Ex-hôtesse chez Ryanair, elle dévoile les coulisses de la compagnie

Toute sa vie, Sofia Lichani a rêvé d’être une hôtesse de l’air. Mais lorsque le rêve est devenu réalité, il a presque viré au cauchemar. Dans son livre «Bienvenue à bord!», elle témoigne de ses conditions de travail dans le low-cost, et la compagnie irlandaise Ryanair, pour ne pas la citer.

« S’ils savaient », s’est longtemps dit à elle-même Sofia Lichani en entendant les remarques parfois désobligeantes des passagers des vols sur lesquels elle a travaillé pendant quatre ans depuis la base de Marseille. Finalement, dans son livre «Bienvenue à bord», elle leur répond en levant le voile sur les coulisses des vols de Ryanair. Pendant quatre ans, la jeune femme a subi (c’est le terme le plus approprié) le «modèle Ryanair». Comment se vit-il au quotidien? On connaissait déjà les fameux contrats de droit irlandais qui ne répondent pas aux standards sociaux connus en France et en Belgique.

Autoconcurrence

Mais Sofia Lichani va plus loin en expliquant « le management de la peur » que la société du médiatique Michael O’Leary impose à ses recrues. Continuellement sous pression, le personnel de bord doit assurer les ventes, travailler à une cadence infernale. Par exemple, les ventes à bord: « Une liste nous classe selon nos ventes », explique l’auteure. « Mais les performances sont évaluées à la lumière des meilleurs vendeurs. Quand j’avais explosé les ventes sur un vol Marseille-Agadir, la moyenne sur ce vol a été rehaussée. Du coup, mes collègues me disaient: ‘Sofia arrête de vendre autant, on va se faire engueuler pour ne pas avoir assez vendu’. Ryanair force ses employés à s’entretuer. »

 Et la menace est toujours présente sur ceux que Sofia Lichani appelle « les galériens du ciel ». « Ryanair, c’est un management par la peur. On reçoit des lettres, on est convoqué à Dublin. Dans le livre, j’évoque le cas de cette hôtesse engagée depuis trois mois. Elle s’est fait virer du jour au lendemain parce qu’elle ne vendait pas assez. » À cela s’ajoute une méritocratie perverse qui oblige chacun à dépasser l’autre. « Plus on vendait, plus on avait des commissions, le salaire était plus élevé. »

La compagnie aérienne actionne aussi une sorte de surveillance interne en confiant à une hôtesse ou à un steward le rôle de contrôleur-qualité. L’«élu» est alors un passager anonyme qui coche sur sa fiche les manquements du personnel en poste. « Quand vous imprimez votre emploi du temps mensuel, il se peut que vous soyez ‘mystery passenger’. Ceux qui recherchent de l’avancement se disent qu’en tapant sur leurs collègues, ils auront plus de chances d’être chef de base ou autre… » On imagine l’ambiance suspicieuse entre collègues.

Les lignes bougent

Quand on referme le livre, on se dit: « Mais pourquoi est-elle restée si longtemps? » « On doit payer son loyer, on a des obligations financières, un travail comme ça, n’est pas toujours facile à trouver. Avec les cadences qu’on avait sur Ryanair, il était très difficile de chercher du travail ailleurs. Moi, je voulais à Ryanair acquérir de l’expérience. Mais vu que Ryanair met les autres compagnies par terre, celles-ci arrêtent leur recrutement. J’avais eu une promesse d’embauche orale d’une compagnie privée, qui finalement n’a pas été tenue. » 

Aujourd’hui, employée d’une société d’import-export, Sofia Lichani compte faire bouger les choses avec son livre, comme le tentent les pilotes de la compagnie, organisés en syndicat, qui ont fait valoir leurs droits. Avec son humour sans faille, l’ancienne hôtesse s’adresse à nos consciences de passagers, sans toutefois vouloir apparaître en donneuse de leçons. Derrière le prix bas d’un billet pour Malaga se cache un modèle de relations de travail cruel et sans pitié pour les travailleurs. De quoi nous faire réfléchir lors d’une prochaine réservation. Pour Sofia Lichani, le choix est fait, Ryanair ne fait plus partie des options.

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« Bienvenue à bord! », de Sofia Lichani (avec Thomas Rabino), éditions Les Arènes, 288 pages, 18 euros