criminels les plus recherchés dans le Boston des années 70. C’est la première fois depuis longtemps qu’on voit Depp dans un vrai rôle de «méchant», mais selon ce dernier, cela n’a pas nécessité de préparation particulière. «J’ai trouvé ma part sombre il y a bien longtemps, on s’entend très bien!» plaisantait-il lors de la conférence de presse vénitienne. «Ce n’est pas la première fois que j’incarne quelqu’un qui a vraiment existé, et je pense qu’il faut juste appréhender comme un être humain. Personne ne se réveille le matin en se disant ‘je suis méchant’. Ces gens ne se considèrent jamais comme tels: pour eux, leur combat est légitime. Et l’essentiel dans ce genre de rôle, c’est d’être aussi proche de la vérité que possible, en incarnant les différentes facettes de l’homme. (…) c’était un homme très complexe. Le genre de type qui pouvait tuer un homme puis s’arrêter au coin de la rue pour aider une vieille dame à traverser!»

Si le travail sur l’intériorité du personnage était essentiel, Depp, comme à son habitude, n’a pas négligé la transformation physique. D’«Edward aux mains d’argent» à «Sweeney Todd» ou «Jack Sparrow», les journalistes ont voulu savoir d’où lui vient cette passion pour la métamorphose. «Au cinéma, mes héros sont John Barrymore, Lon Chaney, Marlon Brando, Timothy Carey: des hommes qui savaient se transformer» a-t-il expliqué. «C’est pour ça que j’ai toujours préféré les rôles de composition, aux stéréotypes du jeune premier dans lesquels on voulait m’enfermer il y a une centaine d’années (rires)! Je pense que de manière générale, un acteur a une responsabilité vis-à-vis de son public. C’est son devoir de le surprendre, de ne pas l’ennuyer en faisant la même chose à chaque fois. C’est pour ça que j’aime les rôles de composition: c’est un challenge, et c’est important de se mettre à l’épreuve à chaque film. Il faut oser, au risque de se louper, et d’avoir l’air d’un idiot!»

En quelques lignes

Boston, 1975. Entre le Winter Hill Gang, un groupe criminel irlando-américain dirigé par Whitey Bulger (Depp), et leurs rivaux, la guerre des gangs fait rage, laissant chaque jour son lot de victimes dans les rues de la ville. C’est dans ce contexte tendu que l’officier John Connolly (Joel Edgerton) approche Bulger, originaire comme lui de South Boston, pour lui proposer de collaborer avec la police. En échange, Connolly lui promet de le rendre intouchable… Une immunité qui facilitera l’irrésistible ascension de Bulger dans le monde de la pègre. Tout en calvitie et en lentilles, Johnny Depp, méconnaissable ou presque, porte avec brio ce polar à l’esthétique savamment seventies qui fleure bon le Nouvel Hollywood (Coppola, Scorsese, De Palma). Porté par une mise en scène sombre et suave, ‘Black Mass’ apparaît comme une succession de scènes puissantes. Et si le tout traîne quelquefois en longueur, le film est sauvé par son scénario ambitieux et ses seconds rôles solides :Dakota Johnson, brève mais intense, Benedict Cumberbatch en frère rival, et surtout Edgerton, qui vole presque la vedette à Depp en policier flirtant avec l’illégalité. Un exercice de style réussi pour Scott Cooper (‘Crazy Heart’, ‘Les Brasiers de la Colère’), et un retour en beauté pour l’ex-pirate des Caraïbes.

3/5